

Une jeune réalisatrice est embauchée pour tourner le nouvel opus d’une série de films d’horreur à succès née dans les années 80…
TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA
2026 – CANADA / GB / USA
Réalisé par Jane Schoenbrun
Avec Hannah Einbinder, Gillian Anderson, Amanda Fix, Jack Haven, Arthur Conti, Eva Victor, Zach Cherry, Sarah Sherman, Patrick Fischler, Dylan Baker
THEMA TUEURS I CINÉMA ET TÉLÉVISION
Teenage Sex and Death at Camp Miasma : voilà un titre alléchant et racoleur, dont la traduction française pourrait être « le sexe et la mort chez les adolescents au camp Miasma ». Mais tout ceci est un leurre. En revisitant le slasher, Jane Schoenbrun retourne à la source d’un genre qui l’accompagne depuis l’enfance pour mieux le contaminer de son propre vécu. Dès l’âge de dix ans, elle grandit avec les codes, les rituels et les monstres du cinéma d’horreur. Mais en passant à l’âge adulte, la réalisatrice y décèle aussi une représentation ambiguë – pour ne pas dire problématique – de la transsexualité, notamment dans des films comme Psychose, Le Silence des agneaux, Massacre au camp d’été ou Texas Chainsaw. Une sorte de relation amour/haine se développe ainsi avec le genre, poussant Schoenbrun à embrasser pleinement les clichés de l’horreur pour reprendre possession de ces images. Le slasher semble à ses yeux être le médium idéal pour explorer l’apprentissage du plaisir et d’une identité sexuelle assumée, dans la mesure où il repose majoritairement sur la collision entre la peur et le désir. L’hommage à la saga Vendredi 13 est d’ailleurs pleinement assumé. Au lac de Crystal Lake succède le Camp Miasma, tandis que Jason cède la place au tueur Little Death : son casque cubique en forme de grille d’aération remplace le masque de hockey et la lance acérée se substitue à la machette. Mais à ces détails près, nous sommes sur un terrain connu.


Teenage Sex and Death at Camp Miasma part du postulat selon lequel la saga Camp Miasma fait frissonner les amateurs de films d’horreur depuis 1980. Au cœur de la franchise se trouve Little Death, le fantôme d’un enfant élevé par ses parents à la fois comme un garçon et une fille. Noyé par des campeurs haineux, il revient régulièrement des eaux du lac de Camp Miasma pour traquer les vacanciers, une lance à la main. Au fil des décennies, la saga a accumulé les suites jusqu’à en épuiser le charme, y compris un épisode en 3D, un sixième volet censé retourner aux sources et un inévitable remake. Des années plus tard, Hollywood décide de ressusciter la franchise. La réalisatrice Kris Williams (Hannah Einbinder) est donc chargée de mettre en scène un reboot censé moderniser le concept – et notamment rendre plus acceptable son sous-texte transphobe auprès d’un public contemporain. Mais pour Kris, Camp Miasma n’est pas seulement une vieille franchise à réhabiliter, c’est un souvenir d’enfance auquel elle reste profondément attachée. Elle n’a alors qu’une idée en tête : retrouver Billy Presley (Gillian Anderson), l’actrice qui incarnait une animatrice dans le film original avant de disparaître brutalement des écrans. Kris remonte sa trace jusque dans le nord-ouest du Pacifique, où elle découvre que Billy vit toujours sur le site abandonné de l’ancien camp…
La chair et les fluides
L’entame du film nous saisit d’emblée, flattant à la fois l’amateur de cinéma d’horreur « old school » (les références pleuvent abondamment) mais aussi le spectateur avide de sensations nouvelles. Les longues discussions qui s’engagent entre la jeune réalisatrice cherchant à élever artistiquement ses ambitions (« Mon travail explore le point de rencontre entre l’identité queer et la représentation culturelle de la monstruosité ») et l’actrice au regard beaucoup plus trivial (« De quoi parlent ces films au fond ? De chair et de fluides ! ») se révèlent savoureuses. D’autant que si elles élèvent le débat, elles n’hésitent pas à tourner en dérision l’intellectualisation excessive du genre, la quête sans doute vaine de tous les indices misogynes ou transphobes qui constellent les slashers à l’ancienne, mais aussi le statut déjà dépassé d’« elevated horror ». Dans les deux rôles principaux, Hannah Einbinder et Gillian Anderson crèvent l’écran. Le fan de genre s’amusera face aux longs extraits du « film dans le film » (le Camp Miasma original, censé avoir été tourné en 1980) que visionnent nos héroïnes. La reproduction minutieuse des effets de style de l’époque (la lumière, le découpage, le grain de l’image) n’empêche pas certains excès volontairement outranciers, en particulier des effusions de sang démesurées. Car chaque fois que la lance du tueur transperce la chair, l’hémoglobine jaillit comme un geyser de plusieurs mètres de haut. Il n’est pas difficile d’y voir une métaphore grand-guignolesque de l’éjaculation. Mais le décollement de la réalité opère aussi dans l’intrigue principale, au sein de ce décor enneigé qui ressemble à une carte de vœux cotonneuse peinte à la main. La scène au cours de laquelle Kris pitche aux producteurs sa vision du film est hallucinante, tant le délire dans lequel s’embarque la jeune réalisatrice se révèle vertigineux. À partir de là, le film bascule dans une sorte de monde parallèle qui semble vouloir autant convoquer David Lynch que David Cronenberg (avec même une allusion au magnétoscope humain de Videodrome). Ce dernier acte est séduisant, certes, mais l’exercice de style finit par devenir abscons et le charme initial s’érode un peu face à ce basculement étrange dans l’abstraction.
© Gilles Penso
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