ABATTOIR 5 (1972)

Un opticien américain vit une existence morcelée entre plusieurs époques et voyage même sur une autre planète…

SLAUGHTERHOUSE FIVE

 

1972 – USA

 

Réalisé par George Roy Hill

 

Avec Michael Sacks, Valerie Perrine, Sharon Gans, Ron Leibman, Eugene Roche, Holly Near, Perry King, Kevin Conway, Friedrich von Ledebur, Ekkehardt Belle

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I EXTRA-TERRESTRES

Abattoir 5 fait un peu figure d’OVNI dans la filmographie de George Roy Hill. Calée exactement entre deux gros succès populaires avec Robert Redford et Paul Newman (Butch Cassidy et le Kid en 1969, L’Arnaque en 1973), cette étrange fable adapte fidèlement le roman Slaughterhouse Five or the Children’s Crusade de Kurt Vonnegut Jr. Celui-ci fut prisonnier de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. Capturé lors de la bataille des Ardennes en 1944, survivant du bombardement de Dresde, l’écrivain se servit de cette expérience pour nourrir son récit et l’imprégner d’éléments autobiographiques. Résultat : un livre irrévérencieux, antimilitariste, controversé, bientôt classé parmi les plus grands romans de science-fiction de tous les temps. Pour tenir le haut de l’affiche du film, George Roy Hill choisit un acteur débutant, Michael Sacks, qui se révèle parfait dans le rôle. Cette prestation ne lui permettra pourtant pas d’avoir la carrière éclatante qu’on aurait pu imaginer, même si on le retrouvera à l’affiche de Sugarland Express, Guerre et passion, Amityville la maison du diable ou Starflight One. Valerie Perrine, qui joue une starlette dont s’éprend notre héros, fait aussi ses débuts à l’écran. Repérée à Las Vegas où elle travaille à l’époque comme showgirl, elle réapparaîtra dans Lenny, Superman, Le Cavalier électrique, Les espions dans la ville, L’Équipée du Cannonball ou Ce que veulent les femmes.

« Ce n’est qu’une illusion terrestre de croire que les minutes s’égrènent comme les grains d’un chapelet et qu’une fois disparues elles le sont pour de bon », pouvait-on lire sous la plume de Vonnegut. En effet, Abattoir 5 s’intéresse à un homme « délogé du temps ». Menant plusieurs existences à la fois, Billy Pilgrim n’a pas une vie linéaire. Il est tantôt un vieil opticien américain installé à New York, tantôt un tout jeune vétéran qui revit sa lune de miel, ou bien encore un humain que les énigmatiques habitants de la planète Tralfamadore ont enlevé pour l’exhiber dans une sorte de zoo intergalactique. Et surtout, Billy est un soldat américain prisonnier à Dresde dans un ancien abattoir lors du bombardement et de la destruction totale de la ville en 1945. Ce jeu de va et vient incessant entre les différentes époques induit des effets de montage habiles, raccordant dans les mouvements et dans les regards des actions situées dans des espace-temps différents. On pense alors aux facéties de mise en scène qu’adoptera plus tard Russel Mulcahy pour enchaîner le passé et le présent dans Highlander, ou aux expérimentations d’Alain Resnais dans des films comme Je t’aime je t’aime.

Souvenirs du futur

Car malgré les apparences, nous n’avons pas ici affaire à une simple narration parallèle entre des moments du temps présent et des flash-backs appartenant au passé. Pendant sa jeunesse, Billy Pilgrim semble en effet « se souvenir du futur », ou du moins voir des projections de son existence à venir qui entrent en résonnance avec ce qu’il est en train de vivre. Il lui semble même avoir des prémonitions, comme lorsqu’il prédit le crash d’un avion dans lequel il s’embarque pour un congrès d’opticiens. Et puis il y a cette vision récurrente d’une lumière étrange qui traverse le ciel étoilé et s’immobilise devant lui, puis grandit pour le transporter sur une autre planète. « Il n’y a pas de comment, il n’y a pas de pourquoi, il y a simplement l’instant » lui dit la voix extra-terrestre qui l’y accueille et qui affirme vivre dans la quatrième dimension. Si le scénario d’Abattoir 5 adopte une narration éclatée, la tonalité du film elle-même n’est pas monocorde. George Roy Hill n’hésite d’ailleurs pas à injecter un humour absurde et désespéré dans son film, notamment lors de la première rencontre entre Pilgrim et les soldats américains dans la neige, presque digne des Monty Pythons. Une fois n’est pas coutume, le romancier se montre très heureux de cette adaptation. « J’adore George Roy Hill et Universal Pictures, qui ont su adapter à la perfection mon roman au grand écran », dit-il peu après la sortie du film. « Je m’extasie et je glousse à chaque fois que je regarde ce film, car il correspond parfaitement à ce que j’ai ressenti en écrivant le livre. » (1) Présenté en avant-première lors du 25e Festival de Cannes, Abattoir 5 y remporte le Prix du jury.

 

(1) Extrait de la préface du recueil Between Time and Timbuktu, 1972.

 

© Gilles Penso

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