THE SIREN (2019)

Au bord d’un lac, deux hommes font la rencontre d’une jeune femme mystérieuse victime d’une malédiction qui la pousse à noyer les humains…

THE SIREN / THE RUSALKA

 

2019 – USA

 

Réalisé par Perry Blackshear

 

Avec Margaret Ying Drake, MacLeod Andrews, Evan Dumouchel

 

THEMA MONSTRES MARINS

Après avoir marqué les esprits avec They Look Like People en 2015, véritable tour de force du cinéma indépendant tourné avec des moyens dérisoires, Perry Blackshear poursuit dans la voie du fantastique intime, cette fois-ci à la limite de l’ascèse. Avec The Siren (également connu sous le titre The Rusalka), le cinéaste américain puise son inspiration dans un conte serbe, revisitant la figure mythologique de la sirène sous un angle très minimaliste. Fidèle à son esprit de troupe, Blackshear retrouve les trois comédiens principaux de son premier long métrage – Macleod Andrews, Evan Dumouchel et Margaret Drake – qui participent également à la production du film. Cette continuité artistique traduit chez le cinéaste une volonté manifeste de creuser les mêmes obsessions : la peur intérieure, la fragilité psychologique et la porosité entre le réel et l’imaginaire. Conçu comme une œuvre resserrée à l’extrême, The Siren limite son décor à une cabane isolée au bord d’un lac. L’essentiel de l’action se déroule sur un simple ponton, réduisant l’espace à quelques mètres carrés et concentrant toute la tension dramatique sur les interactions entre trois personnages. Ce choix radical confère au film une atmosphère presque théâtrale.

Une légende hante les eaux du lac : celle de la Rusalka, esprit né d’un amour tragique, condamné à attirer les vivants pour les noyer. Al (MacLeod Andrews) en est convaincu. Depuis que son mari a péri dans ces eaux, il traque sans relâche la créature qui en est responsable, consumé par un désir de vengeance. Au même moment, Tom (Evan Dumouchel), un jeune homme muet engagé dans un ministère chrétien, vient chercher le calme dans une cabane isolée prêtée par son église. On le met tout de même en garde : les noyades sont nombreuses dans ce lac. La solitude de Tom est rompue lorsqu’il rencontre Nina (Margaret Ying Drake), une mystérieuse jeune femme qui n’apparaît qu’à la surface de l’eau, sans jamais pouvoir s’en éloigner. Nina, on l’a compris, est une Rusalka. Son existence est régie par un instinct meurtrier irrépressible qui la pousse à attirer les hommes pour les entraîner vers la mort. Pourtant, face à Tom, quelque chose déraille. Une attirance réciproque et fragile s’installe. À mesure que Tom s’approche d’elle, Nina commence à douter de sa nature, remettant en question la fatalité qui la condamne à tuer. Mais l’ombre d’Al se rapproche. Devenu l’ami de Tom sans connaître toute la vérité, il finit par comprendre que Nina est la créature qu’il traque…

L’anti-Splash

The Siren est un film à la plastique impeccable et à l’atmosphère envoûtante. Les prémisses fonctionnent à merveille, d’autant qu’Evan Dumouchel dégage une innocence, une candeur et un charisme immédiatement perceptibles. Le réalisateur parvient à saisir la beauté du lac mais aussi son caractère effrayant, fascinant et glauque. Le travail du son, la photographie, le cadre, le montage, tout concours à créer un sentiment d’oppression ambigu. Mais lorsque paraît la « sirène », notre enthousiasme commence un peu à s’altérer. Margaret Ying Drake est jolie, certes, mais son comportement, sa gestuelle, ses dialogues et sa voix semblent trop modernes, trop quotidiens, trop désinvoltes pour une créature aquatique sujette à une malédiction et à des instincts incontrôlables la poussant à noyer tous ceux qui pénètrent dans le lac. Malgré ce décalage, le jeu de la séduction se révèle convainquant et le triangle qui s’installe est prometteur, jusqu’à ce que l’intrigue s’empêtre peu à peu dans des langueurs répétées. Quant au dernier acte, il ne sait visiblement plus comment faire évoluer l’intrigue. Le montage se laisse alors gagner par les tics d’un cinéma auteurisant maniéré (flash-backs et flash-forwards incompréhensibles, jump cuts, gros plans sensoriels déconnectés de toute chronologie). Et la fin déçoit, car finalement le scénario n’adopte aucun point de vue, ne tranche pas, laisse quasiment toutes les portes ouvertes. Dommage, il y avait là matière à une fable mieux construite et plus cohérente. Dans la continuité de cette démarche artisanale, Blackshear et ses collaborateurs prolongeront leur exploration du fantastique psychologique avec When I Consume You en 2021.

 

© Gilles Penso

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