HOKUM (2026)

Un écrivain américain s’installe dans une auberge irlandaise pour terminer son dernier livre et se confronte à des phénomènes très inquiétants…

HOKUM

 

2026 – IRLANDE / USA

 

Réalisé par Damian McCarthy

 

Avec Adam Scott, Peter Coonan, David Wilmot, Florence Ordesh, Michael Patric, Will O’Connell, Brendan Conroy, Austin Amelio, Mallory Adams, Sioux Carroll, Ezra Carlisle

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I FANTÔMES

Pièce par pièce, Damian McCarthy est en train de se construire une filmographie fascinante, bâtie autour d’un univers établi bien avant son premier long-métrage. Car ce cinéaste irlandais au style très personnel s’est longtemps fait les dents sur le format court avant d’entrer dans la cour des grands. L’une des réminiscences de son œuvre est le choix de titres énigmatiques, souvent à double-sens, et de préférence se résumant à un seul mot. Après Caveat (un mot latin qui signifie littéralement « Méfiez-vous ») et Oddity (« bizarrerie » ou « curiosité »), voici donc Hokum, qu’on pourrait traduire par « balivernes » ou « sornettes ». Le choix de ce terme peu commun s’applique au protagoniste incarné par Adam Scott (Krampus, Madame Web, The Monkey). Sous la défroque d’Ohm Bauman, un écrivain tourmenté, alcoolique et fortement antipathique qui aurait parfaitement trouvé sa place dans un roman de Stephen King, le comédien américain campe un homme blasé qui en a vu d’autres. Aussi, lorsqu’il prend ses quartiers dans une auberge irlandaise pour tenter de terminer sa trilogie à succès consacrée à un conquistador, il ne prête que peu d’attention aux histoires de sorcières et de fantômes qu’il y entend. « Hokum » se contente-t-il de dire. Bien sûr, nous nous doutons qu’il a tort de prendre de telles choses à la légère, ce que la suite du film lui prouvera largement.

McCarthy a pour habitude de bâtir dès les premières minutes de ses films un climat fortement anxiogène et de présenter ses personnages succinctement, en ne livrant des indices sur leur passé et leurs tourments qu’au compte-goutte. Hokum ne déroge pas à cette règle. D’Ohm Bauman, nous ne savons au départ pas grand-chose, si ce n’est qu’il s’est rendu dans la campagne irlandaise pour achever un ouvrage mais aussi disperser les cendres de ses parents, qui y passèrent leur lune de miel. Le personnel de l’hôtel est constitué du propriétaire Cob (Brendan Conroy), de son gendre Mal (Peter Coonan), du jardinier Fergal (Michael Patric), de la barmaid Fiona (Florence Ordesh) et du groom Alby (Will O’Connell). Personne ne trouve vraiment grâce à ses yeux, et l’on sent bien qu’un vieux traumatisme le hante depuis fort longtemps. Aussi, s’il accueille avec dédain la légende selon laquelle l’un des chambres serait hantée par la Cailleach, une sorcière locale qui enchaîne ses victimes et les emporte jusqu’aux enfers aux côtés d’autres âmes damnées, son esprit ne semble pas tout à fait fermé au surnaturel. Après tout, le prologue ne nous l’a-t-il pas montré visité par un spectre, chez lui, alors qu’il était au travail en pleine nuit sur son manuscrit ?

Le McCarthy Cinematic Universe

La mécanique narrative s’amorce sans que le spectateur puisse deviner la tournure que s’apprête à prendre le fil du récit, et ce malgré un point de départ familier qui n’est pas sans évoquer Shining. Ce qui frappe le plus dans Hokum, au-delà de sa capacité à nous surprendre sans cesse, à nous angoisser avec des petits riens et à entremêler sans cesse le drame humain terre-à-terre, la machination triviale et les phénomènes spectraux, c’est la manière dont il s’inscrit logiquement dans une sorte d’univers partagé. Car les points communs avec Caveat et Oddity abondent. Même si les histoires, les personnages, les lieux et les enjeux diffèrent, tout se passe comme si ces trois films appartenaient à la même réalité alternative. L’arbalète et le vieil interphone de Caveat sont donc de retour pour jouer un rôle crucial dans le film, tout comme la clochette d’Oddity. Sans oublier cette obsession étrange et récurrente pour les lapins effrayants, que McCarthy tient du roman Les Garennes de Watership Down – lequel lui fit forte impression dans son enfance. Ici aussi, la technologie est réduite à sa plus simple expression, les vieux objets saturent les espaces confinés, la peur du noir et la claustrophobie s’installent durablement et le montage millimétré s’amuse avec les ellipses brutales et les analogies visuelles. En rapportant cinq fois son modeste budget de cinq millions de dollars, Hokum est un nouveau succès à mettre au crédit de Damian McCarthy. Au-delà de sa réussite commerciale, ce troisième long-métrage confirme surtout l’émergence d’une voix singulière au sein du cinéma d’horreur contemporain.

 

© Gilles Penso

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