RUBY (1977)

Un gangster assassiné dans les années 1930 revient sous forme de spectre ensanglanté pour hanter son ex-compagne…

RUBY

 

1977 – USA

 

Réalisé par Curtis Harrington

 

Avec Piper Laurie, Stuart Whitman, Roger Davis, Janit Baldwin, Crystin Sinclaire, Paul Kent, Len Lesser, Jack Perkins, Eddy Donno, Sal Vecchio, Fred Kohler Jr.

 

THEMA FANTÔMES

Passionné de cinéma depuis son plus jeune âge, Curtis Harrington étudie à l’UCLA, cumule les petits jobs (placeur, coursier chez Paramount, machiniste de théâtre) et réalise une série de courts-métrages expérimentaux dans les années 1940 et 1950, notamment une adaptation de La Chute de la maison Usher d’Edgar Poe. 1961 marque ses débuts dans le format long, avec l’étrange Marée sombre, premier d’une série de films à mi-chemin entre l’horreur, le drame et le thriller. D’autres titres du même acabit suivront, comme Queen of Blood, Mais qui a tué tante Roo ?, Whats the Matter with Helen ? ou Il les veut toutes… mais mortes. Lorsqu’il s’attaque à Ruby, c’est manifestement dans la mouvance du succès de Carrie, qui génère à l’époque bon nombre d’émules. Piper Laurie, qui jouait la mère bigote de Sissy Spacek dans le classique de Brian de Palma, tient d’ailleurs le haut de l’affiche dans Ruby, face à une adolescente bizarre et réservée (Janit Baldwin) qui sert de vecteurs à une série de phénomènes paranormaux. Le dernier acte du film, lui, multiplie les catastrophes surnaturelles à mi-chemin entre la télékinésie et le poltergeist. Même le choix d’un titre simple se résumant à un prénom en deux syllabes semble vouloir évoquer Carrie. De toute évidence, le producteur et scénariste George Edwards joue la carte du mimétisme. Cela dit, malgré ces nombreux points communs, les intrigues des deux films diffèrent beaucoup.

Le prologue se déroule dans une ambiance visuelle ouatée et cotonneuse. Nous sommes en 1935, en Floride. Nicky Rocco (Sal Vecchio), un gangster de bas étage, est trahi et exécuté par un groupe de malfrats au beau milieu des marécages sous les yeux de Ruby Claire (Piper Laurie), sa compagne enceinte. Dans un dernier souffle, il jure vengeance puis coule à pic. Seize ans plus tard, Ruby dirige désormais un cinéma en plein air et emploie danciens gangsters pour gérer l’établissement. Sa fille adolescente, Leslie (Janit Baldwin), est muette depuis sa naissance. Toutes deux vivent sous le même toit avec Vince (Stuart Whitman), l’amant et homme de main de Ruby, ainsi que Jake Miller (Fred Kohler), un ancien gangster aveugle cloué sur un fauteuil roulant. Les drames étranges ne vont pas tarder à frapper le drive-in. Un soir, le projectionniste est retrouvé pendu dans sa cabine. Ruby conclut quil sagit dun suicide et ordonne à Vince de se débarrasser du corps. Le lendemain, c’est un employé du stand de restauration qui est découvert mort et ensanglanté dans les bois. Paniquée, Ruby craint que l’esprit de Nicky soit revenu pour la tourmenter…

Le fantôme du drive-in

Sous la défroque d’une ancienne chanteuse de cabaret aigrie et alcoolique, Piper Laurie en fait des caisses et prive hélas le film de toute subtilité. C’est d’autant plus dommage que les relations complexes et conflictuelles qui lient les personnages possédaient un intéressant potentiel dramatique. Ruby est en effet partagée entre une fille qui lui inspire plus de crainte que d’affection et un petit-ami qu’elle garde sous le coude faute de mieux et qui – de son côté – est toujours amoureux d’elle. Hélas, le scénario ne tire pas vraiment parti des possibilités qu’offre cette situation de départ pour se muer rapidement en ghost story relativement convenue. Le film semble d’ailleurs peiner à multiplier les péripéties, utilisant de larges extraits de Attack of the 50 Foot Woman (projeté dans le drive-in) pour faire office de remplissage. Ce choix est d’ailleurs anachronique, puisque l’intrigue se situe en 1951 et que la série B de Nathan Juran date de 1958. S’il saisit avec une certaine efficacité la sinistre photogénie des marécages brumeux, Ruby multiplie les séquences surnaturelles absurdes, comme le projectionniste attaqué par des bobines de films ou le vendeur de popcorns agressé par des coups de poing invisibles. À mi-parcours du métrage, le fantôme ensanglanté de Nicky apparaît de plus en plus fréquemment, puis possède l’esprit de sa fille qui se contorsionne alors sur son lit en suivant les traces de Linda Blair dans L’Exorciste. Imposé à Curtis Harrington par son producteur, le final grand-guignolesque de Ruby sera largement mis en avant dans les bandes-annonces de l’époque et contribuera largement au grand succès du film.

 

© Gilles Penso

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