

Bear, un jeune homme introverti, fait le vœu que son amie Nikki tombe follement amoureuse de lui, mais son rêve vire vite au cauchemar…
OBSESSION
2026 – USA
Réalisé par Curry Barker
Avec Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson, Megan Lawless, Andy Richter, Haley Fitzgerald, Darin Tooder
THEMA SORCELLERIE ET MAGIE
En cette année 2026, deux films d’horreur, Backrooms de Kane Parsons et Obsession de Curry Barker, rapidement estampillés « Gen Z » en raison de l’âge de leur réalisateur (respectivement 20 et 26 ans), sortent de leur torpeur post-COVID une industrie hollywoodienne à bout de souffle, dont les grandes franchises ne semblent plus attirer les foules, et un public qui semblait avoir définitivement succombé aux algorithmes des platesformes et leurs contenus addictifs. Les deux titres ont aussi en commun d’avoir été produits pour des budgets dérisoires par des studios indépendants (A24 et Blumhouse Pictures/Focus Features) et d’avoir vu leurs recettes au box-office mondial talonner, voire surpasser, celles d’un blockbuster comme The Mandalorian & Grogu. On avancera qu’une des raisons de ce succès tient à la rupture générationnelle ici enfin consommée : depuis 2000, le cinéma d’horreur a beaucoup et vainement cherché à raviver la flamme et l’énergie des années 70 puis 80, des époques révolues et des thématiques forcément obsolètes. C’est aussi toute une génération de cinéastes cinéphiles sevrés à la vidéo qui a voulu reproduire ce qu’elle a aimé, sans forcément avoir bien digéré ces références ni savoir comment les transposer pertinemment dans le nouveau millénaire. Or, Curry Barker ne se revendique d’aucune paroisse et on pourrait même avancer qu’il ne connaît surement pas encore grand-chose à la Grande Histoire du 7ème art. Paradoxalement, c’est surement sa plus grande force en tant qu’auteur ! Dans une interview donnée à Mad Movies, il avoue que l’idée d’Obsession lui vient de l’épisode d’Halloween de 1991 des Simpsons, dont il a vu une rediffusion quand il était enfant. Cet épisode voyait Bart entrer en possession d’une patte de singe momifiée pouvant exaucer trois vœux qui, bien sûr, auront tous des conséquences catastrophiques. Ce que Curry Barker semble ignorer, c’est que cette histoire est tirée d’un petit classique de la littérature anglaise écrit en 1902 par l’auteur anglais W.W. Jacobs, une nouvelle justement intitulée La Patte de singe. Libre de toute référence et déférence envers un quelconque héritage cinéphile ou littéraire, Barker n’a donc d’autre objectif que de raconter une histoire empreinte de ses préoccupations et celles de sa génération : les relations amoureuses 2.0 et post #Metoo.


L’histoire d’Obession a le mérite d’être linéaire et limpide, sans gras ni sophistication artificielle, mais sans précipiter les choses non plus : Bear (Michael Johnston) est un garçon gentil mais effacé, travaillant dans un magasin de musique et dont les seuls amis sont ses collègues ; parmi ceux-ci, Nikki (Inde Navarrette), pour qui il en pince, sans oser franchir le pas de peur d’être déjà coincé dans la fameuse « friend zone » dont on ne ressort que rarement. Alors quand, dans une boutique évoquant un magasin « Natures & Découvertes » version ésotérique, il tombe sur une sorte de sarbacane dont l’argumentaire de vente promet d’exaucer un vœu, il n’a rien à perdre sinon quelques dollars, et émet le souhait que Nikki tombe follement amoureuse de lui. De cet objet magique prétexte à la fable, on ne saura jamais rien de plus, sinon qu’il fonctionne bel et bien ; un peu comme le Zoltar de Big, auquel un cinéaste plus cinéphile que Barker n’aurait peut-être pas manqué de glisser une référence. Nikki devient ainsi accro à Bear (un revirement survenant au sein d’une même scène et première démonstration du talent de l’actrice Inde Navarrette), et si ce dernier savoure d’abord ces témoignages ininterrompus d’affection, il réalise vite le cauchemar qu’il va vivre : Nikki l’admire pendant qu’il dort (une séquence particulièrement inquiétante), barricade la porte pour qu’il n’aille pas travailler et reste avec elle, devient ultra jalouse et possessive, lui fait une scène au restaurant et chez des amis. À côté d’elle, la Glenn Close de Liaison fatale passerait pour un modèle d’équilibre mental, mais Barker a-t-il même entendu parler du film ? Car si Obsession n’invente finalement rien et aurait pu tout aussi bien faire l’objet d’un épisode des Contes de la crypte ou d’une quelconque anthologie, le premier degré et la foi positivement candide de Barker en l’histoire qu’il raconte lui confèrent toute sa force de conviction. Jamais il ne prend son sujet de haut et aucun second degré déplacé ne vient désamorcer ou parasiter une tension allant crescendo (tout au plus pinaillera-t-on sur le petit « gag » secondaire de la pluie de billets), soutenue par une mise en scène étonnamment ambitieuse et maitrisée pour un premier long-métrage (après Milk and Serial, son moyen-métrage amateur visible sur Youtube).
Le péril jeune
Curry Barker a beau n’avoir que 26 ans, ses partis-pris d’écriture et de mise en scène font preuve d’une maturité formelle que certains faiseurs du genre n’atteindront jamais. Le scénario réussit à se tenir à un point de vue unique, celui de Bear – une rigueur à saluer. Mais le jeune cinéaste use également d’une grammaire cinématographique aboutie en adoptant notamment un format d’image atypique au ratio hauteur/largeur de 1,50 – plus large que le 4:3 académique, plus étriqué que le format natif 1:1,85 du 35mm. Il opte aussi pour des plans fixes expertement composés et éclairés qui, s’ils mettent en valeur le jeu des acteurs, privent néanmoins Barker de nombreuses options pour altérer le rythme des scènes au montage. Cela revient donc à travailler sans filet et rend ce premier film encore plus remarquable. Et quand Barker recourt à des champs/contre-champs pour les dialogues, c’est sur un axe à 180 degrés, une façon de permettre au spectateur de regarder les personnages en face, dans les yeux ; des regards évidemment troubles et troublants, générant un malaise soutenu via une musique atonale et stridente typique des productions contemporaines, celles d’A24 en particulier. Certains ont émis l’hypothèse qu’Obsession traitait de la masculinité toxique. En effet, bien que Barker présente tout d’abord Bear comme un jeune homme introverti et mal dans sa peau, pourtant loin du profil des influenceurs masculinistes qui sévissent en ligne, il n’hésite pas pour autant à dévoiler sa face sombre, à savoir une vanité et un égoïsme tout ce qu’il y a de plus néfaste. Emboitant le pas de L’Elue, Together et Companion qui traient déjà des couples toxiques, Barker ajoute ici (volontairement ou pas) la notion du triangle de Carpman, psychologue ayant observé le jeu de victime, bourreau et sauveur au sein des relations – amoureuses ou amicales – et ici parfaitement illustré dans Obsession par le copain Ian (Cooper Tomlinson). Pour autant, Barker ne cherche jamais à intellectualiser son propos et se focalise sur ses personnages et sa narration, ne relâchant jamais la pression jusqu’à une fin nihiliste et noire tout à fait cohérente qui entérine la réussite de cette première œuvre, appelée à n’en point douter à devenir un classique.
© Jérôme Muslewski
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