

Une secte d’adoratrices du diable, menée par un gourou qui se fait appeler Satan, multiplie les meurtres sanglants en Amérique du Sud…
SNUFF
1975 – USA / CANADA / ARGENTINE
Réalisé par Michael Findlay, Roberta Findlay, Simon Nuchtern
Avec Margarita Amuchastegui, Tina Austin, Ana Carro, Brian Cary, Liliana Fernandez Blanco, Michael Findlay, Roberta Findlay, Alfredo Iglesias, Enrique Larratelli
THEMA TUEURS
Certains films nous trompent volontairement sur la marchandise, en nous vendant quelque chose qui n’a que très peu de rapport avec ce qui se passe à l’écran. En ce domaine, Snuff est quasiment un cas d’école. Tout commence en 1971, lorsque le couple de cinéastes Michael et Roberta Findlay décide de se lancer dans Slaughter, un petit thriller horrifique réalisé en Argentine avec un budget ridicule de 30 000 dollars. Le scénario s’inspire vaguement des méfaits de la secte de Charles Manson et le tournage se déroule majoritairement sans prise de son direct, la plupart des acteurs s’avérant incapables de parler correctement en anglais. Tout est donc – très approximativement – post-synchronisé. Le résultat n’est pas fameux et Slaughter sombre très rapidement dans l’oubli après sa sortie express. Mais l’opportunisme d’Allan Shackleton, distributeur et producteur indépendant spécialisé dans les films d’exploitation érotiques à tout petit budget, va changer le destin du film. En 1975, après avoir lu un article dans la presse évoquant la rumeur de snuff movies produits en Amérique du Sud, dans lesquels les gens seraient réellement mis à mort face à la caméra, son imagination s’enflamme. Pourquoi ne pas récupérer Slaughter, y ajouter une séquence de « faux vrai meurtre » la plus choquante possible, supprimer les noms du générique (pour semer le doute sur l’authenticité de ce qui se passe dans le film) et changer le titre ? Adieu Slaughter, place à Snuff.


La stratégie de Shackleton est habile, mais dès que le film commence, il est évident que nous avons affaire à une pure fiction affublée d’une mise en scène très maladroite et d’un jeu d’acteur disons… approximatif. Rien à voir avec un snuff movie, donc. L’histoire s’intéresse à un gang de motardes, membres d’une petite secte exclusivement féminine dont le gourou (Enrique Larratelli) se fait appeler Satan et n’est pas avare en phrases puissantes telles que : « Je suis sur Terre pour changer le sort des hommes ». L’une des leurs ayant subtilisé de la drogue pour son usage personnel, le châtiment ne traîne pas. Elle est prise en chasse, blessée par balle, puis capturée pour se faire taillader les pieds avec un couteau. Le manque de réalisme des effets spéciaux et la prestation de l’actrice (sans doute plus habituée aux films X qu’à l’horreur, si l’on en juge par ses cris orgasmiques censées exprimer la souffrance) ruinent l’efficacité de la scène. Puis l’intrigue se concentre sur le producteur Max Marsh (Aldo Mayo) et son actrice et petite-amie Terry London (Mirtha Massa), qui débarquent à Buenos Aires pour le tournage d’un film. Bientôt, tous deux deviennent les prochaines cibles de la secte de Satan. Or Terry est enceinte…
Torture porn
On le voit, l’intrigue tisse de vagues liens avec l’affaire Manson, ajoutant quelques meurtres censés choquer le public (une grand-mère et sa petite-fille succombent dans un gunfight hystérique). Mais l’ensemble est bien trop mal-fichu pour convaincre. Les époux Findlay sacrifient alors à toutes les recettes du cinéma d’exploitation de l’époque : plusieurs scènes topless, un abus d’images d’archives pour meubler (d’où une interminable séquence de carnaval) et même un long flash-back parfaitement inutile censé raconter le trauma enfantin d’une des adoratrices de Satan. Il y a certes quelques idées de mise en scène intéressantes – l’assassinat d’un homme à coups de couteau monté en parallèle avec les exultations d’une femme en pleine extase – mais elles sont noyées dans la masse de la médiocrité. La séquence qui a fait couler beaucoup d’encre se situe à la toute fin du film. Lorsqu’il récupère les droits de distribution de Slaughter pour le transformer en Snuff, Allan Shackleton demande au réalisateur Simon Nuchtern de tourner un épilogue complètement déconnecté du reste du film. On y voit une équipe de cinéma en train de tourner une scène de meurtre. Puis le réalisateur, pris d’une soudaine folie meurtrière, s’empare de l’actrice, avec la complicité des autres membres de l’équipe, et commence à la mutiler sauvagement devant la caméra : un coup de couteau dans l’épaule, un doigt coupé à la pince, une main tranchée à la scie sauteuse, puis un éventrement et des viscères extirpées sans ménagement ! Shackleton cherche de toute évidence à nous faire croire à un carnage authentique. Mais la scène est montée comme dans une fiction classique et les effets grand-guignolesques, très proches de ceux qu’utilisait Herschell Gordon Lewis dans Blood Feast, n’ont aucune crédibilité. Personne n’est donc dupe. Le film sera malgré tout auréolé d’un parfum de scandale et ravivera la légende urbaine des snuff movies.
© Gilles Penso
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