LA TOUR DU DIABLE (1972)

Un groupe de scientifiques part explorer une petite île rocheuse abritant un phare qui fut le théâtre d’un drame sanglant…

TOWER OF EVIL

 

1972 – GB

 

Réalisé par Jim O’Connolly

 

Avec Bryant Haliday, Jill Haworth, Mark Edwards, Jack Watson, Anna Palk, Derek Fowlds, Dennis Price, Anthony Valentine, Gary Hamilton, George Coulouris

 

THEMA TUEURS I FREAKS

De Jim O’Connolly, nous connaissons surtout La Vallée de Gwangi, mémorable western fantastique où les cowboys d’un cirque ambulant affrontaient un redoutable allosaure dans un canyon peuplé de bêtes préhistoriques. Mais son style de mise en scène n’était pas simple à identifier, tant il fut bridé par les recommandations perfectionnistes du superviseur des effets spéciaux Ray Harryhausen, co-réalisateur officieux qui ne lui laissa en réalité que peu de liberté d’action. Signataire par ailleurs de plusieurs polars et du thriller horrifique Le Cercle de sang avec Joan Crawford, Connolly se lance au début des années 70 dans La Tour du diable, même si le projet ne lui est pas destiné au départ. L’idée vient du producteur britannique Richard Gordon, qui s’associe à son confrère américain Joe Salomon avec en tête l’envie de tourner un film d’horreur en Angleterre. L’histoire que leur propose le scénariste George Baxt (Le Cirque des horreurs, Le Spectre du chat, Brule sorcière brûle !) les intéresse, mais ils déchantent en découvrant le script final, pas assez effrayant à leur goût. Après avoir envisagé Sidney Hayers à la mise en scène, ils se rapprochent finalement de Jim O’Connolly sous les conseils du producteur Herman Cohen (qui vient justement de travailler avec lui sur Le Cercle de sang). Connolly accepte à condition de réécrire le scénario jusqu’à ce qu’il convienne à tout le monde. Le feu vert est finalement lancé en automne 1971 et l’équipe s’installe dans les studios Shepperton pour un mois de tournage.

C’est dans une atmosphère brumeuse et moite que commence La Tour du diable. Une nuit, un petit bateau accoste sur la minuscule île de Snape, nimbée d’une inquiétante réputation. Deux marins – un père et son fils – y débarquent pour découvrir trois cadavres mutilés. La seule survivante du massacre, Penny, est cachée dans un placard en état de choc. En les voyant s’approcher, elle panique et poignarde à mort le plus âgé des deux hommes. Ramenée sur la côte, la jeune fille est examinée par les médecins mais ne prononce pas un mot, toujours traumatisée. Grâce à des séances d’hypnose, elle finit par se remémorer son arrivée sur l’île avec trois amis, jusqu’au drame. Mais rien n’explique encore dans quelle circonstance ses compagnons ont été tués. En prenant connaissance de cette affaire, des scientifiques décident de se rendre eux-mêmes sur l’île de Snape. L’épée qui a été retrouvée dans le corps d’une des victimes est en effet en or massif et semble être l’une des nombreuses pièces d’un trésor phénicien caché quelque part au milieu des rochers. Car ce lieu isolé et sinistre fut jadis le siège d’un culte voué à Baal, une divinité maléfique et avide de sacrifices. A vrai dire, la petite équipe est autant intéressée par les vertus archéologiques du lieu que par les richesses qui semblent s’y amonceler. Mais dès leur arrivée sur place, les choses dégénèrent…

Le démon dans l’île

Étant donné que la quasi-totalité du film est tournée en studio, à l’exception de quelques inserts filmés réellement en extérieurs, La Tour du diable baigne dans une sorte d’irréalité troublante. Ces faux rochers et ces toiles peintes assument partiellement cette artificialité qui devient quasiment une signature visuelle, assumée dès le générique qui défile sur une vue aérienne du phare noyé dans le brouillard – de toute évidence une maquette. En rupture avec cet environnement presque théâtral, Jim O’Connolly opte pour une mise en scène dynamique et nerveuse qui s’oppose volontairement au classicisme des films d’épouvante britanniques à l’ancienne, alors que les monstres classiques de la Hammer vivent justement leurs derniers soubresauts. Ne rechignant ni devant la nudité, ni devant la violence graphique, La Tour du diable exhibe des scènes de sexe, des seins nus, des cadavres dégoulinants et des scènes de meurtres gratinées. Certains historiens du cinéma n’hésitent d’ailleurs pas à positionner le film comme l’un des précurseurs de la vogue du slasher, au même titre que La Baie sanglante de Mario Bava. Pour pimenter l’intrigue, le scénario s’amuse à multiplier les tensions entre les protagonistes – jalousies, histoires de coucheries et de tromperies, dissimulations et secrets – avant que les choses tournent vraiment au vinaigre… le tout jusqu’à un double twist final très réussi. Après sa première exploitation, La Tour du diable ressort en 1980 sous le titre Beyond the Fog, pour tirer parti du succès du Fog de John Carpenter.

 

© Gilles Penso

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