LA MORSURE (1989)

Après avoir été mordu par un serpent radioactif, un jeune homme se transforme en créature reptilienne mutante et vorace…

CURSE II – THE BITE

1989 – USA / ITALIE

Réalisé par Federico Prosperi

Avec Jill Schoelen, J. Eddie Peck, Jamie Farr, Savina Gersak, Marianne Muellerleile, Al Fann, Sydney Lassick, Terrence Evans, Sandra Sexton, Bruce Marchiano

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Contrairement à ce que son titre original laisse penser, Curse II : The Bite n’a jamais été conçu comme la suite de The Curse (La Malédiction céleste), adaptation libre de La Couleur tombée du ciel de H.P. Lovecraft. Le film est d’abord un projet écrit par Susan Zealouf sous le titre The Reptile Man, qu’Ovidio G. Assonitis produit de manière indépendante en le rebaptisant The Bite. Si la mise en scène est confiée à Federico Prosperi, c’est parce que ce dernier avait déjà eu affaire à des séquences complexes mettant en scène des bêtes agressives sur le film Les Animaux attaquent, dont il fut producteur. Avec The Bite (La Morsure en France), Prosperi passe pour la première fois derrière la caméra sous le pseudonyme de Fred Goodwin, mais il ne transformera pas l’essai. Ce sera son unique long-métrage en tant que réalisateur. Au moment où The Bite passe entre les mains des distributeurs américains, ces derniers décident de capitaliser sur le succès de The Curse sur le marché vidéo et le nomment donc Curse II : The Bite, même si les deux films n’ont strictement rien à voir. Cette stratégie avait déjà été expérimentée avec Beyond the Door (Le Démon aux tripes), gros succès produit par Assonitis en 1974 qui fut affublé de deux fausses suites : Beyond the Door II (en réalité Les Démons de la nuit de Mario Bava) et Beyond the Door III (Train de l’enfer de Jeff Kwitny). Les voies du marketing sont parfois impénétrables !

Tourné à Las Cruces, au Nouveau-Mexique, La Morsure ressemble à une variante modernisée de L’Homme alligator, petit classique du cinéma d’épouvante des années 50. On y trouve aussi des réminiscences du Spasms de William Fruet. Clark Newman (J. Eddie Peck) et sa petite amie Lisa Snipes (Jill Schoelen) traversent l’Arizona en voiture, au fil d’un road trip qui s’annonce romantique. Mais Clark a la mauvaise idée de prendre un raccourci en passant par le site d’essais nucléaires de Yellow Sands, malgré les avertissements répétés d’un pompiste. En chemin, ils croisent des centaines de serpents qui traversent la route. Or l’un de ces reptiles irradiés s’introduit dans la voiture et mord Clark à la main. Alors qu’ils passent la nuit dans un motel, Harry Morton (Jamie Farr), un commercial, leur propose son aide et injecte à Clark un sérum antivenimeux. Mais le lendemain matin, alors qu’ils reprennent la route, Harry se rend compte qu’il a administré le mauvais antidote à Clark et se lance donc à sa poursuite, craignant qu’un procès entache sa réputation. Au fil du trajet, la morsure de serpent sous le pansement de Clark commence à muter : sa main se transforme progressivement en reptile monstrueux. Le shérif local (Bo Svenson) et ses adjoints se lancent bientôt aux trousses de Clark afin de sauver Lisa et de détruire la créature…

La main qui tue

On peut regretter que Federico Prosperi n’ait qu’un seul film à son actif, car il faut lui reconnaître d’indiscutables talents de metteur en scène. Solide, efficace, sa réalisation s’appuie sur une très belle photographie de Roberto D’Ettorre Piazzoli (Tentacules, Star Crash, Piranhas 2) et crée d’emblée le malaise en exhibant une nuée de serpents infestant les routes désertiques du Sud-Ouest des Etats-Unis. Même si elles sont excessives, les séquences de suspense sollicitant la caméra subjective pour évoquer les évolutions du reptile contaminé savent provoquer quelques frissons. La première créature mutante visible dans le film est un « chien-serpent » dont on ne voit que le museau dans l’obscurité, mais qui révèle déjà une inquiétante monstruosité. Puis la main gauche de Clark commence à être animée d’une vie propre – un peu comme celle d’Ash dans Evil Dead 2 – pour se transformer peu à peu en saurien et agresser plusieurs personnes. Malheureusement, les effets de ralentis saccadés amenuisent l’impact et la lisibilité des scènes d’attaques. Lorsque la « main-serpent » entre dans la gorge de ses victimes, les étrangle avec sa langue télescopique ou leur crache du venin au visage, force est de constater que nous basculons dans une dimension involontairement comique qui frôle la nanardise. Fort heureusement, le génial maquilleur Screaming Mad George peut se lâcher au cours de LA scène d’anthologie du film, celle de la métamorphose finale. Le visage de Clark se déforme, ses yeux et sa langue se détachent pour se transformer en créatures rampantes, sa gorge enfle en expulsant un bloc gélatineux d’où surgissent des dizaines de serpents qui gesticulent… Et pour que la scène conserve jusqu’au bout un caractère cauchemardesque, la pauvre Lisa est obligée de ramper en petite tenue dans une marre de boue qui entrave tous ses mouvements tandis que des serpents de plus en plus gros et de plus nombreux rampent à ses côtés. La Morsure s’achève un peu à la manière de La Mouche, nous laissant l’impression d’avoir assisté à un spectacle bizarre et inclassable, typique de la génération vidéoclub des années 80.

© Gilles Penso

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