

Dans une petite communauté de chrétiens évangéliques, un « guérisseur » pratique des rites de conversion aux conséquences terrifiantes…
LEVITICUS
2026 – AUSTRALIE
Réalisé par Adrian Chiarella
Avec Joe Bird, Stacy Clausen, Tyallah Bullock, Ewen Leslie, Mia Wasikowska, Jeremy Blewitt, Davida McKenzie, Julia Grace, Hyu Motoki, Edwina Wren
THEMA DIABLE ET DÉMONS
Adrian Chiarella est tombé dans la potion magique du cinéma d’horreur quand il était tout petit. Ses souvenirs émus des descentes secrètes au rez-de-chaussée de chez ses parents, en pleine nuit, pour regarder des films comme Les Griffes de la nuit ou Halloween, sont encore vivaces. Plus tard, il comprendra que les monstres, les créatures infernales et les démons symbolisent la plupart du temps des traumatismes bien réels et semblent conçus pour pouvoir les exorciser. Après quelques courts-métrages et une poignée d’épisodes de séries TV, Chiarella décide d’attaquer son premier long en s’appuyant sur son vécu personnel pour concocter ce qu’il définit comme « un film d’horreur sociale queer ». Ses influences ont depuis évolué, se nourrissant de quelques classiques contemporains tels que It Follows ou The Witch. Le titre de son film, Leviticus, se réfère au Lévitique, l’un des livres de la Bible souvent cité par les conservateurs religieux comme preuve de l’interdiction divine de l’homosexualité. En quête d’authenticité et de réalisme, Chiarella pousse ses recherches assez loin, s’inspirant notamment de témoignages réels liés aux thérapies de conversions pratiquées dans différentes cultures à travers le monde pour s’efforcer de ramener « dans le droit chemin » les brebis égarées. Son scénario fait mouche, lui permettant d’obtenir un financement dans le cadre de la programmation 2024-2025 de Screen Australia et d’être coproduit par deux compagnies australiennes : Causeway Films et Samira Productions.


Après la mort de son père, Naim Reid (Joe Bird), un adolescent timide, s’installe avec sa mère Arlene (Mia Wasikowska, l’héroïne du Alice au pays des merveilles de Tim Burton) dans une petite ville de l’État de Victoria, dominée par une communauté de fervents chrétiens évangéliques. En quête de repères, Naim se rapproche de Ryan Whelan (Stacy Clausen), un garçon de son âge. Une relation secrète naît entre eux, mais leur histoire est rapidement menacée lorsqu’ils découvrent que Ryan entretient également une relation avec Hunter (Jeremy Blewitt), le fils du pasteur. Blessé et jaloux, Naim révèle leur liaison aux parents de Hunter, déclenchant une réaction radicale. Convaincus que les garçons doivent être « soignés » de leurs désirs homosexuels, les parents de Hunter font appel à un guérisseur. Au cours d’une éprouvante séance d’exorcisme, Ryan et Hunter sont soumis à un rituel censé les purifier. Mais alors que leurs corps sont secoués de convulsions et que leurs cris de douleur résonnent dans la pièce, quelque chose semble se libérer. Dès lors, Naim est témoin de phénomènes inquiétants. Ryan parle en effet à une présence invisible, comme s’il n’était plus seul. Une présence qui va se révéler démoniaque et destructrice…
Le droit chemin
Le concept qui sous-tend le scénario de Leviticus se révèle à la fois original et déstabilisant. Ici, les « exorcisés » ne sont pas possédés par un démon intérieur mais se laissent tromper par une entité redoutable qui adopte les traits de l’être qu’ils aiment le plus. « Il prend toujours l’apparence de la personne qui nous fait de l’effet » s’exclame ainsi l’un des personnages du film ayant lui-même été témoin de l’inquiétant rituel. Une insidieuse paranoïa se développe ainsi au fil du récit. Car face à ce monstre insaisissable, chacun est désarmé. Comment faire confiance à celui ou celle qu’on apprécie le plus ? Comment savoir si l’on croise l’être aimé ou son avatar maléfique ? Le désir se mue alors en danger. « C’est exactement ce qu’ils cherchaient, qu’on ait peur l’un de l’autre », résume Ryan face à un Naim terrorisé. Même le repli sur soi-même devient risqué, puisque l’alter-ego démoniaque surgi lorsqu’on est isolé. Le seul moyen de se protéger semble alors être de se mêler à la foule, au prix du renoncement à toute intimité et à tout jardin secret. Pour tirer de ses comédiens la prestation la plus réaliste et la plus crédible possible, Adrian Chiarella précède le tournage de deux semaines de répétition en petit comité, puis laisse une grande place à l’improvisation face à la caméra. Résultat : un drame horrifique à fleur de peau qui brocarde l’intolérance religieuse avec une redoutable efficacité.
© Gilles Penso
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