

Une médium s’installe dans une grande maison pour entrer en contact avec le fantôme qui la hante et comprendre ses intentions…
NEBÂ AFUTÂ DÂKU
2026 – JAPON
Réalisé par Dave Boyle
Avec Maeka Hoshi, Kurumi Inagaki, Kento Kaku, Tae Kimura, Bokuzo Masana, Mutsuo Yoshioka
THEMA FANTÔMES
Réalisateur américain expatrié au Japon, Dave Boyle débute sa carrière de réalisateur avec plusieurs comédies indépendantes qui fonctionnent suffisamment bien pour attirer l’attention de Netflix. La célèbre plateforme lui confie ainsi la série House of Ninjas, dont une partie de l’équipe sera sollicitée pour l’accompagner sur Never After Dark. « Ça faisait longtemps que j’avais envie de réaliser un film d’horreur », confie-t-il. « C’est l’un de mes genres préférés, et c’est drôle : même si on dit généralement que c’est le genre le plus facile à réaliser, pour une raison ou une autre, mon expérience a été tout le contraire. J’ai pu travailler sur d’autres projets, mais je n’avais jamais réussi à mener un film d’horreur jusqu’au bout. Lorsque mon partenaire créatif sur House of Ninjas, Kento Kaku, m’a demandé: “Qu’est-ce que tu veux faire maintenant?“, je lui ai répondu: “J’ai vraiment envie de réaliser un film d’horreur“, et il m’a dit : “Allons-y!“ J’ai donc saisi cette chance et je me suis lancé à fond dans l’aventure. » (1) Réalisé au Japon, selon les modes de productions locaux, Never After Dark sollicite de nombreux artistes habitués aux films de fantômes nippons, notamment le chef décorateur Yuji Hayashida et le chef éclairagiste Hidenori Nagata, qui contribuent à bâtir l’atmosphère du film. Mais s’il se laisse logiquement inspirer par les fleurons du genre (les sagas Ring et Ju-On notamment), Boyle assume ses influences multiples. L’esprit du cinéma gothique occidental plane donc aussi sur Never After Dark, ainsi une certaine dureté héritée des films de genre coréens.


Moeka Hoshi entre dans la peau d’Airi, une médium itinérante qui s’en va mener l’enquête dans une grande maison isolée. Sur place, elle est accueillie chaleureusement par la propriétaire des lieux, bien contente d’avoir trouvé quelqu’un susceptible de la débarrasser du fantôme qui la tourmente, et beaucoup plus froidement par son fils, persuadé d’avoir affaire à une charlatane exploitant la crédulité de ses clients. Pour pouvoir pratiquer le rituel qui lui permettra de « percer le voile » entre le monde des morts et celui des vivants, seul moyen pour elle de savoir qui est ce spectre et ce qu’il cherche, Airi a besoin d’être seule. Elle congédie donc les occupants des lieux, qui partent s’installer dans un hôtel voisin, et commence à se promener dans la maison, à l’affût du moindre signe. Il ne lui faut pas longtemps pour voir apparaître la figure fantomatique d’un homme horriblement défiguré qui rôde dans les couloirs chaque nuit, pénètre toujours dans la même chambre et gratte frénétiquement une planche de bois, comme s’il cherchait un objet précieux. Airi tente d’entrer en contact avec lui et finit par se mettre en danger…
Souvenirs de l'au-delà
Never After Dark est un film beaucoup moins traditionnel qu’on pourrait l’imaginer. Première surprise: la présence et l’existence des fantômes y est d’emblée admise, sans la moindre ambiguïté, puisque Airi communique régulièrement avec sa grande sœur, morte lorsqu’elle était enfant, et que la mise en scène s’amuse à ne faire apparaître qu’à travers les reflets (miroirs, rétroviseurs, vitres). Notre protagoniste a ceci d’original qu’elle communique avec le monde des morts de manière assez routinière, sans émotion particulière, via un rituel très codifié. Pour voir les fantômes, elle allume une bougie, brûle une mèche de cheveu et fixe son regard sur un miroir circulaire qui s’allume et tourne à la manière d’un zoetrope. On y voit défiler image par image de petites silhouettes dont le dessin évoque l’âme qui s’échappe du corps. Via cette facétie visuelle, le film semble nous dire en filigrane que le cinéma lui-même est le médium idéal pour voyager dans d’autres mondes, y compris dans l’au-delà. Never After Dark révèle son lot de frissons et de surprises, mais ce sont surtout ses retournements à mi-parcours du récit qui le font basculer dans l’horreur, les fantômes s’avérant comme souvent moins effrayants que les vivants. Ici, le scénario brouille justement les pistes en mêlant ces deux entités complémentaires, parfois même au sein d’un même personnage. Résolument original malgré des prémices faussement classiques, Never After Dark ne s’interdit pas non plus la légèreté et une bonne dose d’humour, jouant souvent le grand écart avec les émotions des spectateurs, qui se laissent jusqu’au bout mener par le bout du nez.
(1) Extrait d’une interview publiée dans Rue Morgue en septembre 2026.
© Gilles Penso
À découvrir dans le même genre…
Partagez cet article



