BLOODY TENNIS (2026)

Une joueuse de tennis intègre un centre de formation aux règles très strictes qui abrite secrètement d’inquiétantes activités…

BLOODY TENNIS

2026 – ALLEMAGNE

Réalisé par Nikias Chryssos

Avec Sandra Guldberg Camp, Elina Löwensohn, Tracy Gotoas, Lily Taieb, Juliana Vieira-Guerra, Helena Zengel, Lucie Zhang, Vincent Romeo, Zlatko Buric

THEMA CANNIBALES I TUEURS

Le réalisateur allemand Nikias Chryssos aime mettre en scène des microcosmes, comme s’il prenait un malin plaisir à étudier ses protagonistes reclus dans un cercle fermé, tel un entomologiste muni d’une caméra. Après la famille de Der Bunker, la communauté religieuse de The Pure Place et le club techno dans Rave On, place à un centre de formation pour sportives. Notre homme ne connaît pourtant pas grand-chose aux raquettes et aux balles, mais ce sport le fascine. « Ce que je trouve intéressant dans le tennis, c’est qu’il s’agit d’un duel, mais sans contact physique », explique-t-il. « Ce ne sont que deux personnes qui s’affrontent. On ne bénéficie du soutien d’aucun autre coéquipier. De plus, c’est un sport souvent réservé à la classe aisée. Ce n’est pas un sport populaire. Il y a un certain code de conduite, notamment à Wimbledon, où il existe des règles précises concernant la tenue des joueurs, le public qui s’y rend, etc. J’ai pensé qu’il serait intéressant d’envoyer quelqu’un issu d’un milieu différent dans cette académie et dans cet univers-là. » (1) Au début, Chryssos envisage d’exploiter ce sujet à travers une variante du mythe de Frankenstein. Il change finalement son fusil d’épaule pour s’orienter vers le « film de pensionnat », avec en tête quelques fleurons du genre comme Suspiria, Phenomena, La Résidence ou plus récemment The Neon Demon.

Tourné aux îles Canaries (pour les extérieurs) et en Allemagne (pour les intérieurs), Bloody Tennis se déroule dans une région reculée d’Europe. Une prestigieuse académie de tennis y accueille de jeunes joueuses prêtes à tout pour atteindre l’excellence. À sa tête, la directrice Mary (Elina Löwensohn) impose à ses pensionnaires un entraînement aussi impitoyable qu’atypique. Pendant six semaines, elles vont se disputer une opportunité exceptionnelle : remporter le tournoi de l’académie et décrocher une invitation pour Wimbledon qui pourrait changer leur vie. Venue de Détroit, Sophie (Sandra Guldberg Kampp) est la dernière recrue de ce programme d’élite, arrivée pour remplacer une participante partie prématurément. D’abord déconcertée par les méthodes étranges de Mary et de son entraîneur Stavkos (Zlatko Burić), Sophie comprend peu à peu que la quête de la victoire exige bien plus que du talent et de la discipline. Dans cet univers clos où la pression, la rivalité et les sacrifices poussent le bouchon très loin, elle va repousser ses limites physiques et mentales, quitte à découvrir que le prix de l’excellence pourrait être beaucoup plus élevé qu’elle ne l’imaginait…

Du sang sur la terre battue

D’emblée, l’étrangeté excessive de cet établissement très sélect nous interpelle. N’importe quelle jeune sportive normalement constituée tournerait immédiatement les talons face à ces maltraitances, ces méthodes tyranniques ou ces rituels louches (un smoothie rouge sang chaque matin, des soins à base de sangsues, des humiliations à n’en plus finir). Le fait que Sophie, notre pôle d’identification, accepte de jouer le jeu prouve non seulement son esprit de compétition mais aussi son envie – implicite et sans doute inconsciente dans un premier temps – d’appartenir à un cercle aux intentions douteuses, pour ne pas dire inavouables. Pour s’accorder au caractère baroque du scénario, le compositeur Jim Williams se laisse aller à l’emphase, s’approchant volontairement de certains travaux du groupe Goblin. Chaque match de tennis est ici filmé comme un duel de western spaghetti, Nikias Chryssos exacerbant les regards et les effets sonores. Dans ce domaine, l’affrontement entre Sophie et Bana (Tracy Gotoas) est un véritable morceau de bravoure. D’autant que le réalisateur s’intéresse ici beaucoup moins aux gestes sportifs qu’aux émotions exprimées par les adversaires : l’une reste de marbre et contient sa rage, tandis que l’autre la laisse exploser et perd sa connexion avec le monde réel. Quant à l’ultime duel, il pousse les excès très loin, jusqu’à se laisser inspirer par le Sam Raimi de Mort ou vif. Pétri de bonnes idées, égayé de personnages secondaires savoureux, Bloody Tennis est hélas affaibli par son hésitation permanente entre plusieurs tons, optant tour à tour pout l’épouvante psychologique insidieuse et le grand-guignol sanglant sans vraiment parvenir à se décider. Le scénario lui-même finit par prendre l’eau en se souciant moins de cohérence que d’exubérance. Le formidable potentiel du film s’épuise donc malheureusement à mi-parcours.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Médium.com en septembre 2026

© Gilles Penso

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