

Dans cette relecture modernisée du fameux roman de Gaston Leroux, la fille de Vincent Cassel et Monica Belluci tombe sous le charme du fantôme…
LE FANTÔME DE L’OPÉRA
2026 – FRANCE
Réalisé par Alexandre Castagnetti
Avec Deva Cassel, Romain Duris, Julien de Saint Jean, Laïka Blanc-Francard, Dorothée Gilbert, Guillaume Diop, Axel Auriant, Florence Banks, Migrent Mirtchev
THEMA SUPER-VILAINS I FANTÔMES
Encore une adaptation du Fantôme de l’Opéra ? Le cinéma n’en compte-t-il pas déjà suffisamment, depuis l’inoubliable version de 1925 qui, avouons-le, n’a jamais été égalée ? Mais les voies du box-office sont impénétrables, c’est bien connu. Après le succès du diptyque Les Trois Mousquetaires et du Comte de Monte Cristo, les grands classiques de la littérature populaire semblent être devenus la nouvelle manne des producteurs français. Spécialisé jusqu’alors dans la comédie, le réalisateur Alexandre Castagnetti s’engouffre à son tour dans cette brèche pour tenter de moderniser le célèbre roman de Gaston Leroux. Mais pour ce fils de chanteur d’opéra, la démarche semble plus personnelle qu’on aurait pu l’imaginer. « J’ai grandi dans le monde de l’opéra et des grandes histoires scéniques », raconte-t-il. « Enfant, je voulais déjà faire un film qui adapte Le Fantôme de l’Opéra pour rendre hommage à mon père. J’y ai souvent repensé depuis. J’en rêvais, mais c’était impossible. Et puis les producteurs m’ont appelé pour cette proposition miraculeuse : avoir l’opportunité de faire un film musical avec de la danse, du mystère, de l’érotisme et du fantastique. » (1) Contrairement aux adaptations classiques habituelle, son Fantôme de l’Opéra ne se déroule pas dans le Paris de la Belle Époque, mais dans un cadre contemporain. Le récit s’intéresse à Anastasia (Deva Cassel), une jeune danseuse franco-roumaine qui réussit à intégrer le prestigieux Opéra de Paris. Alors qu’elle répète l’Orpheus, un opéra maudit qui fut découvert par hasard dans les sous-sols du prestigieux bâtiment, elle tombe amoureuse d’un mystérieux pianiste qui pourrait bien être un fantôme…


Pétri manifestement de bonnes intentions, ce Fantôme de l’Opéra cru 2026 est un film hélas un peu bancal qui alterne quelques rares moments de fulgurances virtuoses avec beaucoup de maladresses. La scène d’introduction, par exemple, censée se dérouler en plein 19ème siècle, cultive une esthétique chic grandiloquente qui donne presque l’impression que c’est Luc Besson qui tient la caméra. Plus tard, les choses s’arrangent avec l’entrée en scène du personnage principal, incarné par la très touchante et très juste Deva Cassel, qui parvient ici à échapper à l’ombre de ses prestigieux parents (Monica Bellucci et Vincent Cassel) pour exprimer sa propre personnalité. Mais ensuite, le film continue d’accumuler les lourdeurs, via un jeu d’acteurs souvent approximatif, une écriture sans finesse et une mise en scène très modérément inspirée. Dommage, tout de même, qu’Alexandre Castagnetti ne propose pas plus d’idées audacieuses pour donner corps à son fantôme, incarné sans éclat par un Julien De Saint Jean désespérément fade. Le réalisateur semble hésiter, sans parvenir à nimber cet être du mystère et du charme atemporel qu’il est supposé posséder. Il y a bien quelques jeux intéressants de miroirs et de reflets invisibles, mais ces astuces visuelles restent des cas très isolés.
Tardives flamboyances
Romain Duris lui-même met du temps à entrer dans son personnage de metteur en scène exalté. En surjeu et en décalage au début du film, il trouve enfin sa pleine mesure dans une scène tardive où, tyrannique, il brutalise sa danseuse vedette pour tenter d’obtenir d’elle ce qu’il a en tête. Tout semble se jouer dans ce moment fort où notre homme se mue soudain en émule du despotique professeur de batterie qu’incarnait J.K. Simmons dans Whiplash, pour révéler soudain une autre facette que ce visage affable et souriant qu’il laissait voir jusqu’alors. Mais le véritable moment de grâce explose lors du dernier tiers du film, qui concrétise sur grand écran le fameux opéra maudit, sur une musique pleine d’emphase de Dan Levy. Ce grand moment baroque, où la beauté et l’effroi s’entremêlent, tutoie presque les grands moments du cinéma de Dario Argento – qui se cassa lui-même les dents sur le mythe avec sa version de triste mémoire. Cette séquence flamboyante arrive toutefois trop tard, tant le reste du film peine à trouver son équilibre. Mais c’est aussi là que réside peut-être l’un des charmes du long-métrage de Castagnetti. Ses imperfections et ses hésitations le rendent presque touchant. Écartelé entre plusieurs styles sans jamais parvenir à les réconcilier tout à fait, ce Fantôme de l’Opéra évite le lissage aseptisé de la version de Joel Schumacher pour tenter quelque chose de plus singulier. Et puis, dans les toutes dernières secondes, une discrète pointe d’émotion vient refermer le film, en écho au message du générique dans lequel le réalisateur dédie son œuvre à son propre père.
(1) Extrait d’une interview publiée sur Cinecitta News en octobre 2026
© Gilles Penso
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