TONNERRE DE FEU (1983)

Roy Scheider et Malcolm McDowell pilotent un hélicoptère futuriste dans l'un des meilleurs films de John Badham

BLUE THUNDER

1983 – USA

Réalisé par John Badham

Avec Roy Scheider, Malcolm McDowell, Warren Oates, Candy Clark, Daniel Stern, Paul Roebling, David Sheiner, Joe Santos

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I POLITIQUE-FICTION

Tout commence par un texte froidement rédigé à l’ordinateur : “Le matériel, les armes et systèmes de surveillance décrits dans ce film sont réels et actuellement employés aux États-Unis”. L’oeuvre est ouvertement motivée par une volonté d’ancrage dans le réel, et animée d’un désir d’alerte face aux abus sécuritaires du gouvernement américain. Nous sommes en 1983, et les écoutes illégales ordonnées par le président Nixon onze ans auparavant résonnent encore visiblement dans toutes les oreilles. Big Brother revêt ici la forme d’un hélicoptère suréquipé et armé pour le combat (Supercopter envahira les écrans de télévision un an plus tard), censé protéger Los Angeles pendant les futurs Jeux Olympiques, afin d’éviter un “autre Munich”, le tout dans un climat de tensions raciales qui n’est pas sans évoquer les émeutes de Watts de 1965. Un flic expérimenté de la police de l’air (Roy Scheider), flanqué d’un jeune aspirant (Daniel Stern), est choisi pour tester le bébé, et met à jour un complot aux ramifications nationales… 

Dans le script originel de Dan O’Bannon (Alien) et Don Jakoby (Le Justicier de New York), le personnage de Frank Murphy était un schizophrène paranoïaque qui finissait par se prendre pour une incarnation du Dieu Thor, et transformait Los Angeles en véritable champ de bataille. Jugé trop sombre par les producteurs et par l’acteur principal, Murphy fut quelque peu radouci et Scheider le joua plus détendu, armé d’une cool attitude à la Steve McQueen, casse-cou et rebelle à l’autorité. Badham applique ici le traitement qui fera de lui un des rois de l’entertainment sur la décennie à venir, à savoir un sens de la narration fluide et directe, une maîtrise parfaite des enjeux et du rythme, et un humour omniprésent. Nous sommes ici plongés dans le vif du sujet dès l’introduction, en patrouille aérienne avec des protagonistes qui se caractérisent dans le cœur de l’action. La légèreté de ton ambiante est entérinée par un passage voyeuriste, version potache de Body Double avant l’heure, pour mieux basculer plus tard vers une violence adulte (la mort-choc de Lymangood), amorcée par l’arrivée du fameux Tonnerre De Feu, engin plus inquiétant que rassurant et graphiquement iconisé sous toutes les coutures.

« Toi, je t'aurai ! »

Pour répondre à la forte personnalité de Murphy, il fallait un méchant de taille. Le choix de Malcolm McDowell, éternel Alex d’Orange mécanique s’avère payant, le comédien semblant se régaler à incarner un colonel cynique et condescendant. Malgré un temps de présence réduit à l’écran, son arrogante rivalité avec Scheider est l’un des points forts du film. Leur affrontement dans le ciel de Los Angeles également, qui donne lieu à des poursuites spectaculaires. Le Vietnam se rejoue alors sur le sol américain dans une guérilla urbaine avec destructions massives (séquence marquante dont se souviendra le James Cameron de True Lies). Ironiquement, le gouvernement qui voulait s’armer contre la menace terroriste finit par exploser des buildings au risque d’atteindre des innocents. Murphy règle ses comptes avec un ancien compagnon d’armes et annihile avec lui la culpabilité du conflit Vietnamien qui tua des locaux mais aussi et surtout des Américains. Les masses, bercées par une illusion de sécurité, se retrouvent manipulées, victimes collatérales d’un complot à grande échelle éventé par les médias, qui sauvent in extremis la vie des héros en les lovant dans le giron de l’opinion publique. Les boucs émissaires sont des immigrés mexicains, auxquels le FBI et la police voulaient faire porter le chapeau des émeutes, dans le but de justifier une intervention musclée et de valider le projet d’aéro-surveillance. Cette charge acide trouve des résonances prophétiques aujourd’hui, en pleine administration Trump. In fine, Murphy choisit de détruire lui-même l’engin de malheur, en l’abandonnant face à un bon vieux train de marchandises : les dérives du progrès capitaliste sont ici éparpillées par un pur outil prolétaire, plaçant un peu plus le personnage à hauteur d’homme. Le plan final très 70’s voit notre héros s’éloigner du chaos provoqué avec l’air satisfait du travail accompli, moment de gloire rapidement vérolé par le filtre d’un écran d’ordinateur qui transforme l’image. La boucle de l’alerte d’ouverture est bouclée, et la victoire semble être vouée à court terme. L’actuel fichage à outrance d’internet qui analyse la population en permanence sous prétexte de participer à son bien-être ne peut que confirmer la vision pas si exagérément alarmiste que ça de John Badham et Dan O’Bannon.

 

© Julien Cassarino

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