ARMY OF THE DEAD (2021)

Zack Snyder revient visiter le territoire des morts-vivants dans ce mixage improbable entre Ocean’s Eleven et World War Z

ARMY OF THE DEAD

 

2021 – USA

 

Réalisé par Zack Snyder

 

Avec Dave Bautista, Ella Purnell, Omari Hardwick, Ana de la Reguera, Theo Rossi, Matthias Schweighöfer, Nora Arnezeder, Hioyuki Sanada, Tig Notaro, Raul Castillo

 

THEMA ZOMBIES

À l’instar de Christopher Nolan, avec lequel il partage quelques incursions remarquées dans l’univers des DC Comics, Zack Snyder s’est mué au fil des ans en aimant à controverses polarisant des opinions contraires qui évacuent souvent toute nuance. Il semblerait qu’il faille absolument se positionner dans le clan des « pour » ou « contre » Snyder. Au mépris de ce « manichéisme » de bon ton, osons la demi-mesure. Non, Army of the Dead n’est pas un chef d’œuvre, loin s’en faut. Ce n’est pas non plus une catastrophe honteuse à enterrer six pieds sous terre. D’ailleurs, nul doute que si le film n’avait pas été signé Snyder, de nombreux esprits chagrins auraient considéré ce spectacle survolté comme un divertissement de très honnête facture. Même si le titre peut prêter à confusion, Army of the Dead est sans lien avec L’Armée des morts, que Snyder signa en 2004 sous le titre original de Dawn of the Dead puisqu’il s’agissait d’un remake officiel du Zombie de George Romero. Les distributeurs français ayant opté à l’époque pour une traduction à caractère militaire, celui-ci conserve son appellation originale afin d’éviter toute confusion. Cela dit, l’idée d’Army of the Dead est née dans la foulée de Dawn of the Dead, Zack Snyder envisageant alors de le réaliser sous la double bannière des studios Universal et Warner. Mais le projet traîna pendant presque quinze ans jusqu’à se concrétiser après son rachat par Netflix et une mise de départ de 90 millions de dollars.

Tout commence par un accident de la route au beau milieu du désert du Nevada. Un convoi militaire transportant une mystérieuse cargaison issue directement de la zone 51 et la voiture d’un couple de jeunes mariés entrent violemment en collision. Un zombie qu’on imagine fruit d’expérimentations top secrètes de l’armée (comme au bon vieux temps du Retour des morts-vivants) s’échappe alors, sème la mort, infecte quelques militaires au passage puis se rend à Las Vegas. La contamination se répand comme une traînée de poudre, muant la ville qui ne dort jamais en nid grouillant de zombies où les créatures, mises en quarantaine, sont livrées à elles-mêmes. C’est alors que le film d’action/horreur se met à intégrer les codes du « film de casse ». Car un petit commando, mené par le mercenaire Scott Ward (Dave Bautista), accepte une mission presque suicidaire : s’armer jusqu’aux dents, s’immiscer au milieu du flot affamé de morts-vivants et forcer le coffre-fort d’un casino qui renferme 200 millions de dollars… le tout avant la frappe nucléaire qui éradiquera Las Vegas quelques heures plus tard !

Leaving Las Vegas

Loin de la noirceur maniérée d’un Man of Steel ou d’un Batman V Superman, cette nouvelle « Armée des morts » ne se prend pas au sérieux, quitte à forcer le trait, à esquisser en quelques coups de burin mal ajustés le caractère des personnages et à se contenter d’explications vaseuses pour justifier des comportements et des motivations invraisemblables. Cette belle brochette d’archétypes et ces raccourcis scénaristiques ne poseraient pas de problème particulier si Army of the Dead se contentait d’une approche au second degré, à l’image de ce générique cartoonesque où le sang gicle à tout va au sein de séquences de combat dantesques qu’accompagne une reprise de « Viva Las Vegas ». Mais Snyder ne sait visiblement pas trop sur quel pied danser, s’obligeant à intégrer dans son film des moments d’émotion intense, des liens affectifs conflictuels entre le héros taciturne et sa fille ou encore des leçons de morale douteuses véhiculées par une soldate masculinisée qui semble s’ériger en défenseuse virulente des droits des femmes opprimées. Toutes ces tentatives d’ajouter de l’épaisseur à un film qui n’en demandait pas tant sont autant de coups d’épée dans l’eau – ratés, maladroits et souvent embarrassants. À l’image de l’emploi abusif de l’optique Canon Dream que le réalisateur – qui signe lui-même la photographie du film – utilise pour chaque scène intime, nimbant ses personnages d’un effet de flou digne de David Hamilton. D’un autre côté, Army of the Dead est d’une générosité rafraîchissante dans le double domaine de l’action et de l’horreur, multipliant les visions impensables comme ce panorama d’un Las Vegas dévasté où surgissent des hordes de morts-vivants précédées par leur « roi », chevauchant un cheval squelettique et accompagné d’un tigre monstrueux. Cet enrichissement de la mythologie zombie (les « alphas » dominants, les « boiteux » obéissants, les animaux mutants contaminés) permet un déchaînement sans précédent au moment des séquences de combat qui scandent régulièrement le film. Bref, ce mixage improbable entre Ocean’s Eleven et World War Z n’apporte rien de fondamental à la filmographie de Zack Snyder ni à celle – déjà très surchargée – des zombies à l’écran. Mais il faut bien avouer qu’on ne s’y ennuie pas une seconde et que ses 2h28 de métrage passent miraculeusement comme une lettre à la poste.

 

© Gilles Penso

 

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