WILLARD (2003)

Dans ce remake d’un film fameux réalisé par Daniel Mann, Crispin Glover incarne un jeune homme perturbé qui sympathise avec des rats…

WILLARD

 

2003 – USA

 

Réalisé par Glen Morgan

 

Avec Crispin Glover, R. Lee Ermey, Laura Elena Harring, Jackie Burroughs, Kimberly Patton, William S. Taylor, Edward Horn

 

THEMA MAMMIFÈRES

James Wong et Glen Morgan, co-auteurs de quelques-uns des meilleurs scénarios d’X-Files et Millenium, ont décidé au début des années 2000 de se lancer dans la mise en scène. Wong a donc dirigé Destination finale, l’un des films d’épouvante les plus originaux et les plus terrifiants du début du 21ème siècle. Morgan, plus prudent, a opté pour la voie du remake, avec ce Willard que les deux compères écrivirent pendant le tournage de The One et qui reprend fidèlement le scénario du film homonyme réalisé en 1971 par Daniel Mann. Couvé par une mère possessive et handicapée, quasiment autiste, Willard Stiles (Crispin Glover) a bientôt trente ans et subit quotidiennement des humiliations infligées par son tyrannique patron Frank Martin (R. Lee Ermey). Ce dernier le renvoie un jour avec perte et fracas (« quelle est la partie de “vous êtes viré“ que vous ne comprenez pas ? » lui lance-t-il face à sa réaction stupéfaite), sans se soucier le moins du monde du fait que la société qu’il dirige a été fondée par le propre père de Willard. Poussé à bout, désespéré, le jeune homme ne trouve le réconfort qu’auprès d’une horde de rats qui grouillent dans sa cave et avec lesquels il sympathise. Cette étrange « communauté » est dirigée par un « chef » colossal et extrêmement intelligent que Willard baptise Ben. Peu à peu, le jeune homme décide de fomenter sa vengeance et de dresser ses nouveaux compagnons contre tous les humains qui l’ont humilié ou rabaissé…

Malgré tous les efforts qu’il déploie pour styliser sa mise en scène, malgré l’apport des effets spéciaux numériques, ce Willard peine à rivaliser avec son illustre aîné. Les attaques des rongeurs ont gagné en spectaculaire, mais pas en impact dramatique, d’autant que Morgan désamorce certaines séquences par une poignée de gags qui amenuisent forcément leur potentiel d’épouvante (la chatte qui s’appelle Scully, le gros rat qui vient remplacer la souris d’un ordinateur). D’ailleurs, l’impact du premier Willard était principalement dû au réalisme de son approche. A trop caricaturer son film, à trop exagérer ses décors, ses angles de prises de vue, sa photographie, sa direction d’acteurs, Morgan en tire plus un pastiche qu’un véritable remake. Même R. Lee Ermey, redoutable sergent instructeur de Full Metal Jacket, ne parvient pas à surpasser la performance d’Ernest Borgnine.

La haine le ronge

Reste Crispin Glover. Cet acteur incroyable, qui n’a pas pris une ride depuis Retour vers le futur dans lequel il incarnait le père de Michael J. Fox, et qu’on a revu en tueur psychopathe dans Charlie et ses drôles de dames, nous offre ici une performance hallucinante. On pense beaucoup à Anthony Perkins dans Psychose et la musique de Shirley Walker cligne d’ailleurs de l’œil vers Bernard Herrmann, histoire d’officialiser la filiation entre les deux films. Rien que pour ce comédien hors norme, le film vaut largement le détour, et l’on ne peut que se soulager du fait que Macaulay Culkin et Joaquin Phoenix, tous deux contactés de prime abord pour jouer le rôle-titre, aient décliné la proposition à tour de rôle. On note qu’en guise de clin d’œil au film original, le comédien Bruce Davison, qui incarnait Willard en 1971, apparaît sur une série de photos représentant le père du héros. Autre filiation directe : l’utilisation dans la bande originale d’une chanson de Michael Jackson qui fut composée en 1972 pour Ben, la séquelle officielle de Willard.

 

© Gilles Penso

 

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