TREMBLEMENT DE TERRE (1974)

Charlton Heston affronte le gigantesque séisme qui frappe Los Angeles dans l’un des films catastrophe les plus ambitieux de tous les temps

EARTHQUAKE

 

1974 – USA

 

Réalisé par Mark Robson

 

Avec Charlton Heston, Ava Gardner, George Kennedy, Lorne Greene, Geneviève Bujold, Richard Roundtree, Marjoe Gortner, Victoria Principal

 

THEMA CATASTROPHES

En 1970, le succès colossal du film Airport fait des émules et lance officiellement la vogue du film catastrophe. Tous les grands studios sentent qu’il y a là une brèche dans laquelle s’engouffrer. Du côté d’Universal, les méninges commencent à s’activer. Suite au tremblement de terre survenu en 1971 dans la vallée de San Fernando, le producteur Jennings Lang développe l’idée d’un film mettant en scène un séisme colossal en plein Los Angeles. Mario Puzo, qui vient de signer le scénario du Parrain d’après son propre roman, est embauché pour rédiger un script. Mais sa version de l’histoire s’intéresse à de très nombreux personnages et nécessite un budget titanesque. Puzo n’ayant pas le temps de revoir sa copie (il est sollicité par Le Parrain 2) et le succès de L’Aventure du Poséidon prouvant que le cinéma catastrophe a le vent en poupe, il faut réagir dans les plus brefs délais. Le journaliste George Fox est donc sollicité pour retravailler le scénario, épaulé par Mark Robson qui s’est vu confier entretemps la réalisation du film. Vétéran hollywoodien collectant à son actif des œuvres aussi variées que Bedlam, L’Express du colonel Ryan ou La Vallée des poupées, Robson se sent d’attaque pour ce projet mégalomane qui sera finalement budgété à 7 millions de dollars et dont le tournage débute en février 1974. Une course contre la montre s’amorce alors pour que Tremblement de terre puisse sortir sur les écrans avant La Tour infernale, autre blockbuster catastrophe que la 20th Century Fox vient de faire entrer en production.

Le premier plan de Tremblement de terre est très symbolique : Charlton Heston fait son footing devant la colline que surplombe le panneau Hollywood. De toute évidence, ce héros mythique de l’âge d’or du cinéma américain est toujours dans la course, prêt à faire la nique à ses confrères prestigieux (en l’occurrence Paul Newman et Steve McQueen dans La Tour infernale). Le Moïse des Dix commandements incarne un ancien footballer devenu ingénieur, marié à une femme acariâtre et alcoolique (Ava Gardner), travaillant sous la direction de son vénérable beau-père (Lorne Greene) et s’évadant dans les bras chaleureux d’une jeune comédienne (Geneviève Bujold). La première heure du film s’attarde sur les destins croisés d’une poignée d’habitants de la Cité des Anges. Outre le personnage campé par Heston, nous nous intéressons en vrac à un policier zélé mis à pied par sa hiérarchie (George Kennedy), un motard acrobatique (Richard Roundtree) et la sœur de son associé (Victoria Principal) ou encore le directeur d’un supermarché réquisitionné par l’armée (Marjoe Gortner). Les premières secousses arrivent très tôt et provoquent la mort d’un gardien du barrage d’Hollywood, noyé dans un ascenseur. Mais les autorités ne s’alarment pas outre-mesure. L’institut de sismologie prévoit pourtant un cataclysme à très grande échelle. « Cela dégagerait davantage d’énergie que les bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki réunies » s’entend dire le maire. Et effectivement, le désastre prend des proportions quasi-bibliques.

Les failles se creusent

Cru, violent, impressionnant, le monstrueux tremblement de terre qui crève l’écran à mi-parcours du métrage prend les spectateurs par surprise. Malgré la vaste campagne publicitaire orchestrée par Universal, qui vantait notamment le système révolutionnaire Sensurround accentuant les infrabasses dans les salles de cinéma pour que le public ressente lui-même les vibrations du séisme, malgré le titre du film lui-même (difficile d’être plus explicite !), nous n’étions tout simplement pas prêts à affronter un tel déchaînement de folie destructrice. Pendant dix minutes ininterrompues, le chaos et la mort saturent les écrans. La combinaison des effets spéciaux mécaniques, des cascades, de la pyrotechnie, des maquettes et des matte-paintings s’avère redoutablement efficace. Il faut notamment saluer le travail prodigieux des superviseurs des effets visuels Albert Whitlock (Les Oiseaux) et Clifford Stine (L’Homme qui rétrécit). À une faute de goût près (l’ajout de gouttes de sang en animation au moment de la chute d’un ascenseur), cette catastrophe dantesque n’a rien perdu aujourd’hui de son caractère immersif et spectaculaire. La suite de l’intrigue s’attarde sur des séquences de sauvetage extrêmement tendues au cours desquelles le vernis craque et les personnalités se révèlent. À ce titre, le comportement excessif du personnage incarné par Marjoe Gortner est édifiant. Tremblement de terre parvient ainsi à trouver le juste équilibre entre la description du désastre à taille humaine et à très grande échelle. Les failles se creusent finalement autant dans le sol que dans l’esprit des protagonistes. Le film de Mark Robson sort sur les écrans le 15 novembre 1974, soit un mois avant La Tour infernale, et remporte un immense succès. Le procédé Sensurround sera réutilisé à trois reprise (dans La Bataille de Midway, Le Toboggan de la mort et Galactica) puis relégué au rang des gadgets obsolètes d’Hollywood.

 

© Gilles Penso

 

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