LE MONDE (PRESQUE) PERDU (2009)

Will Ferrell incarne un chercheur excentrique et lourdaud dans ce remake parodique d’une série de science-fiction des années 70

LAND OF THE LOST

 

2009 – USA

 

Réalisé par Brad Siberling

 

Avec Will Ferrell, Anna Friel, Danny McBride, Jorma Taccone, John Boylan, Matt Lauer, Michael Papajohn et les voix de Leonard Nimoy et Paul Adelstein

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE I EXTRA-TERRESTRES

Pour les téléspectateurs américains des années 70, Land of the Lost était une institution. Produite par Sid et Marty Krofft, cette série inventive bricolée avec des moyens réduits racontait la mésaventure du garde forestier Rick Marshall, de son fils Will et de sa fille Holly plongés à travers une faille spatio-temporelle dans un monde préhistorique peuplé par des dinosaures, des hommes-singes et des extra-terrestres reptiliens. Diffusée entre 1974 et 1976 sur NBC, Land of the Lost eut droit à un premier remake dans les années 90 avec la sympathique mini-série Les Aventuriers du monde perdu. En 2009, les toujours vaillants Sid et Marty Krofft (alors âgés respectivement de 80 et 72 ans) donnent leur feu vert pour une nouvelle relecture de leur célèbre show. Cette fois-ci, il s’agira d’une superproduction au budget colossal (100 millions de dollars), portée par une star en tête d’affiche (Will Ferrell) et adoptant un ton parodique. Ainsi, comme le Starsky et Hutch de Todd Philips, Le Monde (presque) perdu est moins un remake de la série dont il s’inspire qu’un pastiche à l’humour potache, ouvrant la voie à d’autres « adaptations » comiques du même acabit comme 21 Jump Street ou Baywatch.

Dans cette version cinéma de Land of the Lost, Rick Marshall n’est plus un garde forestier mais un paléontologue bizarre dont la théorie sur les failles temporelles lui a valu discrédit et humiliation. Désormais enseignant blasé, il est un jour approché par une jeune étudiante, Holly (Anna Friel), qui est persuadée du bien fondé de ses recherches. Elle le convainc d’emporter son invention révolutionnaire, l’amplificateur de tachyons, sur un site où a été retrouvé un fossile prouvant la possibilité des voyages spatio-temporels. Les voilà donc tous deux dans une grotte au fin fond du désert américain, accompagnés par Will Stanton (Danny McBride), le propriétaire d’un magasin de souvenirs local. Soudain, un tremblement de terre ouvre une faille dans laquelle tous trois se retrouvent happés. Ils atterrissent aussitôt dans un monde sauvage peuplé de dinosaures agressifs, d’hommes-singes primitifs de la tribu Pakuni et d’aliens reptiliens répondant au doux nom de Sleestaks…

Un film (presque) perdu

Au risque de désarçonner les puristes, les rôles ont donc été redistribués par rapport au show télévisé des années 70. Si Holly et Will gardent leur prénom, ce ne sont plus les enfants de Rick mais respectivement une étudiante qui l’admire et deviendra sa petite-amie (Œdipe, quand tu nous tiens !) et un faire-valoir comique redneck. Dans cette aventure fantastique déjantée qui rappelle par bien des aspects la mécanique et les situations du Voyage au centre de la Terre d’Eric Brevig, les gros moyens déployés ne compensent pas la sensation d’assister à un sketch comique balourd qui traîne indéfiniment en longueur sans trop savoir où il va. De fait, les péripéties s’avèrent absurdes, les deux protagonistes masculins rivalisent de stupidité, bref c’est avec une indifférence polie – scandée de brefs sourires timides – que nous assistons au spectacle. Restent les créatures, sans conteste ce que le film a de meilleur. Conçues par le talentueux designer Crash McCreery (Jurassic Park, Small Soldiers, Pirates des Caraïbes), elles crèvent l’écran et sauvent l’entreprise du naufrage. Les Sleestaks et les Pakunis modernisent de manière habile les designs originaux, grâce à de très beaux costumes et maquillages spéciaux signés Mike Elizalde. Quant aux dinosaures numériques animés par les artistes de Rhythm & Hues, ils tiennent la vedette des meilleures séquences du film, notamment un chassé-croisé mouvementé avec un T-rex et un allosaure dans une sorte de décharge publique. Grosse déception au box-office, Le Monde (presque) perdu ne parviendra même pas à rembourser sa mise de départ et finira par sombrer dans un oubli poli.

 

© Gilles Penso


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