WANDAVISION (2021)

La Sorcière Rouge et l’androïde créé par Ultron revisitent les classiques de la télévision américaine dans cette série au concept très curieux…

WANDAVISION

 

2021 – USA

 

Créée par Jac Schaeffer

 

Avec Elizabeth Olsen, Paul Bettany, Teyonah Parris, Kat Dennings, Randall Park, Kathryn Hahn, Josh Stamberg, Evan Peters, Jett Klyne, Julian Hilliard

 

THEMA SUPER-HÉROS I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Si l’univers Marvel avait su se décliner avec un certain succès sur la plateforme Netflix grâce à des séries de la trempe de Daredevil, Jessica Jones et Luke Cage, la maison des Avengers possède en 2021 sa propre major, Marvel Studios, et un nouveau canal de diffusion sur mesure, Disney+. Pour marquer le coup et lancer officiellement la phase IV du Marvel Cinematic Universe sur les petits écrans avant son prolongement au cinéma, il fallait frapper fort. Choisir comme personnage principal de ce nouveau show Wanda Maximoff, alias la Sorcière Rouge, une anti-héroïne tragique, incontrôlable et incroyablement puissante, laissait imaginer un programme spectaculaire et explosif se hissant à la hauteur des films du MCU tout en s’inscrivant immédiatement après les événements décrits dans Avengers Endgame. Or WandaVision nous prend totalement par surprise avec son concept fou et culotté. Image au format 4/3, situations comiques, rires enregistrés, coupures publicitaires : la série prend la forme inattendue d’une parodie frontale des sitcoms les plus populaires de la télévision américaine depuis la fin des années 50. I Love Lucy, The Dick Van Dyke Show, Ma sorcière bien aimée, The Brady Bunch, Sacrée famille, Malcolm ou Modern Family sont tour à tour revisités sous l’angle du pastiche. Voilà un parti pris pour le moins surprenant.

Mais WandaVision ne s’arrête pas là. Parfois, le temps de furtives parenthèses déstabilisantes, la bizarrerie s’invite de manière inquiétante dans l’univers aseptisé des sitcoms et le rire s’interrompt – l’un des personnages est soudain pris d’un malaise, un objet anachronique fait son apparition, une interférence radio énigmatique se fait entendre – avant que la comédie reprenne son cours comme si de rien n’était. Ces basculements insidieux de l’euphorie vers le malaise ne sont pas sans rappeler le court-métrage culte Too Many Cooks de Casper Kelly ou même le David Lynch de Blue Velvet qui cachait sous le gazon en Technicolor des jolies banlieues américaines des insectes s’entredévorant et des mafieux malsains. Tout finit par s’expliquer en cours de route, le scénario à tiroirs de WandaVision ouvrant une brèche qui permet aux téléspectateurs d’appréhender soudain le récit sous forme d’une double narration parallèle, avec en filigrane ce qui ressemble à un hommage à Pleasantville et au Truman Show.

Un poison nommé Wanda

Dans le rôle du couple modèle naïf que forment Wanda et Vision, Elizabeth Olsen et Paul Bettany démontrent un fort potentiel comique, la série n’hésitant pas au fil de ses épisodes à cligner de l’œil tous azimuts (l’épisode spécial Halloween dans lequel les héros portent des costumes reprenant fidèlement la coupe excessive et les couleurs flashy de leurs modèles tels qu’ils furent dessinés dans les années 60 par Jack Kirby et John Buscema, ou encore l’intervention d’Evan Peters qui incarnait Quicksilver dans la saga X-Men). Mais le drame finit par s’immiscer dans ce monde trop aseptisé pour être vrai, le poison qui s’insinue dans l’âme tourmentée de Wanda contaminant bientôt tout son entourage. Dommage que le dernier acte de cette série en neuf épisodes finisse par gâcher la fête, s’affublant de multiples rebondissements qui amenuisent la force du concept premier, avec l’intervention d’un nouvel antagoniste franchement grotesque qu’on croirait issu d’un sous-Harry Potter. À cette réserve près, WandaVision reste une excellente surprise, pavant la voie des événements décrits dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness.

 

© Gilles Penso


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