

Après avoir composé par erreur un numéro de téléphone maudit, une jeune femme se confronte à des âmes tourmentées qui sèment la mort autour d’elle…
DIAL HELP / MINACCIA D’AMORE
1988 – ITALIE
Réalisé par Ruggero Deodato
Avec Charlotte Lewis, Marcello Modugno, Mattia Sbragia, Carola Stagnaro, Victor Cavallo, Carlo Monni, William Berger, Giorgio Tirabassi, Jole Silvani, Cesare De Vito
THEMA FANTÔMES I OBJETS VIVANTS
Les amateurs de cinéma fantastique se souviennent du joli minois de Charlotte Lewis, qui partageait la vedette avec Eddie Murphy pour sauver « l’enfant sacré du Tibet » dans Golden Child. Mais avec Angoisse sur la ligne, nous changeons clairement de registre. Si le surnaturel est toujours de la partie, le public visé est beaucoup plus adulte, ce vieux roublard de Ruggero Deodato ayant décidé de tout miser sur le physique de son actrice/mannequin et de concocter un étrange thriller érotico-horrifique. L’homme par qui arriva le scandale, à l’époque de Cannibal Holocaust, suit comme souvent les phénomènes de mode. Après avoir sacrifié aux vogues successives des films catastrophe (S.O.S. Concorde), des aventures post-apocalyptiques (Les Prédateurs du futur), des slashers (Body Count) ou de l’heroic-fantasy (Les Barbarians), il arpente la voie de ce qu’on pourrait appeler le « neo-giallo », inspiré tardivement par les classiques de Mario Bava et Dario Argento. Cette tendance, à laquelle il s’essaya en 1987 avec Le Tueur de la pleine lune, se poursuit à l’occasion d’Angoisse sur la ligne, dont le scénario ne recule devant aucune aberration pour tenter de secouer les spectateurs.


Charlotte Lewis incarne Jenny, un jeune mannequin anglais qui tente de percer après son installation à Rome. Alors qu’elle tente de renouer avec son ex-petit ami, elle compose par erreur le numéro d’un centre de soutien psychologique pour personnes solitaires, depuis la cabine téléphonique d’un bar fermé depuis des années. Cet appel libère soudain les âmes de ceux qui se sont suicidés après avoir cherché en vain du réconfort dans ce centre. Désormais, un canal de communication s’établit entre ces âmes tourmentées, qui hantent les locaux abandonnés, et la jeune femme, via les appareils téléphoniques. Ces derniers tuent tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Alors que les morts violentes se succèdent dans son entourage, Jenny tente de trouver du réconfort après de Riccardo (Marcello Modugno), un jeune étudiant qu’elle a récemment rencontré. Mais comment stopper cette malédiction venue d’outre-tombe ?
Les énergies non identifiées
Quelques idées auraient pu être exploitées, avec plus ou moins de bonheur, dans ce récit abracadabrant coécrit par Deodato, Joseph Cavara et Mary Cavara : l’énergie malfaisante voyageant de téléphone en téléphone, les voix des interlocuteurs devenues prisonnières des appareils… Hélas, Angoisse sur la ligne accumule les incohérences, les inepties et les absurdités avec une telle constance qu’il finit par constituer un véritable cas d’école. Difficile de prendre au sérieux un film dans lequel un éminent scientifique, autoproclamé « plus grand expert mondial des énergies non identifiées », affirme avec un aplomb imperturbable : « Les énergies de l’amour et de la haine circulent à travers l’univers. Dans certaines conditions, elles se condensent et se concentrent dans une pièce. Ces dépôts d’énergie cherchent alors un moyen de s’échapper. Ils peuvent être si puissants qu’ils amplifient et séduisent la personne qui les a libérés. » L’intrigue se contente dès lors d’enchaîner les scènes de meurtres perpétrées par des appareils téléphoniques : une cabine qui recrache ses pièces avec la virulence d’une rafale de fusil, une sonnerie stridente qui fait exploser un pacemaker, des câbles qui se mettent à serpenter pour étrangler leurs victimes… Pour tenter de relancer l’intérêt du spectateur, Deodato exhibe son actrice principale en petite tenue durant le dernier acte, jusqu’à un climax qui repousse allègrement les limites du ridicule. La chanson ultra kitsch « Baby Don’t Answer, Baby Don’t Answer the Phone », composée par Claudio Simonetti, parachève joyeusement le massacre.
© Gilles Penso
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