

Un club très fermé réunit plusieurs notables brésiliens qui se réunissent dans un restaurant chic pour goûter la viande humaine…
O CLUBE DOS CANIBAIS
2018 – BRÉSIL
Réalisé par Guto Parente
Avec Ana Luiza Rios, Tavinho Teixeira, Zé Maria, Pedro Domingues, Galba Nogueira, Bruno Prata, Breno Baptista, Leonardo William, Marco Goulart
THEMA CANNIBALES
Réalisateur autodidacte, Guto Parente est né en 1983 à Fortaleza, dans le nord-est du Brésil. Il suit certes quelques courts au sein de l’Escola Pública do Audiovisual de sa ville natale, mais ce n’est pas là que se fait le plus gros de sa formation. Parente est un praticien intensif du court-métrage. Il fonde avec quelques amis un collectif d’artistes appelé Alumbramento, qui a pour vocation initiale de concevoir collectivement des films amateurs, tournés principalement avec de petites caméras portables. Cette activité de plus en plus foisonnante débouche sur la fondation de la société de production Tardo Filmes, que Parente initie avec sa partenaire Ticiana Augusto Lima. Et c’est sous cette bannière qu’est lancée la comédie d’horreur The Cannibal Club, qui est déjà le septième long-métrage du réalisateur, tourné quasi simultanément avec le drame Inferninho. L’anthropophagie y prend une tournure inattendue et particulièrement brutale. Certes, ce n’est pas le premier film qui emploie le cannibalisme comme métaphore de la fracture sociale. En ce domaine, le Society de Brian Yuzna y allait déjà assez fort, en osant des altérations corporelles extrêmes. Mais The Cannibal Club attaque le sujet de manière beaucoup plus frontale, dans tous les sens du terme. C’est bel et bien un film choc que nous livre ici Guto Parente


Le film met en scène un club d’hommes de la haute société (notables, membres du conseil, politiciens, riches chefs d’entreprises) dont l’ennui et la frustration les poussent à commettre l’une des transgressions les plus abominables qui soient. Réunis régulièrement dans l’arrière salle d’un restaurant chic une fois la nuit tombée, ils revêtent leurs plus beaux smokings puis assistent aux ébats amoureux d’un couple défavorisé qui accepte de se prêter à ce jeu exhibitionniste contre un peu d’argent… Si ce n’est qu’éros et thanatos s’entremêlent soudain, le couple étant massacré et dévoré par les notables au cours d’un dîner. Le scénario s’intéresse tout particulièrement à l’un des membres du club, Otavio (Tavinho Teixeira), chef de la police, et à son épouse oisive Gilda (Ana Luiza Rios). Celle-ci séduit les hommes à tout faire qu’elle emploie dans leur somptueuse maison, puis les entraîne dans son lit. Au moment de l’orgasme, le mari assassine les malheureux, qui servent ensuite de repas au couple maudit. Mais cette horrible mécanique apparemment bien huilée va bientôt déraper…
« Nous ne sommes pas des meurtriers ! »
Auréolé de la réputation sulfureuse de « film le plus gore de l’année » (nous n’en serions pas étonnés, même si cette classification n’a jamais été officialisée), The Cannibal Club est un film sans concessions. La nudité frontale, les scènes de sexe crues et les exactions sanglantes extrêmement graphiques s’étalent à l’écran sans la moindre retenue. Nous sommes loin des canons du cinéma horrifique hollywoodien traditionnel. Ici, toutes les outrances semblent permises. Mais au-delà de son caractère provocateur, le film de Guto Parente s’affirme comme une parabole sociale d’autant plus saisissante que le Brésil est un pays où le fossé entre les riches et les pauvres est gigantesque, mais aussi un territoire connu pour ses nombreux kidnappings et disparitions. La réalité et la fiction s’entremêlent donc en semant le trouble. Et, ce qui ne gâche rien, le film a beaucoup d’humour… noir évidemment. Lorsque notre couple d’assassins se retrouve dans une situation complexe où il faut tuer non un individu « de basse extraction » mais quelqu’un du même statut social qu’eux, le doute les saisit. « Nous ne sommes pas des meurtriers ! » s’exclame Otavio, qui a pourtant des tonnes de cadavres derrière lui. D’autres séquences empruntent presque leurs effets comiques aux cartoons de Tex Avery. C’est donc à un grand écart inattendu que nous convie The Cannibal Club, qui fit logiquement sensation dans tous les festivals où il fut projeté.
© Gilles Penso
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