VIVA LA VIE (1984)

Claude Lelouch s’essaie à la science-fiction avec cette histoire rocambolesque portée comme toujours par un casting prestigieux…

VIVA LA VIE

 

1984 – FRANCE

 

Réalisé par Claude Lelouch

 

Avec Charlotte Rampling, Michel Piccoli, Jean-Louis Trintignant, Evelyne Bouix, Charles Aznavour, Laurent Malet, Tanya Lopert, Raymond Pellegrin

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I POLITIQUE FICTION I RÊVES

Avec Viva la vie, Claude Lelouch tient à jouer jusqu’au bout la carte du mystère. En guise d’entrée en matière, nous avons droit à un panneau d’avertissement nous invitant à repérer où se trouvent les issues de secours les plus proches, puis à un enchaînement d’images quasi-apocalyptique au cours desquelles une foule en panique mue par l’énergie du désespoir sort d’un cinéma et se rue vers les abris anti-atomiques, et enfin à une annonce radiophonique s’attardant sur les effets d’un hypothétique cataclysme nucléaire. C’est ensuite Lelouch lui-même – dans une démarche à mi-chemin entre la mise en abyme vertigineuse et le nombrilisme assumé – qui apparaît dans son propre rôle pour répondre aux questions d’un intervieweur (Martin Lamotte, qui se joue également lui-même). Ce dernier l’interroge sur son nouveau film Viva la vie. Et le cinéaste d’expliquer que ce long-métrage appartient à la catégorie de ceux qu’il vaut mieux découvrir en sachant le moins possible de quoi ils parlent, pour préserver la surprise. Comme s’il voulait semer un peu plus le doute sur sa démarche, Lelouch fait énoncer au professeur de comédie incarné par Jean-Louis Trintignant trois catégories de cinéastes : ceux qui racontent des histoires, ceux qui refusent de le faire, et ceux qui expliquent comment le faire. Les trois exemples respectifs qu’il cite pour nourrir son propos sont Spielberg, Fellini et Godard.

Contentons-nous donc d’évoquer le point de départ de Viva la vie. Michel Perrin (Michel Picooli), important industriel, et Sarah Gaucher (Évelyne Bouix), comédienne renommée, n’ont a priori rien en commun et pourtant, ils disparaissent mystérieusement tous les deux le même jour, à la même heure. Et, surtout, ils réapparaissent trois jours plus tard comme si rien ne s’était passé, au grand dam de leurs conjoints respectifs (Charlotte Rampling et Jean-Louis Trintignant). Complètement désorientés, persuadés que cette absence n’a duré que quelques minutes, ils absorbent désormais des litres d’eau et sont sujets à des pertes de connaissance. Comment expliquer cette amnésie, ce comportement étrange et ces chutes de tension à répétition ? Les médecins envisagent la théorie d’un coma passager. Mais pourquoi eux deux, exactement en même temps ? Ce pourrait n’être qu’une troublante coïncidence, mais le phénomène se reproduit à l’identique peu de temps après…

Un cri de survie

N’en disons pas plus pour respecter la volonté de Lelouch. Précisons simplement que le scénario de Viva la vie nous donne le sentiment d’emprunter ouvertement la voie de la science-fiction et aurait même tendance à vouloir tutoyer le Steven Spielberg de Rencontres du troisième type, tout en emboîtant le pas du discours du Jour où la Terre s’arrêta. Mais rien ne semble vraiment être ce qu’il semble dans ce récit tortueux. Ce n’est pas le moindre atout de Viva la vie. Hélas, les tics et manies habituels du cinéma de Lelouch alourdissent souvent son film, notamment l’emploi d’une musique extrêmement datée – déjà en 1984 ! – signée ici Didier Barbelivien. On pourra aussi regretter le manque de finesse du message catastrophiste du scénario, mais aussi les invraisemblables rebondissements qui ne cessent de redéfinir les lignes du récit. Pourtant, la sincérité de la démarche du cinéaste n’est sans doute pas à remettre en cause. Les inquiétudes que soulève son film sont en effet conformes aux mentalités de l’époque, alors bousculées par les tensions Est-Ouest qui laissent craindre l’éclatement d’une troisième guerre mondiale. Nous sommes alors dans le sillage de films tels que Le Jour d’après ou Le Dernier testament, témoins glaçants des frayeurs d’alors. Mais Lelouch, en poussant son « cri de survie » (pour reprendre l’une des répliques de Michel Piccoli dans le film), échoue à nous sensibiliser, faute d’une narration convaincante. « Si tout ça pouvait servir à quelque chose », murmure Evelyne Bouix à mi-parcours du métrage. Nous nous faisons l’écho de cette phrase désenchantée, même s’il faut reconnaître au film son audace, son originalité et sa volonté de surprendre sans cesse les spectateurs.

 

© Gilles Penso

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