

Pour remplacer sa compagne robot défectueuse, un homme engage une « traqueuse » et traverse un désert post-apocalyptique truffé de dangers…
Cherry 2000 est le premier long-métrage de Steve de Jarnatt, qui signera dans la foulée la fable de science-fiction Appel d’urgence avant de se spécialiser dans la réalisation d’épisodes de séries TV jusqu’à la fin de sa carrière. Le scénario est l’œuvre commune de Lloyd Fonvielle (La Loi des seigneurs, La Promise) et Michael Almereyda (Jusqu’au bout du monde). Tourné fin 1985 dans le Nevada, le film capitalise beaucoup sur la présence de Melanie Griffith, sulfureuse « femme fantasme » du Body Double de Brian de Palma, qui crèvera ensuite les écrans dans Dangereuse sous tous rapports de Jonathan Demme et Working Girl de Mike Nichols. Alors jeune maman, l’actrice emmène son fils tous les jours sur le plateau de Cherry 2000 pour l’allaiter, avec la bénédiction du producteur Edward Pressman. Nantie d’un confortable budget de 10 millions de dollars, cette aventure futuriste sous influence partielle de Mad Max restera bizarrement sur les étagères de la compagnie Orion et sortira d’abord en Europe en 1987, puis aux Etats-Unis un an plus tard dans un circuit très limité. Cette distribution tardive et une campagne de promotion malhabile, ayant visiblement du mal à positionner correctement le film auprès du public, expliquent sans doute son cuisant échec au box-office. Ce n’est que plus tard, à travers sa commercialisation en vidéo, que Cherry 2000 sera auréolé d’un petit culte.


Dans un monde futur ravagé par l’effondrement économique et social, les États-Unis ne sont plus qu’un patchwork de zones civilisées encerclées par des terres désertiques et anarchiques. Tandis que la technologie du XXe siècle est continuellement recyclée, les relations humaines s’effacent peu à peu au profit d’une société froide, bureaucratique et artificielle (où même un simple rencard est soumis à la signature d’un contrat en présence d’un juriste). C’est dans ce contexte que Sam Treadwell (David Andrews), cadre dans une entreprise de recyclage, mène une existence solitaire aux côtés de Cherry 2000 (Pamela Gidley), un androïde conçu pour remplacer l’épouse idéale. Mais après un court-circuit ayant accidentellement détruit la jolie machine, Sam constate que son modèle est devenu introuvable. Seule subsiste sa mémoire numérique, contenant toute sa personnalité. Déterminé à la ramener à la vie coûte que coûte, notre bureaucrate apprend que les derniers modèles Cherry 2000 reposent dans un ancien complexe industriel perdu au cœur de la dangereuse Zone 7, un territoire hors-la-loi infesté de pillards et de mercenaires. Pour atteindre cette région mortelle, il fait appel à Edith “E” Johnson (Melanie Griffith), une guide et chasseuse de primes qui n’a pas froid aux yeux…
La quête de la femme parfaite
Si Melanie Griffith campe ici une fort convaincante baroudeuse dure à cuire aux allures de Mad Max féminin, David Andrews, qui partage l’affiche avec elle, ne nous bouleverse pas particulièrement par son charisme. Comme en outre la quête de son personnage nous semble très futile, l’empathie ne fonctionne pas à plein régime. Cela dit, la « transparence » de ce protagoniste masculin finit presque par jouer en faveur du film, dans la mesure où le scénario dénonce gentiment les travers d’une société devenue superficielle. Car la morale de l’histoire, qu’on voit venir dès les premières minutes, se résume à un axiome d’une simplicité imparable : l’amour artificiel ne vaut pas les relations entre humains. Griffith, avec son look de garçon manqué et ses manières rudes, va donc devoir lutter contre la « femme parfaite » : belle, souriante, soumise, heureuse… mais aussi désespérément creuse. Garni de séquences d’action souvent audacieuses (la voiture accrochée à une grue au milieu des explosions) et de décors étonnants (l’antre d’un marginal reclus transformée en caverne d’Ali Baba post-apocalyptique, un « Sky Ranch » pop aux allures de camp de vacances, les derniers vestiges de Las Vegas qui émergent du sable), Cherry 2000 ne se prend jamais trop au sérieux et se permet même quelques clins d’œil à l’attention des amateurs de science-fiction. Le plus savoureux d’entre eux ? L’apparition de Robbie le robot et de Gort, échappés respectivement de Planète interdite et du Jour où la Terre s’arrêta, dans l’atelier d’un fabricant de robots. Cherry 2000 ne révolutionne certes pas le cinéma de SF mais offre un spectacle très distrayant, dans lequel Tim Thomerson (héros de la saga Future Cop) campe un super-vilain caricatural, mi-gourou hippie mi-psychopathe capricieux.
© Gilles Penso
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