

Face à la violence qui s’est emparée du monde, un sans-abri s’empare d’un fusil à pompe et décide de faire régner l’ordre en inondant les rues de sang…
HOBO WITH A SHOTGUN
2011 – USA / CANADA
Réalisé par Jason Eisener
Avec Rutger Hauer, Pasha Ebrahimi, Robb Wells, Brian Downey, Gregory Smith, Nick Bateman, Drew O’Hara, Molly Dunsworth, Jeremy Akerman, Andre Haines
THEMA TUEURS
Lorsqu’ils lancent l’idée de créer des fausses bandes annonces pour agrémenter le double programme Grindhouse, constitué des deux films Boulevard de la mort et Planète terreur, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez imaginent simplement des petites virgules humoristiques conçues comme des hommages aux cinémas de quartier d’antan. Ces trailers parodiques sont réalisés par Rodriguez (Machete), Rob Zombie (Werewolf Women of the S.S.), Edgard Wright (Don’t) et Eli Roth (Thanksgiving). Répondant à un concours organisé dans le cadre de ce programme, le « petit nouveau » Jason Eisener, qui n’a alors à son actif que des courts et moyens métrages, se prête lui aussi au jeu en réalisant la bande-annonce d’un film fictif, Hobo with a Shotgun, dans laquelle un clochard armé d’un fusil à pompe fait régner l’ordre dans la ville. Gore, burlesque et excessif, ce pastiche fait son petit effet. Face à l’accueil enthousiaste de cette série de faux teasers – rapidement devenus cultes auprès d’une communauté d’aficionados -, la blague cinéphilique prend de plus amples proportions. Rodriguez finit même par transformer Machete en « vrai film » en 2010. Et Jason Eisener prend le relais en faisant à son tour passer Hobo with a Shotgun au format long. Tourné pendant 24 jours à Halifax, le premier long-métrage d’Eisener commence sur une musique empruntée à un film d’exploitation des années 70 : La Marque du diable de Michael Armstrong.


C’est Rutger Hauer qui reprend le rôle du sans-abri tenu par David Brunt dans la bande-annonce. Débarqué d’un train, cet homme taciturne et sans nom, dont nous ne savons pas grand-chose, se retrouve dans la ville de Hope Town, dirigée par un baron du crime impitoyable surnommé « The Drake » (Brian Downey) et ses fils sadiques, Ivan (Nick Bateman) et Slick (Gregory Smith). Partout où il promène sa silhouette fatiguée, notre clochard ne croise que violence et dépravation. Décapitations en public, passages à tabac filmés au camescope, tortures, trafics et corruptions sont le quotidien de cette cité déliquescente. Notre homme baisse les yeux, détourne le regard et traîne des pieds. Il semble n’avoir qu’un objectif en tête : réunir assez d’argent pour acheter une tondeuse à gazon. Mais lorsqu’il assiste au braquage de trop, il sort de ses gonds, empoigne un fusil à pompe et démastique les agresseurs. Désormais, il y a un nouveau justicier dans la ville, et rien ne semble pouvoir l’arrêter…
Tous aux abris !
Même si le postulat de Hobo with a Shotgun évoque les films d’autojustice radicaux tels que Le Droit de tuer, Vigilante ou Un justicier dans la ville, nous sommes ici beaucoup plus proches de l’ambiance d’un film Troma que de celle d’une pellicule grindhouse brutale des années 70/80. Les vilains sont extrêmement caricaturaux, le gore est omniprésent et souvent burlesque, personne n’est épargné (les mères, les enfants, les mendiants), bref le film de Jason Eisener cultive ouvertement un esprit « sale gosse ». Même le traitement des images (filmées avec une caméra Red Epic puis altérées en post-production) donne un rendu saturé et outrancier qui amplifie le caractère « cinéma bis » de l’entreprise. Bizarrement, le personnage principal, lui, entre en rupture avec ce côté potache qui tâche. Car Rutger Hauer joue volontairement au premier degré, promenant au beau milieu de ce chaos foutraque sa silhouette lasse, son regard d’acier et son charisme intact. Le décalage qui en résulte donne au film un caractère très singulier. Et puis soudain, Hobo with a Shotgun bascule ouvertement dans le fantastique en laissant surgir deux démons cuirassés qui semblent emprunter leur look à un sous-Mad Max post-apocalyptique. Ces tueurs à gage surnaturels, qui répondent au doux nom de « La Peste », ont manifestement traversé les âges pour cibler plusieurs personnages historiques (Abraham Lincoln, Jeanne d’Arc, Charles Darwin, Jésus-Christ) et nous apparaissent même furtivement aux prises avec une pieuvre géante ! Partagé entre son ultraviolence sans concession, ses écarts cartoonesques et son tableau désenchanté de la lie de l’humanité, Hobo with a Shotgun est un film décidément indéfinissable, qui ne rameutera guère les foules au cinéma mais se muera plus tard en petit objet de culte.
© Gilles Penso
À découvrir dans le même genre…
Partagez cet article



