

Le corps pétrifié d’un homme vieux de 2000 ans est retrouvé dans les ruines de Pompéi… et revient soudain à la vie !
CURSE OF THE FACELESS MAN
1958 – USA
Réalisé par Edward L. Cahn
Avec Richard Anderson, Adele Mara, Elaine Edwards, Bob Bryant, Luis Van Rooten, Felix Locher, Gar Moore, Jan Arvan, Morris Ankrum, George Sawaya
THEMA MOMIES
Pendant près de trente ans, Edward L. Cahn aura été l’un des grands artisans anonymes du cinéma américain. Ancien monteur devenu réalisateur au début des années 1930, il traverse l’âge d’or hollywoodien sans jamais accéder au rang des cinéastes prestigieux et trouve finalement sa place dans les marges de l’industrie, là où se fabriquent les séries B à la chaîne (sa filmographie en compte près de 130, tournées entre 1931 et 1962). S’il a touché à tous les genres, ce sont ses films d’horreur et de science-fiction qui auront le plus durablement marqué les mémoires, tous tournés en quatrième vitesse et avec des moyens très limités. Après Le Tueur au cerveau atomique, The She-Creature, Les Fantômes de Mora Tau, Voodoo Woman, Invasion extraterrestre et La Fusée de l’épouvante, le voilà qui s’attaque à La Malédiction de l’homme sans visage. Si cette variante sur le thème classique de la momie puise ses origines dans la cité antique de Pompéi plutôt qu’en Égypte, le mécanisme narratif demeure rigoureusement identique à celui popularisé par La Momie de Karl Freund. Tourné en sept jours avec un budget modeste de 100 000 dollars, La Malédiction de l’homme sans visage s’appuie sur un scénario de Jerome Bixby, futur auteur du script du Voyage fantastique et de quelques épisodes de Star Trek.


Richard Anderson, qui tient la vedette du film, avouera plus tard : « C’est l’une de ces choses que je faisais en attendant de pouvoir aller ailleurs, une expérience qui m’a finalement servi d’apprentissage pour la télévision » (1). Quelques années plus tard, il allait incarner le fameux Oscar Goldman de L’Homme qui valait trois milliards et Super Jaimie. Ici, il entre dans la peau du docteur Paul Mallon, expert dans la conservation des cellules. Notre homme est dépêché par le musée de Naples après la découverte d’un homme pétrifié dans les anciennes rues de la cité de Pompéi, détruite 2000 ans plus tôt à cause de l’éruption du Vésuve. Aux côtés du corps se trouve un coffret empli de pierres précieuses. Les archéologues qui examinent cet étrange spécimen arrivent à la conclusion qu’il s’agit d’un ancien gladiateur révolté, du nom de Quintillus Aurelius. C’était à prévoir, le pétrifié revient à la vie et ne tarde pas à enlever Tina Enright (Elaine Edwards), la fiancée du docteur Mallon, en qui il croit reconnaître la fille dont il était épris quelque deux mille ans plus tôt.
La statue qui marche
La Malédiction de l’homme sans visage est conforme à la majorité des films d’épouvante de Cahn : fauché, saugrenu mais souvent réjouissant au second degré. Comme toujours, les effets spéciaux ont du mal à suivre. S’il fait illusion lorsqu’il est figé et immobile, « l’homme volcanique » arrache plus de rire que de cris d’effroi dès qu’il s’anime. L’acteur et cascadeur Bob Bryant (choisi pour sa grande taille) tente bien de nous effrayer avec sa démarche inspirée de celle de Boris Karloff, mais le costume en caoutchouc dont il est affublé (conçu par Charles Gemora, grand spécialiste des rôles de gorilles) et le maquillage informe qui lui masque le visage (créé par Layne Britton) n’ont pas l’once d’une finesse. Le charabia pseudo-scientifique que Cahn place dans la bouche de ses acteurs et la voix off sentencieuse qui paraphrase inutilement ce qui se passe à l’écran n’arrangent rien. Il y a pourtant quelques idées intéressantes dans La Malédiction de l’homme sans visage, comme la connexion mentale qui s’établit entre l’homme de pierre et celle qu’il prend pour la descendante de sa promise : elle rêve de lui, réalise son portrait sur une toile et raconte sous hypnose leur romance contrariée. Par ailleurs, la mécanique qui régit les agissements du monstre ne manque pas de singularité, puisque le corps de la momie s’anime pour attaquer ses victimes, puis redevient régulièrement inerte comme une statue sans vie. Présenté à l’époque en double-programme avec La Fusée de l’épouvante, La Malédiction de l’homme sans visage se redécouvre aujourd’hui comme une curiosité naïve et récréative, typique d’une certaine frange du cinéma fantastique des années 50.
(1) Extrait d’une interview parue dans They Fought in the Creature Features de Tom Weaver, 1995.
© Gilles Penso
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