JUNGLE WOMAN (1944)

Dans cette suite du déjà très improbable La Femme gorille, une jeune femme qui fut jadis un grand singe retrouve ses instincts bestiaux…

JUNGLE WOMAN

 

1944 – USA

 

Réalisé par Reginald Le Borg

 

Avec Acquanetta, J. Carrol Naish, Lois Collier, Evelyn Ankers, Richard Davis, Milburn Stone, Samuel S. Hinds, Douglass Dumbrille, Eddie Hyans

 

THEMA SINGES

Malgré son scénario absurde et la maigreur très visible de son budget, La Femme gorille déplaça suffisamment les foules pour que le studio Universal en finance une suite. Acquanetta est donc de retour dans le rôle de la belle sauvageonne aux instincts simiesques, mais le scénario proposé par Edward Dein se heurte à la censure de l’époque, jugeant cette histoire « inacceptable au regard des dispositions du Code de production en raison d’une connotation de bestialité ». Quelques réunions, réécritures et négociations plus tard, Jungle Woman reçoit enfin son feu vert. Le réalisateur Reginald Le Borg (Le Fantôme de la momie) hérite du bébé, mais sans grand enthousiasme. « Le scénario était atroce, et l’idée de départ complètement ridicule », racontera-t-il plus tard. « Mais j’étais sous contrat. Si j’avais refusé de le faire, j’aurais été suspendu sans salaire et je n’aurais plus rien obtenu par la suite. Il fallait se plier aux exigences de la direction. » (1) C’est donc à contrecœur que le cinéaste s’empare du sujet, qu’il essaie de muscler un peu en accentuant le caractère psychologique de l’intrigue, quitte à se laisser fortement influencer par La Féline. Plusieurs séquences évoquent de fait le classique de Jacques Tourneur qui, lui aussi, raconte comment une jeune femme redevient bête lorsque sa libido est titillée.

Tourné en une dizaine de jours, Jungle Woman commence par une séquence intrigante qui montre l’envie de bien faire de Le Borg, malgré ses réticences. Filmé en ombre chinoises projetées sur un mur, ce prologue montre un homme violemment attaqué par une femme qu’il parvient à maîtriser de justesse. Et voilà ce bon vieux docteur Fletcher (J. Carrol Naish) accusé de meurtre. Pour se défendre face aux juges, il nous raconte les événements ayant précédé le drame. Un flash-back le montre donc en train d’assister à un numéro de domptage dans un cirque qui tourne mal. C’est l’occasion de recycler des extraits de La Femme gorille qui, eux-mêmes, réutilisaient des stock shots animaliers. Face aux fauves déchaînés, le dresseur est sauvé de justesse par Cheela, un gorille femelle qui est abattu par un policier. Fasciné par le comportement du primate, Fletcher demande à récupérer sa dépouille et ramène la bête à la vie dans son laboratoire. Alors que le singe s’échappe, Fletcher découvre une jeune femme amnésique dans les bois (Acquanetta), qui reste apathique mais soudain semble s’éveiller lorsqu’elle découvre Bob (Richard Davis), le gendre de Fletcher. Dès lors, notre femme singe va retrouver ses instincts sauvages et s’efforcer de se débarrasser de sa rivale Joan (Lois Collier), la fille du savant.

Jalousie bestiale

Sorti une première fois en France sous un titre très peu vendeur (L’Atavisme qui tue), The Jungle Woman capitalise comme son prédécesseur sur la présence magnétique d’Acquanetta qui prononce ici une petite poignée de dialogues – alors qu’elle était parfaitement muette dans La Femme gorille. La première séquence au cours de laquelle elle apparaît est joyeusement absurde, puisqu’elle était un gorille quelques secondes plus tôt, puis surgit entièrement habillée des pieds à la tête, comme si ses vêtements s’étaient matérialisés d’un coup de baguette magique au moment de la métamorphose. Hélas, les aspects les plus « pulps » du premier film (les séquences avec le gorille ou avec la comédienne maquillée en créature bestiale) nous sont ici épargnés, l’action se résumant principalement à des échanges de dialogues très statiques. Face au résultat fort décevant de ce film, Acquanetta décide de mettre fin au contrat qui la lie à Universal, persuadée que le studio exploite son nom et sa présence sans prendre la peine de produire des longs-métrages qualitatifs. On ne saurait lui donner tort. Ce désistement n’empêchera pas Universal de lancer un troisième épisode, La Captive de la jungle, Vicky Lane reprenant le rôle de la sauvageonne.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans Universal Horrors de Tom Weaver, Michael et John Brunas (1990)

 

© Gilles Penso

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