LA BÊTE (1975)

Une famille française aristocratique est victime d’une malédiction liée à l’accouplement d’une de ses ancêtres avec un monstre…

LA BÊTE

 

1975 – FRANCE

 

Réalisé par Walerian Borowczyk

 

Avec Sirpa Lane, Lisbeth Hummel, Elisabeth Kaza, Pierre Benedetti, Guy Tréjean, Roland Armontel, Marcel Dalio, Robert Capia, Pascale Rivault, Hassane Fall

 

THEMA MAMMIFÈRES I CONTES

Cas rare d’un praticien du cinéma érotique très respecté par la critique et par ses pairs, le réalisateur franco-polonais Walerian Borowczyk s’est d’abord fait connaître par une série de courts-métrages d’animation dans les années 1960 avant de passer aux prises de vues réelles et de dévêtir une grande partie de son casting. En découvrant la nouvelle Lokis de Prosper Mérimée, il décide d’en tirer une adaptation libre qu’il destine d’abord à son film à sketches Contes immoraux. Ce court-métrage de 22 minutes, narrant les amours sauvages entre la bête du Gévaudan et une jeune femme peu farouche, s’insère donc au milieu d’autres histoires sulfureuses, dont une consacrée à Elisabeth Bathory et une autre à Lucrèce Borgia. Le caractère zoophilique de ce segment n’est cependant pas du goût de tout le monde, poussant Borowczyk à le supprimer du montage. Mais pas question pour lui d’abandonner une telle idée. La Bête devient donc un long-métrage, dans lequel le cinéaste réutilise l’intégralité de son film court qu’il prolonge en le contextualisant et en y ajoutant une série de nouveaux personnages. C’est l’occasion pour lui de diriger plusieurs comédiens généralement associés à la comédie, dont plusieurs côtoyèrent d’ailleurs Louis de Funès à l’écran, comme Guy Tréjean (Pouic-Pouic), Dalio (Rabbi Jacob) ou Roland Armontel (Sur un arbre perché).

Après un générique silencieux franchement austère, le film s’ouvre sur une citation de Voltaire : « Les rêves inquiets sont réellement une folie passagère ». Puis nous entrons dans le vif du sujet, avec les images très crues d’un accouplement de chevaux, le montage ne nous épargnant aucun gros plan suggestif sur les appareils génitaux des équidés déchaînés. Un homme barbu au regard vide, Mathurin (Pierre Benedetti), contemple le spectacle avec un sourire un peu béat. Son père, le très snob marquis Pierre de l’Espérance (Guy Tréjean), compte sur le futur mariage du benêt avec l’Américaine Lucy Broadhurst (Lisbeth Hummel) pour assurer la lignée d’une famille qu’on imagine en fin de règne. La jeune fiancée débarque donc au château avec sa tante Virginia (Elizabeth Kaza). Là, toutes deux entendent parler d’une étrange malédiction censée hanter les lieux. Selon cette légende, une des femmes de la famille aurait eu 200 ans plus tôt des rapports sexuels avec une bête monstrueuse…

Zoofolie

En raccrochant son histoire d’amours contre-nature à celle d’une famille aristocratique en plein déclin, Borowczyk en profite pour décrire avec cynisme les derniers soubresauts d’un modèle bourgeois devenu obsolète. Le personnage de Clarisse (Pascale Rivault), la petite dernière de la famille, semble d’ailleurs n’avoir été imaginé que pour mieux en ridiculiser les contours guindés. Le gag récurrent qui la montre interrompue en plein coït avec le serviteur de la maison (Hassane Fall), que du reste tout le monde traite comme un esclave, est l’un des éléments les plus drôles du film. La Bête, elle, n’apparaît qu’au bout d’une heure de métrage, dans une séquence de rêve où la jeune Romilda (Sirpa Lane), partie à la recherche d’un agneau égaré dans les bois, aperçoit des griffes velues qui étripent le pauvre animal. Le faciès du monstre est loin d’être réaliste (une espèce de gros nounours velu), mais le cinéaste n’insiste pas dessus pour laisser plus volontiers sa caméra cadrer son immense phallus dégoulinant ! Borowczyk nous offre alors une version classée X de La Belle et la Bête en reprenant tel quel son sketch des Contes immoraux. Ce passage cru et brutal s’intègre certes de manière un peu artificielle dans le reste du récit, mais permet de porter à son paroxysme les travers d’une société bourgeoise déliquescente qui n’aurait pas dépareillé dans un film de Luis Buñuel.

 

© Gilles Penso

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