LE SURVIVANT D’UN MONDE PARALLÈLE (1981)

Après avoir survécu inexplicablement à une catastrophe aérienne, un commandant de bord mène une enquête aux conséquences inattendues…

THE SURVIVOR

 

1981 – AUSTRALIE

 

Réalisé par David Hemmings

 

Avec Robert Powell, Jenny Agutter, Joseph Cotten, Angela Punh McGregor, Ralph Cotterill, Peter Summer, Adrian Wright

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I MORT

Au début des années 1980, le cinéma fantastique australien connaît un essor spectaculaire. Portée par une génération de producteurs ambitieux et des financements en hausse, cette période voit éclore des œuvres aussi diverses que Mad Max, Harlequin, Long week-end ou Patrick. C’est dans ce contexte que naît Le Survivant d’un monde parallèle, adaptation du roman de James Herbert que réalise l’acteur britannique David Hemmings (Blow-Up, Les Frissons de l’angoisse). Le projet réunit une équipe déjà rodée. Il s’agit en effet de la deuxième collaboration consécutive entre le producteur Antony I. Ginnane, David Hemmings, l’acteur Robert Powell et le producteur exécutif William Fayman, après Harlequin. Une trentaine de techniciens et collaborateurs passent d’un film à l’autre, parmi lesquels le compositeur Brian May, le scénariste Russell Hagg, la productrice associée Jane Scott ou encore le costumier Terry Ryan. Cette continuité artistique témoigne de la volonté de bâtir un véritable cinéma de genre australien capable de rivaliser avec les productions internationales. Le film s’ouvre sur une séquence spectaculaire : peu après son décollage, un avion de ligne s’écrase aux abords d’une grande ville. Les passagers périssent tous dans l’accident, sauf le commandant Keller (Robert Powell) qui en sort indemne. Victime d’une amnésie partielle, incapable d’expliquer les circonstances du drame, il entreprend sa propre enquête. Son chemin croise bientôt celui d’une femme dotée d’une étrange sensibilité (Jenny Agutter), persuadée d’avoir ressenti la catastrophe avant qu’elle ne survienne…

Le tournage bénéficie d’un budget exceptionnel pour l’époque, puisque Le Survivant d’un monde parallèle devient le premier film du continent océanien à franchir le seuil symbolique du million de dollars australiens. Cet investissement se retrouve notamment dans la séquence inaugurale du crash aérien, à l’époque considérée comme la plus importante démonstration pyrotechnique jamais réalisée par l’industrie cinématographique locale. Cette entrée en matière impressionnante laisse espérer un récit fantastique d’une grande ampleur. Le film prend d’abord les allures d’un épisode de La Quatrième Dimension et semble annoncer, avec près de vingt ans d’avance, deux films clés de M. Night Shyamalan, Incassable et Sixième sens. Hélas, cette promesse ne sera jamais véritablement tenue. Le principal problème provient sans doute des choix d’adaptation. Écrivain réputé davantage pour son efficacité que pour son élégance stylistique, James Herbert excellait surtout dans la description d’une violence graphique particulièrement féroce. Ses intrigues, souvent classiques, trouvaient leur force dans l’accumulation d’épisodes macabres et dans une montée progressive vers l’horreur. Or, David Hemmings et le scénariste Russell Hagg abandonnent complètement cette construction. Le film privilégie une approche psychologique, lente et contemplative, qui peine à installer une véritable tension, les scènes censées provoquer l’inquiétude s’étirant plus que de raison.

L’ancêtre d’Incassable et de Sixième sens ?

Avec le recul, le producteur Antony I. Ginnane reconnaîtra lui-même cette erreur d’orientation. Durant la préparation du film, l’équipe hésitait entre une adaptation horrifique fidèle à Herbert ou un récit plus subtil, avec comme référence Les Innocents de Jack Clayton. Convaincus que le public se détournait alors du cinéma gore frontal, les producteurs choisirent la seconde option. Un pari qu’il qualifiera plus tard de mauvais calcul, estimant que cette approche « cérébrale » avait considérablement affaibli le résultat final. L’auteur du roman partage d’ailleurs ce jugement, même si sa réaction ressemble surtout à de la rancœur. Laissé de côté par David Hemmings alors qu’il propose son aide pour adapter le roman, il annonce publiquement sa déception face au résultat final : « C’est de la foutaise ! Ne me blâmez pas, je n’y suis pour rien ! » Cette déclaration sévère résume le fossé séparant le matériau d’origine de son adaptation. Reste pourtant une distribution solide. Robert Powell compose un personnage énigmatique avec son flegme habituel, même si cette retenue permanente finit par créer une certaine distance émotionnelle. Jenny Agutter apporte une indiscutable sensibilité à son rôle de médium malgré un scénario qui ne lui permet jamais d’exploiter pleinement son personnage. Quant au légendaire Joseph Cotten (Citizen Kane), il livre ici sa dernière apparition au cinéma dans le rôle d’un prêtre, avant une retraite bien méritée. Le Survivant d’un monde parallèle reste une curiosité imparfaite mais recommandable pour qui veut se pencher de plus près sur l’incroyable foisonnement artistique qui secoua le cinéma de genre australien dans les années 70/80.

 

© Gilles Penso

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