SLIME CITY (1988)

Après avoir goûté à un vin inconnu que lui proposent ses étranges voisins, un jeune homme se transforme en horrible créature visqueuse…

SLIME CITY

 

1988 – USA

 

Réalisé par Greg Lamberson

 

Avec Craig Sabin, Mary Huner, T.J. Merrick, Dennis Embry, Dick Biel, Jane Doniger Reibel, Bunny Levine, Marilyn Oran, T. Clay Dickinson, Terry Spivey, Eva Lee

 

THEMA MUTATIONS I SORCELLERIE ET MAGIE

Tourné à New York pour la somme dérisoire de 100 000 dollars, Slime City est le premier long-métrage de Greg Lamberson, qui continuera sur sa lancée avec une série de films d’horreur modestes aux budgets minuscules. Véritable couteau suisse ayant fait du système D son mode de fonctionnement, Lamberson cumule ici les postes de réalisateur, scénariste, producteur, co-monteur et directeur de casting. L’intrigue parfaitement absurde qui sert de prétexte à ce festival de viscosités n’aurait du reste jamais pu être prise en charge autrement que via une production fauchée et indépendante. Cherchant manifestement à suivre les pas des excès foutraques et gore de la Troma, le jeune cinéaste s’inscrit aussi dans le sillage de Street Trash. Ce n’est donc pas par hasard qu’il sollicite Jim Muro et Scott Coulter (respectivement réalisateur et créateur d’effets spéciaux de ce fameux film culte peuplé de clochards explosifs) pour lui prêter main-forte. Muro assure sur Slime City le poste d’opérateur steadicam (virtuose en ce domaine, il collabora à plusieurs reprises avec James Cameron et Kathryn Bigelow) et Coulter supervise la création des maquillages spéciaux. Ce dernier est largement habitué aux délires gluants à petit budget, puisqu’il œuvra aussi sur Atomic College, Robot Holocaust, Cellar Dweller, Les Crados ou Ghost Town, avant de participer à des productions plus ambitieuses comme Le Cauchemar de Freddy.

Slime City raconte l’histoire d’Alex Carmichael (Craig Sabin), un étudiant en art qui arrondit ses fins de mois en travaillant dans un vidéoclub. En quête d’autonomie, il emménage dans un appartement newyorkais que lui loue une vieille dame sympathique, Lizzy (Jane Doniger Reibel). Ses voisins sont les excentriques Nicole (Mary Huner) et Roman (Dennis Embry), mi-punks mi-grunge, qu’il considère avec une curiosité amusée. Les choses se corsent lorsque Nicole l’aguiche ouvertement et lorsque Roman l’invite à dîner, lui proposant de goûter à un vin spécial élaboré par un vieil alchimiste qui fut le père de Lizzy. Passablement éméché, il regagne tant bien que mal son appartement, s’estimant bon pour une gueule de bois. Mais au matin, c’est une surprise d’un tout autre genre qu’il attend : il est en train de se transformer en créature gluante et verdâtre dont la peau se décompose horriblement. Pour retrouver sa forme normale, il lui faut commettre des meurtres sanglants. Or plus il tue, plus il semble y prendre goût. Progressivement possédé par l’esprit de l’alchimiste, notre « homme-morve » n’a manifestement qu’un seul salut possible : sa petite-amie Lori (Mary Huner). Mais saura-t-elle le sauver de cette malédiction poisseuse ?

La morve aux trousses

Slime City nous offre en partie ce que nous attendons. Les effets gore surréalistes surgissent donc de manière relativement régulière dans le film : un bras arraché par le ventre visqueux d’Alex soudain transformé en mâchoires, les intestins de notre « héros » qui tombent de son abdomen et qu’il tente de remettre à leur place tant bien que mal, son corps découpé en morceaux qui continue à s’agiter, une espèce de cerveau-limace qui s’extrait de son crâne en rampant… Absolument pas réalistes mais très fun, ces trucages fleurent bon le bricolage et participent beaucoup au caractère distrayant du film, assortis de quelques dialogues improbables tels que « le slime doit être apaisé ! » On apprécie aussi le clin d’œil à L’Homme invisible (Alex qui se cache derrière des bandages et des lunettes noires dans les moments les plus extrêmes de ses dégoulinements) et la double prestation de l’actrice Mary Huner (tour à tour petite-amie très sage et tentatrice explosive au look de dominatrice). Mais Slime City n’atteint jamais le grain de folie d’un Toxic Avenger ou d’un Atomic College, passant beaucoup plus de temps à décrire les états d’âme de ses personnages qu’à montrer les effets de la métamorphose. Les nombreuses maladresses de la mise en scène (notamment en termes de montage) n’arrangent pas les choses. Slime City n’est donc pas devenu le film-culte qu’il ambitionnait d’être. Il mérite tout de même de sortir de l’oubli dans lequel il est tombé, ne serait-ce que pour la poignée de séquences hallucinantes qui agrémentent son climax.

 

© Gilles Penso

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