

Jeff Goldblum, Geena Davis, Jim Carrey et Damon Wayans tiennent la vedette de cette comédie de science-fiction totalement loufoque…
EARTH GIRLS ARE EASY
1988 – USA
Réalisé par Julien Temple
Avec Geena Davis, Jeff Goldblum, Jim Carrey, Damon Wayans, Julie Brown, Michael McKean, Charles Rocket, Larry Linville, Rick Overton, Diane Stilwell
THEMA EXTRA-TERRESTRES
Après la sortie de l’album Goddess in Progress de l’actrice et chanteuse Julie Brown en 1984, Warner Bros. Pictures commence à développer l’idée d’une comédie musicale inspirée de la chanson Earth Girls Are Easy. Brown est embauchée pour en tenir la vedette mais aussi pour en écrire le scénario avec Terrence E. McNally et Charlie Coffey. Et c’est Julien Temple, réalisateur d’une tonne de clips musicaux, qui est chargé de mettre en scène le film. Tout est prêt pour un début de tournage en 1986, mais lorsque le film précédent de Temple, Absolute Beginners, se casse la figure au box-office, Warner devient très frileux. La production est donc interrompue, le temps de trouver une star jugée plus bankable que Julie Brown pour tenir la vedette du film. Madonna, Daryl Hannah, Elisabeth Shue, Justine Bateman, Molly Ringwald et Debra Winger sont contactées l’une après l’autre mais passent leur tour. Warner se retire donc du projet et Earth Girls Are Easy est stoppé dans son élan. Les choses redémarrent lorsque le Crédit Lyonnais accepte de financer le film – à condition de revoir le budget à la baisse – et lorsque la compagnie de Dino de Laurentiis décide d’en assurer la distribution. Le casting prend alors sa tournure définitive. Si Julie Brown est de retour, c’est pour incarner le rôle secondaire de la meilleure amie de l’héroïne. Les têtes d’affiche seront Geena Davis et Jeff Goldblum, couple à la ville et déjà partenaires à l’écran dans Transylvania 6-5000 et La Mouche. Deux jeunes acteurs très prometteurs en début de carrière, Jim Carrey et Damon Wayans, se joignent à la fête, et le tournage débute pour de bon fin 1987.


Geena Davis joue le rôle de Valerie Gail, une sympathique manucure qui vit dans la vallée de San Fernando avec son futur époux, le docteur Ted Gallagher (Charles Rocket). Frustrée par le manque d’intérêt sexuel que lui montre son fiancé (qui n’hésite pas à retrousser la blouse de la première infirmière venue), Valerie se fait entièrement relooker par son amie Candy (Julie Brown) dans l’espoir de le séduire à nouveau. C’est là qu’elle découvre les infidélités du « docteur Love ». Furieuse, elle le met à la porte et saccage ses affaires. C’est le moment que choisissent trois extra-terrestres velus et colorés, Mac (Jeff Goldblum), Zeebo (Damon Wayans) et Wiploc (Jim Carrey), pour venir faire un tour sur Terre. Privé depuis longtemps de compagnie féminine, le trio est émoustillé par les images des créatures « dépourvues de poils » qui peuplent notre planète et se crache dans la piscine de Valerie. D’abord effrayée, la jeune femme finit par trouver ces aliens attachants. Mais comment les garder chez elle en toute discrétion, le temps que la piscine soit vidangée et que leur vaisseau soit en état de redécoller ? Réponse : en demandant à son amie Candy de raser leur fourrure pour leur donner un aspect humain…
À nous les petites Terriennes !
L’entrée en matière d’Objectif Terrienne nous laisse perplexes. Si le générique pop acidulé nous tape agréablement dans l’œil, les images de synthèse bas de gamme censées visualiser les séquences spatiales sentent le bâclage. Et c’est hélas cette deuxième tendance qui va infuser le reste du métrage. Car les problèmes de cœur de la belle Geena – qui s’exhibe généreusement en bikini pendant une grande partie du film – nous laissent gentiment indifférents, et ce trio d’extra-terrestres invraisemblables – dont le look oscille entre le yéti, le Grinch et les Télétubbies – provoquent beaucoup moins le rire que l’exaspération. Golblum roule des yeux enjôleurs, Carrey multiplie les grimaces et les imitations qui feront son succès, Wayans s’agite comme un élastique sur une piste de danse, mais c’est une peine perdue : toutes ces loufoqueries n’ont rien de bien palpitant ni de foncièrement drôle. Malgré l’ajout artificiel de numéros musicaux (dans le salon d’esthétique, dans la maison après la rupture, sur la plage) et une scène de cauchemar très référentielle (où interviennent Robby le robot, des extraits des Soucoupes volantes attaquent et de La Belle et la Bête, les aliens de Buckaroo Banzai), Objectif Terrienne reste poussif et prévisible, laissant traîner son intrigue sans aller nulle part. La production du film elle-même restera chaotique jusqu’au bout. Obsédé par le moindre détail, Julien Temple ne parvient pas à respecter son planning de tournage et livre un premier montage qui ne convainc personne. Le film est donc remanié pendant cinq mois. Plusieurs scènes sont supprimées, d’autres sont ajoutées. Entretemps, le De Laurentiis Entertainment Group dépose le bilan. Espérant tenir avec Objectif Terrienne un futur film culte, Veston Pictures en acquiert les droits de distribution, mais ce sera un énorme bide au box-office. Veston ne s’en remettra pas – mettant la clé sous la porte en 1992 – et le film lui-même sombrera dans un oubli poli. Quant à Julien Temple, il retournera à ses activités de faiseur de vidéoclips.
© Gilles Penso
À découvrir dans le même genre…
Partagez cet article



