

La trilogie Hell House se clôt autour d'une équipe en pleine répétition d’un spectacle interactif qui s’installe dans l’hôtel hanté d’Abaddon…
HELL HOUSE LLC III – LAKE OF FIRE
2019 – USA
Réalisé par Stephen Cognetti
Avec Gabriel Chytry, Elizabeth Vermilyea, Sam Kazi, Theodore Bouloukoss, Brian David Trący, Bridgib Abrams, Leo DeFriend, Jordan Kaplan, Danny Bellini
THEMA FANTÔMES I SAGA HELL HOUSE
Stephen Cognetti n’a pas attendu longtemps avant de lancer avec son ami producteur Joe Bandelli le troisième opus de la saga Hell House. Le premier film ayant connu un beau succès grâce à son exploitation en streaming sur la plateforme Shudder, les épisodes 2 et 3 sont conçus ensemble, Cognetti ayant toujours envisagé un récit en trois actes autour de l’imaginaire Abaddon Hotel. Comme les deux autres, le film est tourné à l’économie en respectant les codes du found footage, qui consistent à entremêler les extraits d’un faux documentaire avec des images vidéo tournées en caméra subjective. « Nous parvenons à tourner ces films en une dizaine de jours », explique Cognetti. « Le premier a pris un peu plus de temps car nous avons dû filmer certaines scènes à New York, mais pour celui-ci, nous avons tout bouclé en onze jours d’affilée. Nous réussissons à tourner un scénario de 90 pages en si peu de temps parce que nous utilisons un seul angle de caméra par scène au lieu de plusieurs configurations de caméra, comme c’est le cas sur les longs-métrages traditionnels. » (1) L’idée maîtresse de ce troisième Hell House consiste à refermer les portes narratives en rassemblant toutes les pièces du puzzle éparpillées dans les deux premiers films. Le récit se déroule donc neuf ans après les événements survenus dans Hell House LLC et un an après la disparition d’une équipe partie mener l’enquête dans l’hôtel Abaddon, faits racontés dans Hell House LLC 2 – The Abaddon Hotel.


Ce troisième opus prend la forme d’un documentaire consacré aux phénomènes qui frappèrent les lieux la nuit du 1er octobre 2018. Un texte d’introduction nous apprend que le fameux hôtel est désormais destiné à la démolition. Mais ce projet est annulé lorsque le riche entrepreneur Russell Wynn (Gabriel Chytry), propriétaire d’un empire médiatique ayant survécu miraculeusement à un accident de voiture, décide d’y produire un show à succès baptisé « Insomina ». Cette relecture modernisée et immersive du mythe de Faust, qui connut un gros succès à New York, sera désormais adaptée aux couloirs sinueux de l’hôtel Abbadon. Vanessa Shepherd (Elizabeth Vermilyea), une journaliste d’investigation qui travaille sur l’émission « Morning Mysteries », s’installe avec son caméraman dans les coulisses du spectacle et en dévoile les préparatifs, proposant aux membres de l’équipe de se filmer eux-mêmes afin de collecter un maximum d’images exploitables pour son documentaire. Le film va donc multiplier les points de vue pour s’acheminer progressivement vers le chaos, le scénario remettant bientôt sur le devant de la scène le sinistre sataniste Andrew Tully et son projet d’ouvrir les portes de l’enfer…
Un cycle s'achève
Très conscient de l’exercice de style auquel il se prête dans la trilogie Hell House, Stephen Cognetti n’hésite pas à se livrer à la mise en abîme et à l’autodérision, notamment lorsqu’un des personnages évoque les deux films précédents comme des « found footage idiots ». Pour assurer le lien avec les deux premiers opus, le montage alterne régulièrement des flash-backs furtifs (souvent amorcés par des glitch vidéo) nous rappelant brièvement ce qui s’est passé dans les lieux que nous arpentons une fois de plus. Le réalisateur joue toujours avec les mêmes codes : les clowns effrayants, les figures spectrales, et surtout les mécanismes de peur déclenchés par le transfert du spectateur sur les personnages. Quand les protagonistes ont peur et poussent des cris, nous nous impliquons grâce au phénomène d’identification, amplifié par la caméra subjective, même lorsqu’il nous est difficile de distinguer ce qui a provoqué ces réactions. La redite et le déjà-vu guettent inévitablement ce troisième épisode, mais Cognetti parvient encore à varier les plaisirs grâce au changement de personnages, de situations et d’enjeux. Après l’attraction foraine d’Halloween qui tourne mal et les enquêteurs qui se retrouvent piégés dans l’hôtel, nous voici ici face aux organisateurs d’une sorte de pièce de théâtre interactive dans laquelle le public consentant, masqué de blanc, traverse des coursives transformées pour l’occasion en décors conceptuels (avec même un bar qui évoque à petite échelle celui de Shining). Comme toujours, les chose s’achèvent dans les cris, l’hystérie et le sang, jusqu’à un épilogue qui boucle la boucle avec le premier Hell House et relie les trois films en un tout cohérent.
© Gilles Penso
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