WELCOME HOME BABY (2025)

Une jeune femme qui travaille pour les urgences de Berlin apprend qu’elle vient d’hériter d’une maison en Autriche, où se logent d’inavouables secrets…

WELCOME HOME BABY

 

2025 – ALLEMAGNE / AUTRICHE

 

Réalisé par Andreas Prochaska

 

Avec Julia Frank Richter, Reinout Scholten van Achat, Gerti Drassl, Beatrix Brunschko, Carmen Gratl, Maria Hofstätter, Gerhard Liebmann, Inge Maux

 

THEMA ENFANTS

Andreas Prochaska est une figure importante du cinéma et de la télévision germanophones. Après des débuts comme monteur, notamment pour Michael Haneke (Funny Games, Code inconnu), il passe lui-même à la réalisation avec un bel éclectisme, enchaînant les thrillers horrifiques (Trois jours à vivre et sa suite), les westerns sombres (The Dark Valley) et les drames (The Flood). Très actif pour le petit écran, il multiplie aussi les téléfilms et les séries TV, notamment la première saison de Das Boot (la suite du classique de Wolfgang Petersen) et l’adaptation télévisée des films d’espionnage consacrés à Alex Rider. Avec Welcome Home Baby, il revient au cinéma et aux atmosphères inquiétantes qui lui sont chères, confrontant comme souvent ses protagonistes à des secrets intimes et des tourments psychologiques. Et dès l’entame, il nous met dans l’ambiance. Des images abstraites, organiques et indéterminées occupent tout l’écran, sur une musique expérimentale stressante de Karwan Marouf. Une forêt apparaît, filmée à l’envers, jusqu’à ce que la caméra remette les images d’aplomb et isole une silhouette féminine. Retour au calme et à l’apaisement ? Pas vraiment. Car ce personnage s’immole soudain et se transforme en torche humaine. D’abord incompréhensible et manifestement déconnectée du reste de l’intrigue, cette entrée en matière restera durablement dans un coin de la tête des spectateurs, aussitôt conditionnés au malaise et à l’inconfort.

Lorsque le film commence, nous sommes en présence de Judith (Julia Frank Richter), médecin urgentiste qui vit à Berlin avec son époux photographe Ryan (Reinout Scholten van Achat). Taciturne, taiseuse, peu encline à montrer ses sentiments, c’est une enfant adoptée qui n’a jamais connu ses parents. D’où la carapace émotionnelle dans laquelle elle s’est enfermée. Lorsqu’elle apprend que son père biologique vient de mourir et lui a légué sa grande maison autrichienne, elle accueille la nouvelle avec la neutralité qui la caractérise. Son but : se rendre sur place avec Ryan, vendre ce bien au plus vite et rentrer rapidement à Berlin. Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu. Sur place, elle est accueillie par « Tante Paula » (Gerti Drassl), qui dit la connaître depuis qu’elle est toute petite et affirme que son père aurait voulu que la maison reste dans la famille. « Il aurait dû s’occuper de sa fille, alors », répond-elle avec sa froideur habituelle. Face au luxe des lieux, Judith peine à comprendre pourquoi ses parents l’ont abandonnée. Si l’argent n’était pas un problème, alors quelle était la raison ? C’est alors qu’elle apprend que sa mère biologique est morte il y a longtemps dans des conditions mystérieuses…

La solitaire

Andreas Prochaska prend le pari osé de nous attacher à une protagoniste peu encline à la sympathie. Même lorsqu’elle aide une jeune femme à accoucher dans le couloir de son immeuble ou qu’elle apprend la mort de son géniteur, ses traits restent impassibles. Mais il ne nous faut pas longtemps pour comprendre que cette apparente apathie est un instinct de protection. Du reste, le cinéaste nous annonce très vite la couleur en montrant dans l’appartement de Judith une photo d’Alain Delon dans Le Samouraï de Jean-Pierre Melville. Nul doute qu’elle se reconnaît dans ce héros solitaire et ténébreux. Manifestement sous influence de la culture française, le réalisateur utilise trois fois – y compris dans son générique de fin – une reprise très mélancolique du standard « Et si tu n’existais pas » de Joe Dassin, réinterprété par Camelia Jordana. Mais l’inspiration majeure de Welcome Home Baby semble être Rosemary’s Baby, les deux films finissant quasiment par se tutoyer au moment du climax. Ici aussi, la menace semble affable, souriante et bienveillante, tandis que le « Baby » du titre prend un double sens. Virtuose sans être ostensible, la mise en scène de Prochaska nous donne sans cesse l’impression que quelqu’un observe Judith, même dans les moments d’intimité. La caméra se réfugie alors furtivement vers les zones sombres et s’y attarde, tandis que la musique devient pesante. Des images subliminales finissent par s’inviter dans le sommeil tourmenté de notre héroïne, jusqu’à ce qu’elle soit frappée d’absences et de black-outs de plus en plus fréquents. Tout converge vers un décor dantesque digne autant de La Secte que de 28 ans plus tard : des catacombes secrètes où des milliers de crânes empilés constituent un véritable mur macabre, point d’orgue d’un film ne livrant pas toutes ses clés mais laissant durablement son empreinte chez les spectateurs.

 

© Gilles Penso

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