

Pour son troisième long-métrage, Michele Soavi confronte une jeune enseignante aux exactions d’un groupe d’adorateurs de Satan…
LA SETTA
1991 – ITALIE
Réalisé par Michele Soavi
Avec Kelly Curtis, Herbert Lom, Mariangela Giordano, Michel Adatte, Carla Cassola, Angelika Maria Boeck, Giovanni Lombardo Radice, Niels Gullov, Tomas Arana
THEMA DIABLE ET DÉMONS
Satisfaits de leur collaboration sur Le Sanctuaire, les producteurs Mario et Vittorio Gori décident de refaire équipe avec Dario Argento pour accompagner le troisième long-métrage de Michele Soavi, La Secte. Le jeune réalisateur milanais, révélé par Bloody Bird, combine à cette occasion des éléments tirés de deux scénarios qu’il avait écrits (dont l’un avec la complicité de Gianni Romoli) et qui n’avaient pas abouti : l’un nommé Le Puits, l’autre Catacombes. Dario Argento lui-même met la main à la pâte en écrivant le prologue de La Secte, qui se déroule dans les années 70. Deux membres clés de l’équipe artistique se joignent à l’aventure : le créateur des effets spéciaux Sergio Stivaletti (déjà à l’œuvre sur Le Sanctuaire) et le compositeur Pino Donaggio (qui vient alors de collaborer avec Argento sur Deux yeux maléfiques). Pour le rôle féminin principal, Soavi jette son dévolu sur Kelly Curtis, qu’on a alors aperçu dans quelques épisodes de Equalizer, Kojak ou Rick Hunter. Même si elle est la sœur de Jamie Lee Curtis (révélée dans Halloween) et la fille de Janet Leigh (la tête d’affiche de Psychose), la comédienne avoue n’avoir aucune affinité particulière avec les films d’horreur. Mais elle accepte de jouer le jeu, séduite par le travail artistique de Soavi sur Bloody Bird et par les expérimentations horrifo-poétiques d’Argento sur Suspiria. En lisant le scénario de La Secte, elle l’appréhende d’ailleurs avant tout comme une sorte d’Alice au pays des merveilles déviant.


En 1970, dans le sud de la Californie, un groupe de hippies et leurs enfants sont abordés dans un campement situé dans le désert par un voyageur solitaire. Ils l’accueillent chaleureusement et lui offrent un repas. Mais à la tombée de la nuit, l’inconnu les tue tous les uns après les autres avec l’aide de plusieurs complices, en invoquant Lucifer pendant ces meurtres manifestement ritualisés. Vingt ans plus tard, nous voilà à Francfort, où un père de famille tranquille poursuit une jeune femme dans les rues de la ville avant de l’assassiner chez elle. Interpellé par la police, il affirme avoir été contraint de commettre ce crime, puis sort une arme et se suicide. Tous ces événements bizarres et pour le moins inquiétants précèdent l’entrée en scène de notre protagoniste, Miriam Kreisl (Kelly Curtis), une enseignante pour jeunes enfants. Celle-ci manque de renverser avec sa voiture un homme qui erre au beau milieu de la route, Moebius Kelly (Herbert Lom). Ignorant qu’il s’agit du membre actif d’une secte sataniste, elle l’invite à séjourner chez elle. Sans le savoir, elle vient de faire entrer le loup dans la bergerie et s’apprête à voir sa vie basculer dans l’horreur…
Le diable au corps
D’un bout à l’autre de La Secte, Soavi cultive l’étrangeté et le malaise sans que nous sachions exactement quel mal se trame : le scarabée dans le nez, le liquide bleu dans les canalisations, le « linceul diabolique », le camionneur transformé en tueur, le cadavre qui se ranime dans la salle d’opération, le surgissement d’un grand échassier au bec gigantesque… Tout nous inquiète, même si la menace reste longtemps impalpable. En jouant sur le rythme et les transitions inattendues en cours de montage, le cinéaste joue la surprise en se laissant volontiers influencer par ses maîtres à penser. Le goût d’Argento pour les prises de vues insolites est ainsi convoqué (très gros plan d’un œil dans lequel est versé un collyre rouge, caméra qui se promène à l’intérieur de canalisations, vues subjectives d’un lapin dans une maison, plongées et contre-plongées extrêmes) tandis que la poésie macabre d’un Luicio Fulci surgit parfois à l’écran (le sang qui se mélange au lait versé sur le sol, des vers soudain très envahissants). Fidèle à ses habitudes, Sergio Stivaletti conçoit des créatures volontiers surréalistes, tout en s’adonnant à des effets gore extrêmes lors du rituel final, quelque part à mi-chemin entre Hellraiser et Massacre à la tronçonneuse 2. Pino Donaggio, de son côté, abandonne les envolées mélancoliques qui font habituellement sa signature au profit d’une partition électronique très proche des travaux de Claudio Simonetti. Malgré l’atmosphère anxiogène dont il nimbe son film, Soavi ne peut s’empêcher de multiplier les clins d’œil à l’attention des connaisseurs. L’une des premières victimes s’appelle ainsi Marion Crane (comme l’héroïne de Psychose), son assassin se nomme Martin Romero (en hommage au réalisateur de Zombie), les satanistes citent Shub-Niggurath (référence à l’œuvre de H.P. Lovecraft). Quant au final, il nous renvoie directement à Rosemary’s Baby.
© Gilles Penso
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