

Chuck Norris affronte un tueur psychopathe indestructible dans cette variante modernisée du mythe de Frankenstein…
SILENT RAGE
1982 – USA
Réalisé par Michael Miller
Avec Chuck Norris, Ron Silver, Steven Keats, Toni Kalem, William Finley, Brian Libby, Stephen Furst, Stephanie Dunnam, Joyce Ingle, Jay De Plano
THEMA MÉDECINE EN FOLIE
Superstar du cinéma d’arts martiaux depuis que La Fureur du dragon l’a propulsé sur le devant de la scène en 1972, Chuck Norris enchaîne dès lors les films musclés gorgés de testostérone. Lorsqu’il fonde sa propre société Topkick Productions en 1981, c’est pour exercer un contrôle plus grand sur les longs-métrages qui lui donnent la vedette. Horreur dans la ville inaugure ce nouveau label et marque la volonté, chez le moustachu castagneur, de changer un peu de registre. La baston sera toujours à l’honneur, bien sûr, mais dans un registre moins martial et plus urbain. Autre changement de cap : le scénario de Joseph Fraley se laisse à la fois inspirer par les slashers qui fleurissent alors à l’époque sur tous les écrans, mais aussi par le mythe de Frankenstein. Et c’est cette composante fantastique qui attire tout particulièrement le réalisateur Michael Miller, un habitué des séries B d’exploitation (Street Girls, La Prison du viol). Ce dernier va s’efforcer d’accommoder la créature imaginée par Mary Shelley aux codes du cinéma d’action des années 80. Très impliqué, Miller mène des recherches approfondies sur la génétique et la régénération biologique, s’entretenant longuement avec des médecins spécialisés de l’Université de Californie et du Wadleigh Institute de Dallas. Mais pour être honnête, la rigueur scientifique semble être le cadet des soucis scénaristiques de Horreur dans la ville.


Le film s’ouvre sur un plan-séquence de cinq minutes captant en temps réel la névrose galopante d’un homme en sueur, John Kirby (Brian Libby). Excédé par les cris des enfants, à bout de nerfs, il appelle son médecin, tente d’avaler quelques cachets, puis se saisit d’une hache pour jouer les émules de Jack Nicholson dans Shining. Chuck Norris débarque alors, le chapeau de cow boy sur la tête, l’insigne de shérif à la poitrine et le pistolet au poing. En quelques coups de tatane bien sentis, il parvient à stopper le désaxé et à lui passer les menottes. Mais l’homme se comporte comme une bête, possède une force surhumaine, se libère et agresse les policiers, qui vident leur chargeur sur lui. Entre la vie et la mort, Kirby passe les heures qui suivent sur le billard, au sein d’un laboratoire spécialisé dans la recherche génétique. Le médecin qui s’occupait de son cas, le docteur Halman (Ron Silver), constate que son corps a survécu mais que le cerveau est hors service. C’est alors que son collègue le docteur Spires (Steven Keats), émule exalté du futur Herbert West de Re-Animator, décide de lui injecter du mitogène 25, un produit expérimental qui n’a jamais été testé sur un être humain…
Le mort qui tue
Même si l’entrée en matière du film le positionne ouvertement comme une sorte de « psycho-killer » post-Halloween, et même si plusieurs séquences emboîtent le pas de John Carpenter (vues en caméra subjective du tueur engoncé dans une combinaison et armé d’un couteau, musique électronique stressante, jeu du chat et de la souris dans une maison en pleine nuit), Horreur dans la ville tente de mélanger plusieurs genres. Les combats tiennent bien sûr le haut du pavé et permettent à Chuck de se défouler sans garde-fou, quitte à concocter des séquences sans aucun lien avec le scénario ( la bagarre contre les bikers dans le bar). Le film est aussi saupoudré de moments romantico-kitsch et de quelques virgules humoristiques – véhiculées principalement par l’adjoint ventripotent et trouillard du shérif. Horreur dans la ville nous en donne en tout cas pour notre argent, et il faut bien reconnaître que ce tueur monolithique et enragé incarné par Brian Libby parvient à procurer quelques jolis frissons. En confiant à son frère Aaron Norris non seulement la production associée du film mais aussi la supervision des cascades, Chuck sait que les séquences d’action satureront l’écran avec ampleur. La tôle froissée, les chutes dans le vide, les torches humaines, les explosions et les fusillades s’enchaînent ainsi sur un tempo d’enfer, notamment au cours du climax où notre héros doit trouver le moyen de répondre à cette question cruciale : comment éliminer un monstre indestructible ? Cette incursion dans le fantastique restera un cas isolé dans la carrière du futur Walker Texas Ranger, qui passera les années suivantes à consolider son image de justicier américain imperturbable.
© Gilles Penso
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