

Dévasté par la mort de sa femme, un chauffeur de taxi sollicite un sorcier adepte de la magie noire afin de punir les responsables…
ZHONG GUI
1983 – HONG-KONG
Réalisé par Kuen Yeung
Avec Norman Chu, Philip Ko, Maria Jo, Jung Wang, Mi Tien, Hussein Abu Hassan, Hsin-Nan Hung, Man-Biu Pak, Ling-Chi Fu, Jaime Mei-Chun Chik, Wai Lam
THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I FANTÔMES
À l’orée des années 1980, le cinéma hongkongais traverse une zone de turbulence. Longtemps omniprésente, la Shaw Brothers voit son empire vaciller sous les coups de boutoir de la concurrence de la Golden Harvest, de la montée du piratage favorisée par l’arrivée de la VHS et de l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes. Pour survivre, le mythique studio se replie progressivement sur la production de séries B outrancières. C’est dans ce contexte que naît Seeding of a Ghost, l’un des derniers avatars d’un sous-genre alors très en vogue à Hong Kong : les films de magie noire. Depuis le succès de Black Magic en 1975, la Shaw Brothers avait multiplié les récits mêlant la sorcellerie, l’érotisme et le gore. Lorsque Seeding of a Ghost sort sur les écrans, la fermeture imminente du département cinéma de la Shaw est déjà actée en coulisses. Le studio prépare sa reconversion vers la télévision, tandis que le public se passionne désormais pour les cascades de Jackie Chan et les polars nerveux. Se lancer dans un film d’horreur aussi excessif ressemble alors à une tentative désespérée de renouer avec les heures glorieuses du studio. Sollicité pour la mise en scène, Kuen Yeung pousse tous les curseurs dans le rouge, bien avant l’apparition de la Catégorie III en 1988 – à laquelle le film sera rétroactivement rattaché. À cette occasion, le long métrage réunit deux figures importantes du cinéma d’arts martiaux, Philip Ko et Norman Chu, qui troquent ici les affrontements traditionnels contre une violence plus sèche et plus nerveuse.


Chau Zhou (Philip Ko), chauffeur de taxi à Hong Kong, voit sa vie basculer le soir où un mystérieux sorcier pratiquant la magie noire (Hussein Abu Hassan) surgit devant son véhicule après avoir été pourchassé par une foule en colère. Avant de disparaître, cet étrange shaman lui annonce qu’une terrible malédiction plane désormais sur lui. Peu après, nous découvrons qu’Irene (Maria Jo), la femme de Chau, employée comme croupière dans un casino, entretient une liaison avec Fang (Norman Chu), un joueur fortuné qui refuse de quitter son épouse. Humiliée et en colère après une dispute, elle erre seule dans les rues nocturnes d’un quartier mal famé et tombe entre les griffes de deux voyous qui la violent avant de provoquer accidentellement sa mort. Dévasté par ce drame et confronté à l’impuissance de la police, Chau n’a plus qu’une idée en tête : se venger. Persuadé que le sorcier qu’il avait fortuitement rencontré détient le pouvoir de punir les responsables, il le retrouve et insiste pour utiliser ses rituels interdits. D’abord réticent face aux dangers de la magie noire, le vieil homme finit par céder à l’obsession de Chau. Une mécanique infernale se met alors en marche…
Tous les délires sont permis !
Seeding of a Ghost est un film déstabilisant, c’est le moins qu’on puisse dire. La première partie prend les allures d’une sorte de mélodrame érotique, avec une bonne dose de séquences de nudité parfaitement gratuites (douches, coucheries, courses au ralenti les seins à l’air). Puis l’histoire bifurque soudain vers le récit criminel, en s’agrémentant de quelques scènes de bastons particulièrement brutales, au cours desquelles Philip Ko et Norman Chu peuvent tirer parti de leur expérience en matière de combats musclés. Mais déjà, le fantastique s’immisce discrètement, dans la mesure où la défunte Irène communique avec son époux en laissant sa voix d’outre-tombe s’infiltrer dans les appels de sa CB. Dès que la magie noire s’active, à mi-parcours du métrage, tous les délires sont désormais permis : un homme crache des vers de terre vivants, un autre dévore sans s’en apercevoir le cerveau pantelant d’un crâne humain, une femme possédée agresse son époux avec une allumette géante, une autre étrangle son frère avec son soutien-gorge, un dos se déchire pour laisser apparaître une colonne vertébrale, un corps astral en dessin animé s’accouple avec un cadavre desséché revenu à la vie, le ventre du femme enceinte explose pour expulser un monstre tentaculaire digne de The Thing… Il n’est pas interdit de lire, derrière tous ces excès grandguignolesques, une métaphore des effets autodestructeurs de la soif de vengeance. Sans doute trop à contre-courant des tendances de son époque, Seeding of a Ghost sera un échec commercial à sa sortie et disparaîtra des écrans après seulement deux semaines d’exploitation. C’est le marché vidéo qui lui donnera une seconde vie et le transformera en objet de culte, témoignage de l’ultime coup de folie d’un studio légendaire vivant là ses derniers soubresauts.
© Gilles Penso
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