

Une femme se donne la mort puis revient hanter son époux dans ce film tortueux où rien ne semble être ce qu’il est vraiment…
DOMINIQUE
1979 – GB
Réalisé par Michael Anderson
Avec Cliff Robertson, Jean Simmons, Jenny Agutter, Simon Ward, Flora Robson, Ron Moody, Michael Jayston
THEMA FANTÔMES
Produit par la prestigieuse firme britannique Amicus, Dominique brode une intrigue machiavélique qui accommode à sa sauce les recettes des Diaboliques de Henri-Georges Clouzot, comme le firent avant lui de nombreux thrillers horrifico-psychologiques britanniques tels que Hurler de peur, Maniac ou Fanatic. Le scénario s’inspire d’un roman écrit en 1948 par l’auteur américain Harold Lawlor, What Beckoning Ghost, et fera l’objet d’une novélisation signée Ronald Chetwynd-Hayes. Pour l’anecdote, le roman fut déjà adapté en 1960 pour l’un des épisodes de la série anglaise Thriller, en 1960. Fort de son éclectisme efficace, Michael Anderson (1984, Le Tour du monde en 80 jours, Orca) hérite de la mise en scène et d’un casting de premier ordre. Cliff Robertson (après sa mémorable prestation dans Obsession de Brian de Palma) y donne la réplique à Jean Simmons (vue dans Spartacus, et reprenant un rôle refusé par Lee Remick), à Jennifer Agutter (qu’Anderson dirigea dans L’Âge de cristal) et à Simon Ward (que les fantasticophiles purent apprécier dans Le Retour de Frankenstein et Dracula et ses femmes vampires). Tout ce beau monde se retrouve dans les studios Shepperton en septembre 1977, point de départ d’un tournage qui dure six semaines. Pour Anderson, l’expérience ne sera pas des plus heureuses, dans la mesure où le montage final sera remanié contre sa volonté.


Dominique Ballard (Jean Simmons) serait-elle en train de perdre la tête ? Elle ne se souvient pas avoir congédié son chauffeur ni avoir emprunté la broche d’une de ses amies. Perturbée au milieu de la nuit, elle voit un squelette pendu dans sa verrière, entend des voix inquiétantes dans son sommeil. Pourtant, Dominique jurerait que sa santé mentale n’est pas en cause. Et si son mari David (Cliff Robertson), dont les affaires battent de l’aile, était en train de manigancer tout ça pour s’approprier sa fortune personnelle ? Seule consolation à ses yeux : le piano, sur lequel elle joue en boucle les mêmes morceaux mélancoliques, encore et encore. Mais la névrose l’emporte, et Dominique finit par se suicider. Voilà désormais David seul dans sa grande et luxueuse maison, avec ses domestiques et son nouveau chauffeur (Simon Ward). Bientôt, d’étranges phénomènes surviennent, de manière de plus en plus alarmante. David est-il en train de sombrer à son tour dans la paranoïa, ou le fantôme de Dominique s’apprête-t-il à réclamer vengeance ?
Fantôme ou machination ?
Michael Anderson est un solide professionnel mais pas un grand styliste. Le classicisme élégant mais sans personnalité de sa mise en scène est l’un des points faibles du film. Là où des partis pris forts auraient pu transcender les nombreux rebondissements du scénario, Anderson reste en retrait, s’appuyant sur la magnifique photographie de Ted Moore (chef opérateur de sept James Bond et des derniers films de Ray Harryhausen) sans chercher à apposer sur le récit un vrai point de vue de metteur en scène. Sans forcément jouer dans la même cour qu’Alfred Hitchcock, un peu plus d’audace visuelle n’aurait pas nui. Reconnaissons tout de même au réalisateur sa capacité à bâtir un climat étrange et oppressant. On note même quelques influences puisées du côté du giallo, notamment via cette séquence de meurtre en caméra subjective ou ces éclairages bleus saturés dignes de Mario Bava et Dario Argento. Si Cliff Robertson n’est pas d’une folle expressivité et si Jenny Agutter n’a pas grand-chose à défendre, Simon Ward excelle en chauffeur flegmatique et obséquieux à l’accent anglais à couper au couteau. C’est tout de même un peu court pour subjuguer les spectateurs. Cela dit, le plus gros défaut de Dominique est sans doute son caractère « old school » forcément dépassé à la fin des années 70. Alors que Massacre à la tronçonneuse et Halloween ont radicalement redéfini les codes du slasher, ce « film de couloirs » s’appuyant sur un coup de théâtre capillotracté semble alors d’un autre âge. Dominique a été réévalué avec le temps. Sans atteindre le statut de classique du genre, il est aujourd’hui considéré comme une œuvre tout à fait recommandable pour les amateurs d’épouvante à l’ancienne.
© Gilles Penso
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