

Lamberto Bava plonge cinq jeunes amis dans des catacombes sinistres où les morts ont tendance à ressusciter…
UNA NOTTE AL CIMITERO / GRAVEYARD DISTURBANCE
1987 – ITALIE
Réalisé par Lamberto Bava
Avec Gregory Lech Taddeus, Lea Martino, Beatrice Ring, Gianmarco Tognazzi, Karl Zinny, Lino Salemme, Giampaolo Saccarola, Mirella Pedetti, Lamberto Bava
THEMA ZOMBIES
Grâce au succès de Démons et de Démons 2, produits par Dario Argento, Lamberto Bava a prouvé qu’il n’était pas seulement le fils du grand Mario Bava mais aussi un cinéaste à part entière, capable d’insuffler un style personnel et un grand sens de l’esthétisme à ses propres films d’horreur, tout en capitalisant sur les tendances de son époque : des acteurs jeunes auxquels le public peut s’identifier, une musique rock dans l’air du temps et des effets spéciaux spectaculaires. Face à ce constat, la société de production italienne Reteitalia décide de lancer en juillet 1986 une collection de téléfilms réunis sous le titre Brivido Giallo (littéralement « frissons jaunes »), dont les cinq opus sont confiés à Lamberto Bava. L’Antichambre de l’enfer inaugure la série, dont les épisodes suivants seront L’Auberge de la vengeance, La Maison de l’ogre et Le Château de Yurek. En s’attelant à ce premier opus, Bava entend bien réutiliser les recettes du diptyque Démons et Démons 2 tout en mettant la pédale douce sur l’horreur pour privilégier l’humour. C’est donc presque dans l’ambiance d’un épisode de Scoubidou ou de Chair de poule que se déroule L’Antichambre de l’enfer (tourné sous le titre Dentro il cimitero, puis rebaptisé Una notte al comitero), dont les extérieurs naturels sont captés dans la région de Rome et de Bolsena.


Après avoir commis un vol à l’étalage dans un supermarché, cinq jeunes gens s’échappent dans une camionnette mais s’égarent dans la forêt et embourbent leur véhicule au milieu d’un étang. Plusieurs détails bizarres ponctuent cette randonnée forcée : l’apparition d’une carriole d’un autre âge tirée par des chevaux sans cocher, l’errance d’un vagabond lugubre, les cris d’un loup, les traces d’un animal indéterminé… Nos amis finissent par se réfugier dans un endroit lugubre près des ruines d’une ancienne bâtisse. Incapables de dormir, ils s’aperçoivent bientôt qu’il y a une auberge à proximité et décident d’y faire une halte. Là, les cinq compagnons remarquent dans un coin une sphère en verre remplie d’argent, de bijoux et de divers objets de valeur. Face à leur surprise, le gérant – un homme sinistre au visage à moitié défiguré – leur raconte une histoire étrange : ce trésor est le prix que remportera quiconque est capable de passer une nuit dans les catacombes situées sous l’auberge. Tous les cinq décident de relever le défi, même si l’on raconte que personne n’est jamais revenu de ce lieu maudit. Or dans la crypte, les évènements inquiétants ne vont pas tarder à se produire…
Le train fantôme
Peut-être Lamberto Bava s’est-il dit qu’une bande de jeunes qui volent dans les magasins en gloussant, le walkman collé sur les oreilles, et se font des blagues idiotes étaient forcément des personnages cool. Le problème, c’est que la stupidité congénitale qu’ils affichent dès les premières secondes nous les rendent tout sauf attachants. Et de fait, leur sort nous indiffère totalement. Le film se rattrape un peu avec ses qualités plastiques. Les décors conçus par Antonello Geleng (Frayeurs, Crime au cimetière étrusque, Hercule) et éclairés par Gianlorenzo Battaglia (Inferno, Démons, Phenomena) sont en effet de toute beauté, qu’il s’agisse des ruines brumeuses, de la taverne sinistre, de la crypte ou des catacombes. Les toiles d’araignée abondantes, les fumigènes, les rats qui couinent, les tarentules baladeuses, les têtes de mort aux mâchoires qui claquent et les chandeliers nous plongent alors dans une ambiance de train fantôme que ne contredit pas la suite des événements. Nous avons en effet droit à une sarabande digne d’un parc d’attractions : un zombie momifié aux dents de vampire sortant de son cercueil (et se montrant un peu trop entreprenant avec une morte-vivante qui le rembarre d’une gifle), d’autres cadavres ambulants plus ou moins décomposés, un marécage plein de squelettes d’où émerge un globe oculaire autonome et rampant, le corps desséché de pendus qui s’agitent, le repas immonde d’une famille de monstres aristocrates au look invraisemblable (dont une espèce de marquise emperruquée affublée de quatre paire d’yeux)… Particulièrement inventifs, les maquillages spéciaux sont l’œuvre de Fabrizio Sforza (2019 après la chute de New York, Le Tueur de la pleine lune, Les Aventures du baron de Munchausen). Malheureusement, L’Antichambre de l’enfer ne fait pas du tout peur, et encore moins rire, malgré l’infinité de clins d’œil qui ponctuent les dialogues. Projeté une première fois au Festival de Sitges, le film y reçoit un accueil glacial, ce qui ne l’empêchera de connaître une belle carrière télévisuelle à travers le monde.
© Gilles Penso
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