L’ÎLE DE L’ÉPOUVANTE (1970)

Mario Bava signe sans conviction ce slasher langoureux dans lequel un groupe d’amis réunis sur une île sont massacrés les uns après les autres…

5 BAMBOLE PER LA LUNA D’AGOSTO

1970 – ITALIE

Réalisé par Mario Bava

Avec William Berger, Ira von Fürstenberg, Edwige Fenech, Howard Ross, Helena Ronee, Teodoro Corrà, Ely Galleani, Edith Meloni, Mauro Bosco, Maurice Poli

THEMA TUEURS

En découvrant le scénario de L’île de l’épouvante écrit par Mario di Nardo, les producteurs Mario et Pietro Bregni décident de l’acheter pour pouvoir capitaliser sur la présence de plusieurs actrices prometteuses et peu avares de leurs charmes, notamment Edwige Fenech et Ira von Fürstenberg (cette dernière devenant au passage l’un des principaux investisseurs du film). Le premier réalisateur envisagé semble avoir été Guido Malatesta (Maciste contre les monstres), mais il quitte la production quelques jours à peine avant le début du tournage. C’est donc en désespoir de cause que Mario Bava est appelé à la rescousse. Pas du tout emballé par le scénario, qui lui semble être un plagiat sans saveur des Dix petits nègres d’Agathe Christie, Bava apprend en outre qu’il va devoir composer avec une équipe technique et des acteurs déjà prêts à tourner, et qu’il n’aura que très peu de temps pour retravailler le script. Mais après le succès très modéré de Danger Diabolik, le réalisateur du Masque du démon a besoin de se refaire une santé et accepte un peu à contrecœur, à condition d’être payé d’avance. Il parvient tout de même à imposer la présence de son directeur de la photographie Antonio Rinaldi et à faire quelques  petites retouches sur le scénario. Il regrettera tout de même cette expérience, considérant souvent avec le recul que L’île de l’épouvante est le plus mauvais film de sa carrière.

Tourné en 19 jours, principalement sur la côte de Torre Astura, L’Île de l’épouvante porte un titre original aux connotations torrides (qu’on pourrait traduire par « Cinq jeunes filles dans une nuit chaude d’été »), mais il ne s’y passe rien de bien excitant. L’intrigue se situe sur une petite île, dans la résidence privée du riche industriel George Stark (Teodoro Corrà). Là, un groupe de personnes, dont le scientifique Gerry Farrell (William Berger), s’est réuni pour un week-end. Au lendemain de la première nuit, Farrell est furieux de découvrir que Stark et les autres invités ont organisé ce séjour dans le seul but de le persuader de vendre sa dernière invention, une formule pour une résine industrielle révolutionnaire. Or il refuse de la divulguer en raison du décès de son collègue survenu lors de sa mise au point. Alors que tout le monde ou presque semble coucher avec tout le monde et que les intrigues de soap opéra s’entremêlent entre les protagonistes, un premier meurtre survient : Charles (Mauro Bosco), le domestique des Stark. D’autres s’enchaînent bientôt sur un rythme de plus en plus soutenu, sans qu’il semble possible de deviner l’identité de l’assassin…

« Les assassins tuent ! »

Extrêmement marqué par son époque (les tenues, les décors, la musique, les coups de zoom intempestifs), L’Île de l’épouvante était probablement déjà daté au moment de sa sortie. La séquence de danse psychédélique qui ouvre le film, au milieu d’un groupe d’amis qui nous semblent plus blasés les uns que les autres, donne le ton et traîne tellement en longueur qu’on y décèle déjà un besoin désespéré de combler le vide scénaristique en faisant du remplissage. Le fait qu’aucun des personnages du film ne soit sympathique, appâté soit par l’argent, soit par le sexe, soit par les deux, n’est pas inintéressant. Mais les acteurs jouent de manière si outrancière et leurs réactions sont tellement illogiques qu’il nous est très difficile d’entrer dans ce huis-clos biscornu. Et que dire de ces dialogues d’une platitude vertigineuse (« Les assassins tuent ! ») ou de cette musique « easy listening » qui accompagne l’ensemble du film sans laisser la possibilité à Bava d’installer la moindre tension dramatique ? L’une des répliques de Trudy (Ira von Fürstenberg), « Tout le monde semble attendre quelque chose qui n’arrive jamais », s’applique à merveille à ce que nous ressentons face à L’Île de l’épouvante, tant l’histoire peine à nous captiver. Quelques idées poétiquement macabres surnagent, comme la « danse » des cadavres enveloppés dans du plastique qui sont suspendus dans la chambre froide, aux accents d’une sorte de valse dissonante, mais c’est hélas insuffisant pour maintenir l’intérêt des spectateurs. D’autant que la révélation finale nous laisse gentiment indifférents. Tout au plus verra-t-on dans cette Île de l’épouvante un brouillon de La Baie sanglante, que Mario Bava réalisera l’année suivante.

© Gilles Penso

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