HUNGRY (2026)

Plus féroce que le requin, plus vorace que le crocodile, voici l’hippopotame des bayous, une espèce monstrueuse que rien ne semble pouvoir arrêter !

HUNGRY

 

2026 – GB / USA

 

Réalisé par James Nunn

 

Avec Madison Davenport, Tracey Bonner, Joaquim de Almeida, Michel Curiel, Samantha Coughlan, Olivia Bernstone, Jim Meskimen, River Codack

 

THEMA MAMMIFÈRES

Le concept de Hungry fait immédiatement penser aux « creature features » réalisés avec des sommes ridicules par des compagnies de production spécialisées dans les sériesB/Z, dont The Asylum est devenu le fer de lance dans les années 2000. Mais James Nunn ne cherche pas à combattre dans cette catégorie semi-parodique. En 2022 déjà, alors que la saga Sharknado et ses émules transformaient les requins mangeurs d’hommes en clowns marins propices à tous les délires, ce spécialiste du cinéma d’action musclé (Tower Block, Eliminators, Ont Shot) s’essayait au film d’attaque animale mâtiné de survival avec un Shark Bay traité volontairement au premier degré. C’est exactement avec le même état d’esprit qu’il aborde Hungry, si ce n’est que cette fois-ci le prédateur est un animal qui se distingue à priori plus par sa bonhommie que par son agressivité : l’hippopotame. Héros d’une multitude de livres et de séries animées pour enfants, le sympathique et rondouillard mammifère allait-il pouvoir devenir un monstre crédible ? Tel est le défi que se lance Nunn, bien décidé à muer ce massif quadrupède amphibie en créature terrifiante. Malins, les distributeurs détournent même le titre du fameux jeu « Hippos gloutons » (en anglais « Hungry hungry hippos ») auquel l’une des phrases d’accroche se réfère directement sur plusieurs posters du film : « This hippo isn’t playing games ». Autrement dit : « cet hippo n’est pas là pour jouer ».

Hungry s’attache d’abord à nous présenter sa petite galerie de personnages, conformément aux codes traditionnels du cinéma catastrophe. Nous voici donc en présence de Sistine (Madison Davenport), qui doit faire face à la maladie de sa mère et à une récente perte demploi, et qui part passer des vacances exotiques à la Nouvelle-Orléans avec sa meilleure amie Hannah (Olivia Bernstone). Sur place, elles décident de participer à une excursion en bateau à prix réduit pour observer les alligators dans les marécages de Louisiane. Elles y rencontrent le sympathique guide Rodrigo (Michel Curiel) ainsi que les autres touristes embarqués avec elles dans cette petite ballade : l’infirmière Sally (Samantha Coughlan), son père ex-pompier Tim (Jim Meskimen), son fils ado Mikey (River Codack) ainsi que Dionne (Tracey Bonner), une femme d’affaires récemment divorcée. La dynamique du groupe se dessine déjà et laisse imaginer comment les rôles se redéfiniront au moment du drame. Au cours de l’excursion, Dionne glisse discrètement un pourboire de 300 dollars à Rodrigo pour quil s’écarte de plusieurs kilomètres de litinéraire autorisé afin qu’elle puisse photographier un alligator gigantesque et célèbre surnommé Big Ben. En pénétrant dans une partie isolée du marais, le groupe constate que la zone est étrangement dépourvue de faune sauvage, avant de découvrir la carcasse sauvagement mutilée de Big Ben. Soudain, le coupable ne tarde pas à surgir : un hippopotame gigantesque et particulièrement agressif.

Hippo Glouton

James Nunn est un artisan solide, ce que ne démentent pas les qualités formelles du film. Sa mise en scène s’appuie sur les images élégantes de Job Reineke, qui capte avec soin la photogénie des extérieurs naturels captés en Malaisie, tandis que le montage de Richard Blackburn s’écarte volontairement de la frénésie souvent de mise en tel contexte. Hungry prend son temps, quitte à adopter un style presque contemplatif, et s’attarde sur ses personnages. Le scénario laisse entrevoir chez eux quelques failles intéressantes, que la petite brochette de comédiens dirigée par Nunn s’efforce d’incarner avec un maximum de conviction. Le monstre attaque au bout d’une demi-heure mais ne se montre pas tout de suite. Lorsqu’il apparaît enfin après une heure de métrage, sa présence à l’écran reste parcimonieuse. Nunn a retenu la leçon des Dents de la mer : Inutile d’en montrer trop, l’imagination des spectateurs fera le plus gros du travail. Hungry joue donc souvent la carte du hors-champ, ce qui n’empêche pas d’apprécier le travail de l’équipe des effets visuels, supervisée par Ahmed Yousry (Star Trek : sans limites, Ant-Man et la Guêpe, Les Nouveaux Mutants), qui concocte pour l’occasion un très convainquant hippo XXL. Mais on peut légitimement regretter que le film, nonobstant l’efficacité de ses séquences de suspense, reste très « sage ». Nunn ne nous offre aucun rebondissement véritablement inattendu, ni même des séquences chocs susceptibles de marquer durablement les esprits. L’intrigue restant relativement linéaire, les mises à mort étant souvent escamotées et l’ensemble manquant singulièrement d’audace, ce survival nous laisse finalement un peu sur notre faim. C’est tout de même un comble pour un film qui s’appelle Hungry !

 

© Gilles Penso

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