MASSACRE AU CAMP D’ÉTÉ (1983)

Dans ce slasher estival motivé par le succès de Vendredi 13 et de ses suites, un tueur sans pitié ensanglante un camp de vacances…

SLEEPAWAY CAMP

 

1983 – USA

 

Réalisé par Robert Hiltzik

 

Avec Felissa Rose, Jonathan Tiersten, Karen Fields, Christopher Collet, Mike Kellin, Katherine Kamhi, Paul DeAngelo, Thomas E. Van Dell, Loris Diran, John E. Dunn

 

THEMA TUEURS

Robert Hiltzik est un cas assez à part dans l’histoire du cinéma d’horreur. Malgré le succès inattendu de son premier long-métrage Massacre au camp d’été, qui coûte 335 000 dollars et en rapporte 11 millions dès sa première exploitation, cet auteur et réalisateur diplômé de la prestigieuse New York University disparaîtra de la circulation juste après la sortie du film en 1983. Notre homme quitte en effet l’industrie cinématographique pour se réorienter vers une carrière d’avocat spécialisé dans l’immobilier à New York. Ce n’est qu’au début des années 2000, sans doute titillé par une fibre nostalgique, qu’il se résout à repasser une seconde et dernière fois derrière la caméra à l’occasion de Blood Camp, une suite tardive de son premier coup d’éclat… qui n’aura pas du tout le même impact et sombrera vite dans l’oubli. L’idée de Massacre au camp d’été lui trotte dans la tête au cours des années 70, avant que le slasher ne devienne un genre à part entière. C’est dans ses propres souvenirs d’enfance, passés au camp de vacances Algonquin, dans l’État de New York, qu’il puise son inspiration. Mais il faut attendre le succès de Vendredi 13 pour que son projet soit jugé financièrement viable. Hiltzik réunit alors lui-même les fonds nécessaires à la production du film, en faisant appel à ses proches, à sa famille et à son réseau de connaissances.

L’entame du film nous fait bien comprendre que, malgré quelques maladresses de mise en scène, Massacre au camp d’été sera un film brutal et sans concession. L’accident qui ouvre le film – un bateau à moteur fonce vers un homme et ses deux enfants qui batifolent dans l’eau en ne laissant qu’un seul survivant – sera le trauma initial sur lequel va se bâtir le reste de l’intrigue. Huit ans plus tard, Angela (Felissa Rose), 13 ans, seule rescapée du drame, vit désormais avec sa tante excentrique et son cousin Ricky (Jonathan Tiersten). Très introvertie, mal dans sa peau, elle est envoyée avec Ricky au camp de vacances Arawak, où elle a beaucoup de mal à se lier avec les autres. Les brimades et les humiliations ne tardent pas. Un premier accident, qui laisse le cuisinier du camp entre la vie et la mort, fait basculer la situation de manière dramatique. Mel (Mike Kellin), le propriétaire des lieux, préfère rester discret pour éviter toute mauvaise publicité. Mais la suite prend une tournure beaucoup plus inquiétante, puisque plusieurs meurtres violents ensanglantent soudain les campeurs. Or les victimes ne semblent pas avoir été choisies au hasard : elles ont toutes causé du tort à Angela…

Les jolies colonies de vacances

La première force de Massacre au camp d’été est son ancrage dans un contexte réaliste. Les blagues idiotes entre gamins, les jeux, les disputes et les bagarres sentent le vécu. Certes, quelques longueurs auraient sans doute pu être évitées, notamment cette partie de base-ball qui ralentit un peu inutilement l’action. Mais ces tranches de vie sur le camp captées de manière naturaliste ont le mérite de renforcer la crédibilité du cadre du film. D’autant que, pour une fois, le casting est principalement composé d’acteurs adolescents et non d’adultes qui essaient de nous faire croire qu’ils ont quinze ans. À ce titre, la prestation de la débutante Felissa Rose est particulièrement intense, notamment lorsqu’on découvre le fin mot de l’histoire à la faveur d’une chute franchement choquante. Robert Hiltzik n’y va pas avec le dos de la cuiller, osant transgresser quelques tabous, mettre en scène un adulte malsain attiré par les gamins ou de très jeunes enfants exposés beaucoup trop tôt à une sexualité frontale. Les effets spéciaux de maquillage eux-mêmes, concoctés par le maestro Ed French (Cauchemars à Daytona Beach, C.H.U.D., Breeders), trouvent le parfait équilibre entre le réalisme clinique et le Grand-Guignol excessif. Les corps brûlent, se boursouflent, se découpent ou se déchirent sans la moindre retenue. Bref, Massacre au camp d’été se détache très agréablement du lot des innombrables slashers initiés dans la mouvance de Vendredi 13. Le public l’accueillera avec enthousiasme, motivant la mise en chantier de quatre suites entre 1988 et 2008.

 

© Gilles Penso

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