

Cette ambitieuse adaptation du texte d’Homère, conçue pour les petits écrans américains, se pare d’un casting prestigieux et d’effets spéciaux haut de gamme…
THE ODYSSEY
1997 – USA
Réalisé par Andrei Konchalovsky
Avec Armand Assante, Greta Scacchi, Isabella Rossellini, Bernadette Peters, Eric Roberts, Irene Papas, Jeroen Krabbé, Geraldine Chaplin, Christopher Lee, Vanessa Williams
THEMA MYTHOLOGIE
Au milieu des années 1990, les chaînes américaines cherchent à produire des événements télévisés capables de rivaliser avec le cinéma. Hallmark Entertainment se spécialise ainsi dans les adaptations ambitieuses de classiques littéraires et bibliques et lance le projet de L’Odyssée avec un budget estimé à 40 millions de dollars, considérable pour une production télévisée de l’époque. American Zoetrope, la compagnie de Francis Ford Coppola, entre dans la danse en tant que coproducteur et confie à Nicholas Meyer (Star Trek 2, C’était demain, Le Jour d’après) le développement du show. L’objectif est clair : offrir une retranscription spectaculaire mais relativement fidèle au texte d’Homère, destinée au prime time américain. Le choix du réalisateur se porte sur Andreï Konchalovsky. Ancien collaborateur d’Andreï Tarkovski en Russie, il s’est imposé à Hollywood avec des films tels que Maria’s Lover, Runaway Train ou Tango & Cash. Jugé candidat idéal pour donner une dimension épique à l’œuvre littéraire originale sans sacrifier l’émotion ni les personnages, Konchalovsky participe lui-même à l’écriture de l’adaptation avec Chris Solimine, privilégiant une narration linéaire et un ton accessible au grand public. Tournée principalement à Malte et en Turquie, L’Odyssée est d’abord diffusée en deux soirées, les 18 et 19 mai 1997, sur le réseau NBC, avant d’être plus largement exploitée sous forme d’un long téléfilm de trois heures.


Le déploiement de moyens est assez impressionnant et la mise en scène affiche son dynamisme dès l’entame, où un accouchement imminent se vit dans une frénésie que le spectateur doit attraper en cours de route. Armand Assante, découvert par beaucoup de spectateurs sous les traits d’un Indien dans Prophecy : le monstre, et qu’on a revu entre autres dans 1492 : Christophe Colomb, Hoffa, Judge Dredd et Striptease, entre dans la peau d’Ulysse, appelé sous les drapeaux par le roi Agamemnon pour participer à la guerre de Troie après la naissance de son fils Télémaque, au grand désarroi de son épouse Pénélope, incarnée par Greta Scacchi (Troubles, Présumé innocent, The Player). Craignant de ne pas revenir, Ulysse exhorte son épouse à se remarier lorsque Télémaque aura atteint l’âge adulte, afin qu’Ithaque dispose d’un roi digne de ce nom pour lui enseigner ses responsabilités. Après la guerre de Troie, dont Ulysse parvient à précipiter l’issue suite à la mort d’Achille grâce à la ruse du fameux cheval géant, notre héros a la mauvaise idée de défier Poséidon, le dieu des océans. Ce dernier, un brin susceptible, va désormais tout mettre en œuvre pour l’empêcher de rentrer chez lui, semant d’embûches spectaculaires son voyage en mer et celui de ses fidèles marins.
20 000 lieues sur les mers
Au fil de cette odyssée éprouvante, Ulysse multiplie les rencontres, ce qui permet à la production d’égrener bon nombre de guest-stars : la séduisante Athena (Isabella Rossellini), le facétieux Eole (Michael J. Collard), le virevoltant Hermès (Frederick Stuart), l’ensorceleuse Circé (Bernadette Peters), le devin aveugle Tiresias (Christopher Lee) ou encore l’envoûtante Calypso (Vanessa Williams). Et puis, bien sûr, il y a les monstres. Les talents conjugués du Jim Henson’s Creature Shop (pour les créations animatroniques) et de la compagnie Framestore (pour les images de synthèse) permettent de donner corps à un bestiaire conforme à l’imagerie traditionnelle de la mythologie gréco-romaine. Nous avons ainsi droit à un serpent de mer géant qui dévore le prêtre Laocoon, aux trois têtes garnies de dents acérées du dragon Scylla, au vorace Charybde (un gouffre aquatique aux allures de mâchoires géantes qui n’est pas sans évoquer le Sarlacc du Retour du Jedi) et bien sûr au cyclope Polyphème. Ce dernier est incarné par un acteur équipé d’un masque mécanisé et interagit avec les humains grâce à de très habiles perspectives forcées, comme à l’époque du Ulysse de Mario Camerini. Les effets numériques servent aussi à dessiner le visage de Poséidon dans les vagues déchaînées. Bref, tout y est ou presque, à l’exception de l’épisode des sirènes, sans doute supprimé du scénario dans la mesure où le rôle des tentatrices est déjà assuré par Circé et Calypso. L’Odyssée de Konchalovsky n’est certes pas exempte de défauts, notamment la théâtralisation artificielle de certaines scènes (comme le sacrifice de la mère d’Ulysse) et l’ajout d’une voix off parfaitement inutile. Mais cette adaptation reste de très haute tenue et semble avoir pavé la voie de la version titanesque conçue trois décennies plus tard par Christopher Nolan. Lors de la 49e cérémonie des Emmy Awards, elle remportera le prix de la meilleure réalisation.
© Gilles Penso
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