

La star du cinéma fantastique espagnol Paul Naschy interprète le loup-garou Waldemar Daninsky pour la dixième fois consécutive…
LICANTROPO : EL ASESINO DE LA LUNA LLENA
1997 – ESPAGNE
Réalisé par Francisco Rodriguez Gordillo
Avec Paul Naschy, Amparo Muñoz, Antonio Pica, José María Caffarel, Eva Isanta, Luis Maluenda, Jesus Calle, Jorge R. Lucas, Javier Loyola, Rosa Fontana
THEMA LOUPS-GAROUS I SAGA WALDEMAR DANINSKY
Après La Bête et l’épée magique en 1983, l’acteur/réalisateur/scénariste Jacinto Molina, plus connu sous son pseudonyme de Paul Naschy, semblait en avoir fini une bonne fois pour toutes avec le personnage du loup-garou Waldemar Daninsky. Depuis 1968, il l’avait déjà incarné neuf fois à l’écran, sans compter quelques autres lycanthropes dont il porta les poils au fil de sa longue carrière. Il était donc temps de passer à autre chose. Mais en 1991, une crise cardiaque manque de lui coûter la vie. Secoué mais toujours debout, Naschy décide alors de ressusciter son loup-garou fétiche, se lançant dans l’écriture d’un scénario qu’il appréhende quasiment comme une thérapie. Une fois prêt, le script de Lycantropus repose tranquillement dans un tiroir jusqu’à ce que le producteur Primitivo Rodriguez (qui vient de terminer le film de pirates La Isla Del Diablo de Juan Piquer Simon) lui demande des idées pour un nouveau film d’horreur. Naschy ressort alors Lycantropus avec la ferme intention de relancer la saga de l’homme-loup qui le rendit célèbre. Mis en scène par Francisco Rodriguez Gordillo (réalisateur du slasher El Cepo), Lycantropus commence en 1944 dans une forêt nocturne et brumeuse d’Europe centrale. Arrêtée par deux officiers SS qui veulent prendre du bon temps avec elle puis l’exécuter, la Gitane Czinka (Ester Ponce) est sauvée par son amant Heinrich (Bill Holden), un colonel de la Wermacht qui l’a mise enceinte. Mais Rom (José Truchado), le frère de Czinka, est furieux de la voir convoler avec un nazi et assassine l’officier…


Flash forward : nous voilà à Visaria en 1996, en présence de Waldemar Daninsky. Comme c’est le cas pour chaque épisode de cette étrange saga à la continuité très élastique, ce personnage n’est pas le même que celui mis en scène dans les neuf films précédents, même s’il porte le même nom et la même malédiction. Ici, Waldemar est donc un écrivain de best-sellers qui souffre de cauchemars récurrents et de douleurs à la poitrine. Sa femme Elsa (Rosa Fontana) est une brillante avocate, sa fille aînée Kinga (Eva Isanta) subit des brimades à l’université où elle étudie et son jeune fils Chris (Carlos Ramo) s’étonne de l’hostilité que leur chien Rocky semble avoir depuis peu en grognant dès qu’il voit Waldemar. Parallèlement, nous apprenons que plusieurs jeunes femmes ont été retrouvées horriblement mutilées dans la ville. Si la police semble piétiner, il ne faut pas longtemps aux spectateurs pour rassembler les pièces du puzzle : Waldemar est le fils de la Gitane du prologue, frappé par un sort qui le pousse à se transformer en loup-garou sanguinaire chaque nuit de pleine lune…
Un monstre en bout de course
La soixantaine passée, Paul Naschy nous semble ici vieilli et fatigué, sans doute encore affaibli par son opération du cœur. Son personnage s’est adapté à l’âge et l’état de santé de l’acteur. C’est désormais un père de famille tranquille, loin du séducteur ténébreux que nous avons connu. On note d’ailleurs que la tonalité s’est beaucoup « assagie ». L’érotisme et le gore, ingrédients récurrents des opus des années 70 et 80, brillent ici par leur absence. De ce point de vue, Lycantropus se montre assez tiède. Les films de la saga ayant tendance à mixer le mythe du loup-garou avec d’autres éléments fantastiques – vampires, yétis, savants fous -, celui-ci ne déroge pas à la règle en intégrant des fantômes – en l’occurence ceux du patriarche des Gitans et de la mère biologique de Waldemar – mais aussi un tueur psychopathe. Car Scream vient alors de cartonner sur les écrans et il semble impératif de surfer sur la vogue du néo-slasher. D’où cette séquence de la jeune femme effrayée par les appels téléphoniques anonymes d’un tueur mystérieux, référence directe au film de Wes Craven. Lycantropus ne manque d’ailleurs pas de clins d’œil à la littérature et au cinéma fantastique. Interrogé par la police, Waldemar cite docteur Jekyll et Mister Hyde (qui apparaissaient justement dans un des épisodes de la saga, Docteur Jekyll et le loup-garou), tandis que les dialogues évoquent Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Poe et mentionnent un certain professeur Cronenberg. Sans compter ce jeune homme fan de films d’horreur et de thrillers dont la chambre est tapissée de posters (Docteur Rictus, The Gifted, Face à face). Le monstre, lui, n’apparaît qu’au bout de 45 minutes, nimbé dans la lumière bleutée de la pleine lune. Son look de loup-garou a changé. Moins velu qu’avant, il ressemble plus au Monstre de Londres qu’au Wolf Man des années 40, comme si, ici aussi, il fallait se montrer plus « sage » qu’auparavant. Le tout s’assortit d’une bande originale « romantico-pop » à base de synthétiseurs et de solos de guitare électrique. Distrayant mais moins inventif que les autres épisodes, cet opus nous semble arriver trop tard et n’a plus grand-chose à défendre. Un ultime épisode marquera les adieux définitifs de Waldemar : La Tombe du loup-garou.
© Gilles Penso
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