

Une cape maléfique, un monde parallèle sinistre, un skate-park hanté et un virus numérique sont au programme du troisième opus de la saga VHS…
VHS VIRAL
2014 – USA
Réalisé par Justin Benson, Aaron Moorhead, Gregg Bishop, Todd Lincoln, Marcel Sarmiento et Nacho Vigalondo
Avec Patrick Lawrie, Emilia Ares, Justin Welborn, Emmy Argo, Marian Alvarez, Gustavo Salmeron, Nick Blanco, Chase Newton, Aaron Moorhead, Justin Benson
THEMA CINÉMA ET TÉLEVISION I SORCELLERIE ET MAGIE I MONDES PARALLÈLES ET VIRTUELS I ZOMBIES I SAGA VHS
Les deux premiers VHS s’étaient révélés être des affaires rentables : des coûts de production limités et une exploitation largement bénéficiaire grâce à leur multidiffusion sur les plateformes de VOD. Car de tels films trouvent moins leur public en salle qu’en streaming, phénomène accentué par leur mise en forme vidéo qui se prête finalement très bien aux petits écrans. Le troisième opus débarque donc un an après le second et sollicite des metteurs en scène solides déjà auréolés d’un certain prestige auprès des fans du genre. C’est Marcel Sarmiento, co-réalisateur du perturbant Deadgirl, qui ouvre les hostilités avec « Vicious Circles », un segment saucissonné en plusieurs parties pour faire office de fil conducteur entre les autres sketches. Kevin (Patrick Lawrie), vidéaste amateur, filme sans cesse sa petite amie Iris (Emilia Ares) en espérant multiplier le nombre de vues des vidéos qu’il poste sur les réseaux. Soudain, une folle course-poursuite s’engage entre la police et un camion de glaces dans la rue voisine. Kevin ne veut pas en rater une miette, certain de tenir là la vidéo virale idéale. Mais les événements ne tardent pas à dégénérer lorsqu’Iris reçoit un appel vidéo mystérieux et se comporte soudain très bizarrement. Le récit s’interrompt là mais se poursuivra en alternance avec les segments à venir, jusqu’à ce que l’ensemble forme un grand tout.


« Dante the Great », écrit et réalisé par Gregg Bishop (Dance of the Dead), suit l’ascension d’un magicien minable (Justin Welborn) mué du jour en lendemain en émule de David Copperfield grâce à une cape mystérieuse dont il vient de faire l’acquisition et qui aurait appartenu à Harry Houdini. Or ce vêtement hanté réclame des sacrifices humains. Les fantasticophiles repensent alors à la cape maléfique du film à sketches La Maison qui tue, qui transmettait le vampirisme d’hôte en hôte. Ce segment mélange les extraits d’un documentaire d’investigation, des vidéo amateur filmées par le magicien, les images de la webcam de son assistante ou encore l’enregistrement des bodycams des unités d’élite. Si la dernière partie du récit conserve les effets de style du found footage (caméra portée, reports de point), on ne sait pas qui la filme car aucune caméra n’est alors justifiée dans l’action. C’est le gros point faible de « Dante the Great », qui met sérieusement à mal la suspension d’incrédulité des spectateurs malgré un concept plutôt attrayant. Le très talentueux Nacho Vigalondo (Timecrimes, Extraterrestre) prend le relais avec « Parallel Monsters », tourné dans sa langue espagnole natale. L’inventeur Alfonso (Gustavo Salmeron)y travaille sur son tout dernier projet : un prototype de portail interdimensionnel. Lorsqu’il l’active, il aperçoit un double de lui-même qui vient de faire exactement la même expérience. Poussés par la curiosité, les deux Alfonso décident d’échanger momentanément leurs places et de franchir le portail, chacun muni de sa caméra, afin d’explorer l’univers de l’autre pendant quinze minutes. Mais les deux mondes ne sont identiques qu’en apparence… Vertigineux, virtuose, sans cesse surprenant, ce segment alterne le rire et l’angoisse à travers un principe de mondes inversés qui évoque autant Danger planète inconnue que les écrits de Lovecraft et s’achève dans la panique la plus totale.
Youtube à essai
La suite, « Bonestorm », ne démérite pas pour autant, puisqu’elle est signée par le génial duo Justin Benson et Aaron Moorhead (Resolution, Spring). Dans leur sketch, deux skateurs de Los Angeles, un de leurs amis et un cameraman partent à Tijuana, à la recherche d’un spot de skate idéal pour leur dernière vidéo Youtube. L’ambiance sur place est très anxiogène et l’horreur déferle sur eux sans préavis, fruit d’une sorte de malédiction ancestrale. Moorhead et Benson semblent vouloir moderniser l’imagerie des templiers zombies d’Amando de Osorio (La Révolte des morts-vivants et ses suites) tout en convoquant ici aussi l’esprit de Lovecraft, qui deviendra un élément récurrent de la suite de leur filmographie. Plus le segment avance, plus il devient gore et excessif, ne s’interdisant pas quelques gags macabres (une tête de zombie coupée qui continue à claquer de la mâchoire) en brocardant joyeusement la génération Instagram et sa quête désespérée de popularité virtuelle. Ce parti pris justifie le sous-titre Viral et nous ramène à l’épilogue, bouclant le segment « Vicious Circles » sur une note apocalyptique. Malgré ses qualités, ce troisième VHS recevra un accueil plus tiède que ses prédécesseurs, une grande partie du public le jugeant moins original et moins effrayant que les deux autres. Il faudra attendre six ans pour qu’une tentative de relance de la franchise s’opère avec la mise en chantier de VHS 94.
© Gilles Penso
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