

Ce cinquième opus abandonne la technique du found footage et tente de relier entre elles toutes les intrigues précédentes…
HELL HOUSE LLC LINEAGE
2025 – USA
Réalisé par Stephen Cognetti
Avec Elizabeth Vermilyea, Searra Sawka, Mike Sutton, Joe Bandelli, Cayla Berejikian, Victoria Andrunik, Gideon Berger, Bridget Rose Perrotta
THEMA FANTÔMES I CLOWNS I SAGA HELL HOUSE
Dans la foulée des trois premiers Hell House, qui constituaient un récit complet bouclé sur lui-même, Stephen Cognetti envisage d’élaborer une nouvelle trilogie centrée sur un autre lieu que l’hôtel Abaddon, en l’occurrence le manoir Carmichael. Hell House LLC Origins : The Carmichael Manor est donc censé être le premier volet d’un triptyque. Mais pendant l’écriture de sa suite, Hell House LLC Lineage, Cognetti décide de changer son fusil d’épaule. Ce cinquième opus sera finalement le dernier de la saga. Il s’agira donc de refermer toutes les portes narratives et de relier l’ensemble des événements racontés dans les films précédents. Et pour éviter tout sentiment de redite, Cognetti prend le parti d’abandonner ce qui constituait l’essence même de cette franchise, autrement dit la technique du « found footage » (un montage de fausses images vidéo amateur et de pseudo-documentaires), au profit d’une mise en scène de fiction plus traditionnelle. « Il m’a fallu environ six à huit mois, voire presque un an, avant que le scénario ne soit finalisé », explique-t-il. « J’ai commencé à l’écrire juste après Origins et j’étais très satisfait de l’avancement du projet. J’avais hâte de le tourner et d’essayer autre chose que le found footage. En tant que scénariste et réalisateur, j’aime la nouveauté et je déteste la répétition. Je me suis dit que la meilleure façon de préserver l’originalité de Hell House était d’essayer de faire peur aux gens d’une nouvelle manière. Voilà pourquoi j’ai choisi que m’éloigner du found footage. » (1)


Le personnage central de ce cinquième épisode est l’ancienne animatrice de télévision Vanessa Shepherd (Elizabeth Vermilyea) qui était déjà l’héroïne de Hell House LLC 3. Plusieurs années après avoir frôlé la mort, elle reste hantée par des visions et des cauchemars récurrents liés aux événements traumatisants qu’elle a vécus. Installée dans la ville d’Abaddon, elle semble prisonnière d’une emprise inexplicable qui la rattache à ce lieu maudit. Lorsque des morts mystérieuses commencent à frapper son entourage, elle comprend peu à peu que son passé est intimement lié à l’hôtel Abaddon, au sinistre manoir Carmichael et à une série de meurtres inexpliqués qui ensanglantent la région depuis des décennies. Déterminée à comprendre ce qui lui est arrivé et à briser le cycle de la terreur, Vanessa entreprend d’enquêter sur ces événements avec l’aide d’Alicia Cavalini (Searra Sawka), une journaliste tenace en quête de vérité. Ensemble, elles vont se plonger dans les secrets les plus sombres de la ville et remonter la piste d’un mal dont l’influence semble s’étendre bien au-delà de ce qu’elles imaginaient…
Les liens du sang
Le passage du médium « found footage » à une narration plus classique permet à Cognetti de varier les plaisirs, en soignant tout particulièrement sa photographie et ses ambiances sonores. On découvre ainsi que son savoir-faire dépasse l’exercice de la caméra subjective accidentée et s’ouvre vers une esthétique plus sophistiquée. Ce choix artistique crée chez les spectateurs familiers avec la franchise un certain trouble, dans la mesure où ils revoient des scènes, des lieux et des situations qu’ils connaissaient déjà, mais mises en scène cette fois-ci sous un autre angle, avec un autre regard. Cette démarche finit même par susciter une interrogation plus large liée à ce qu’est la réalité elle-même, ou du moins son simulacre. Les fausses images captées au caméscope sont-elles plus réalistes que celles cadrées et découpées selon un langage filmique plus conventionnel ? Du point de vue du récit lui-même, la nouveauté vient de l’inversion des figures. Ici, ce ne sont plus les protagonistes qui entrent dans des lieux hantés, mais les spectres masqués, les démons, les clowns sanglants et les balles rouges qui viennent contaminer le monde réel. Ce ne sont donc plus les lieux qui sont hantés, mais les gens eux-mêmes, via un principe de « contamination surnaturelle » qui nous rappelle la saga Ju-On. De son côté, le Lineage du titre évoque un enchevêtrement de connections entre différentes personnes liées au drame survenu en 1989 (la mort de Margaret Carmichael heurtée par une camionnette). Tous ceux qui périrent dans l’hôtel Abandon ou dans le manoir Carmichael semblent s’y rattacher d’une manière ou d’une autre. Cognetti fait ici preuve d’une belle inventivité le poussant à relier toutes les péripéties des quatre films précédents en un tout cohérent. S’agit-il pour autant de l’ultime opus de la franchise ? Sa fin très ouverte laisse en tout cas entrevoir plusieurs possibilités de nouvelles suites…
(1) Extrait d’une interview publiée sur ScriptMag en août 2025
© Gilles Penso
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