THE FLINTSTONES – LA FAMILLE PIERRAFEU (1994)

La célèbre série animée des années 60 se transforme en film exubérant porté par l’enthousiasme de John Goodman…

THE FLINTSTONES

 

1994 – USA

 

Réalisé par Brian Levant

 

Avec John Goodman, Elizabeth Perkins, Rick Moranis, Rosie O’Donnell, Kyle McLachlan, Halle Berry, Elizabeth Taylor

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Traduire sur grand écran l’univers démentiel de la très populaire série de dessins animés Flintsones (Les Pierrafeu, 1960), avec des acteurs en chair et en os et des prises de vues réelles, était une vraie gageure. Comment reconstituer cet univers excentrique dans lequel le seul mot d’ordre semble être l’anachronisme ? Comment donner vie à cette famille préhistorique qui vit au milieu des dinosaures dans un confort très moderne ? Il suffit de prononcer le mot magique : Spielberg, ou plutôt Spielrock, puisque c’est sous ce nom qu’apparaît à l’écran le célèbre réalisateur, ici producteur exécutif aux côtés de William Hanna et Joseph Barbera, initiateurs de la série originale. L’entrée en matière a de quoi couper le souffle. La caméra y virevolte au milieu d’une cité préhistorique emplie de maisons de banlieue taillées dans le roc, de citoyens vêtus à la mode paléolithique, et ornée d’un grand chantier dans lequel les brontosaures servent de grues. La suite ne désavoue pas cette démesure, puisqu’on y découvre les caractéristiques hors du commun de cette ville des cavernes baptisée Bedrock. Les habitants sont des hommes de Cro-Magnon plein d’entrain qui travaillent pour la plupart au chantier de la puissante Slate & Co, puis se distraient le soir au bowling, fréquenté également par des Néanderthaliens hirsutes, ou au drive-in, dans lequel on peut voir projeté « Tar Wars », à moins qu’ils ne se repaissent au fast-food du coin, le Rock Donald’s.

Tout ce beau monde circule dans des voitures en bois mues par la force des pieds, et les enfants s’ébattent dans le Jurassic Park d’acclimatation. Un tas d’animaux pseudo-préhistoriques sont recyclés en matériel de toutes sortes : outre les dino-grues, on utilise entre autres des homards géants tondeuses à gazon, des cochons sauvages broyeurs d’ordures, des mammouths robinets ou encore des volatiles dictaphones. Ces trouvailles sans cesse renouvelées sont propres à attiser l’intérêt des plus blasés, d’autant que cet univers anachronique reste cohérent notamment grâce aux décors de William Sandell (Robocop, Total Recall). On ne peut pas en dire autant des costumes (pourtant signés Rosana Norton, qui œuvra sur Phantom of the Paradise et Tron), lesquels tiennent moins de la peau de bête recyclée que du morceau de tissus peint et découpé. John Goodman et Elisabeth Perkins sont les parfaites incarnations en chair et en os (surtout en chair pour Goodman) de leurs ancêtres dessinés Fred et Wilma Flintstones. A leurs côtés, on reconnaît sous les haillons un réjouissant Rick Moranis alias Barney, le meilleur ami de Fred, mais aussi Kyle MacLachlan, ici un peu sous-exploité en méchant stéréotypé, ainsi que l’immense Elizabeth Taylor en belle-mère assez peu supportable.

« Yabba-Dabba-Doo ! »

Quant aux dinosaures, ils bénéficient des progrès effectués sur Jurassic Park. Images de synthèses concoctées par ILM, créatures animatroniques conçues par l’atelier Jim Henson, ou mélange des deux, en particulier pour l’affectueux Dino, ils font tous quelques apparitions furtives mais remarquées tout au long du film. Mais que raconte-t-il, au juste, ce fameux film ? Il faut bien avouer que c’est là que le bât blesse, car le scénario des Flintstones n’a rien de bien palpitant. On y découvre l’ascension de Fred Flinstone à un haut poste de la société Slate & Co, sa rupture avec ses amis suite à ses élans de snobisme, les magouilles du président Cliff Vandercave qui manipule Fred, et la victoire finale des gentils qui se réconcilient. Évidemment, avec une intrigue aussi anémique, le spectateur ressent quelque part un sentiment de vide assez profond. Fort heureusement, ce scénario filiforme ne se prend jamais au sérieux et s’affirme presqu’ouvertement comme un simple prétexte, les auteurs ayant eu le bon goût de ne pas se laisser aller à un sentimentalisme ou à une surdramatisation à côté de la plaque. C’est donc ses penchants burlesques, sa bonne humeur communicative et sa jovialité de tous les instants qui sauvent le film de l’ennui. Et puis comment résister à l’entrain de John Goodman, sorte d’Obélix du Cénozoïque qui ne rate jamais une occasion de s’élancer dans les airs, la massue à la main, pour hurler son célèbre « Yabba-Dabba-Doo ! » ?

 

© Gilles Penso

 

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