ATOR (1982)

À peine Conan le barbare sort-il sur les écrans que le cinéma bis italien s’empresse d’en produire une imitation cheap…

ATOR L’INVICIBILE

 

1982 – ITALIE

 

Réalisé par Joe D’Amato

 

Avec Miles O’Keeffe, Sabrina Siani, Ritza Brown, Edmund Purdom, Dakar, Laura Gemser, Alessandra Vazzoler, Nello Pazzafini, Jean Lopez, Olivia Goods

 

THEMA HEROIC FANTASY I ARAIGNÉES

Dans les années 70-80, le cinéma bis italien est le premier à se mettre en ordre de marche pour plagier à moindres frais les grands succès hollywoodiens du moment. Après la vogue des films post-apocalyptiques déclenchée par Mad Max 2 et New York 1997, voilà que Conan le barbare entre en scène, suscitant un attrait soudain pour les gros bras, les épées et les sortilèges. Aussitôt, Michele Soavi est embauché pour écrire une imitation bon marché autour du titre provisoire Fantasy. Il ne faut pas perdre une minute. Soavi n’est pas encore le réalisateur de Bloody Bird ou de Dellamorte Dellamore et se livre à ce travail de commande dans lequel il entraîne Marco Modugno, avec qui il collabora sur le drame Bambule en 1979. Lorsque le projet atterrit entre les mains du réalisateur Joe D’Amato (homme à tout faire ayant touché à tous les genres, notamment à l’horreur avec Blue Holocaust, Anthropophagous et Horrible), le scénario est revu de fond en comble. D’amato le réécrit avec José Maria Sanchez et embauche Miles O’Keeffe (qui se promenait en slip aux côtés de Bo Derek dans Tarzan l’homme-singe) pour tenir le rôle principal.

Après qu’une voix off sentencieuse ait tenté de nous expliquer le contexte de l’âge des ténèbres dans lequel se déroule le film, tandis que le montage enchaîne des images de jolies montagnes enneigées, une femme accouche d’un gros bébé bien dodu. Aussitôt, le tonnerre gronde et les éléphants barrissent. Ator est né ! Craignant la prophétie selon laquelle cet enfant va détruire son culte, le grand prêtre de l’araignée (qui passe le plus clair du film à caresser des tarentules) ordonne qu’on tue le bébé. Mais Ator est sauvé et recueilli par un couple modeste dans un village lointain. Devenu adulte, c’est désormais un grand gaillard musclé avec un bandeau de tennisman, un gilet en fourrure, un pantalon en cuir, des jambières poilues et une perruque invraisemblable. L’inceste ne l’inquiétant guère, il décide d’épouser sa sœur Sunya (adoptive, mais tout de même !). La cérémonie du mariage prend alors les allures d’un spectacle du Crazy Horse sans budget. Les hommes sont torse nus et se déhanchent comme s’ils se croyaient dans une version préhistorique du « Lac des Cygnes » tandis que les femmes en peaux de bêtes se livrent à de gracieuses arabesques au son des tams-tams. Ator et Sunya sont aux anges, des fleurs pleins les cheveux, mais la belle est bientôt kidnappée par les hommes du grand prêtre de l’araignée…

Un barbare barbant

Ce qui frappe très vite, dans Ator, c’est l’incroyable apathie de son personnage principal. Incapable de se battre correctement, refusant les affrontements chaque fois que c’est possible, il laisse généralement la belle amazone Roon (Sabrina Siani, émule de Sandahl Bergman dans Conan) croiser le fer à sa place. On pourrait naïvement attribuer cette tendance à une approche féministe du récit, mais il n’en est rien. De l’aveu même de Joe D’Amato, Miles O’Keeffe est incapable de tenir une épée ni de s’engager avec conviction dans la moindre séquence de bataille. Comme en outre l’ex-Tarzan est désespérément inexpressif, le seul intérêt de sa présence à l’écran se limite à sa plastique impeccable, malgré un look parfaitement risible. Parmi les séquences (involontairement) drôle du film, il faut citer l’intervention d’une belle sorcière (Laura Gemser, actrice fétiche de D’Amato) qui révèle soudain un visage hideux (via un maquillage qui semble avoir été réalisé avec un steak haché !), le combat d’Ator contre une araignée géante en peluche qui agite mollement ses pattes velues ou encore cette séquence idyllique finale où le couple gambade joyeusement dans les bois avec un petit ourson mignon alors que retentit une sirupeuse chanson pop. Quelques dialogues poétiques (« La terre tremble comme une vierge traînée sur le lit nuptial ! ») et une poignée de combats improbables (contre une ombre, contre des guerriers aveugles, contre des morts-vivants surexposés) achèvent de faire d’Ator un nanar délectable qui sera affublé de deux suites.

 

© Gilles Penso


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