

Une maison isolée, deux sœurs jumelles, un psychiatre, une statue en bois, un tueur énigmatique : tels sont les ingrédients de ce film-puzzle déstabilisant…
ODDITY
2024 – IRLANDE
Réalisé par Damian McCarthy
Avec Carolyn Bracken, Gwilym Lee, Steve Wall, Joe Rooney, Tadhg Murphy, Caroline Menton, Johnny French, Ivan de Wergifosse, Shane Whisker
THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I OBJETS VIVANTS I FANTÔMES
Depuis le début des années 2000, le cinéma irlandais se fend de nombreuses pépites dans les domaines du fantastique, de l’horreur et de la science-fiction, reflets de la personnalité forte d’une poignée de réalisateurs au style très affirmé. Aux côtés de figures telles que Billy O’Brien (Isolation, I Am Not a Serial Killer), Paddy Breathnach (Shrooms), David Keating (Wake Wood), Liam Gavin (A Dark Song), Jon Wright (Grabbers) ou Lorcan Finnegan (Vivarium), il faut désormais ajouter le nom de Damian McCarthy. Après avoir signé toute une série de courts-métrages, McCarthy passe au format long avec Caveat en 2020 et nous offre quatre ans plus tard cet étonnant Oddity qui laisse augurer une prometteuse suite de carrière. L’homme ayant de la suite dans les idées, Oddity recycle plusieurs éléments de Caveat (le même décor de grange reconvertie dans le comté de Cork, un certain nombre d’accessoires) et fait même suite à l’un de ses films courts, How Olin Lost His Eye (2013), dont il reprend le protagoniste pour en faire ici un personnage secondaire au rôle déterminant. Il existe donc une sorte de « Damian McCarthy Cinematic Universe » dont Oddity serait en quelque sorte le point d’orgue. Pour autant, le film s’apprécie de manière tout à fait autonome.


À l’instar des films de Zach Cregger (Barbare, Évanouis) ou de son ami Drew Hancock (Companion), Oddity ne cesse de rebondir, multipliant les fausses pistes pour mieux mener les spectateurs en bateau. Son intrigue insaisissable progresse ainsi sans jamais laisser deviner la direction qu’elle empruntera. Il est longtemps difficile de savoir si nous avons affaire à une histoire de tueur psychopathe, de fantômes, de pouvoirs paranormaux ou d’objets ensorcelés. Tout commence une nuit, dans une grande maison à la périphérie de Cork où viennent de s’installer le psychiatre Ted Timmis (Gwilym Lee) et sa femme Dani (Carolyn Bracken). De garde dans un hôpital psychiatrique, Ted laisse son épouse seule et s’en va soigner ses malades. Peu après son départ, quelqu’un frappe à la porte. Méfiante, Dani refuse d’ouvrir. De l’autre côté se trouve Olin Boole (Tadhg Murphy), l’un des patients de Ted, qui affirme qu’un intrus s’est introduit chez elle et va tenter de la tuer…
Faux semblants
Oddity s’appuie d’abord sur la qualité de ses interprètes, notamment Carolyn Bracken qui se livre ici à une impressionnante double prestation. Les sœurs jumelles qu’elle incarne, l’une brune au look moderne, l’autre blonde au chignon strict, ne sont pas sans nous rappeler les deux visages de Kim Novak dans Sueurs froides. Par extension, le récit tourmenté d’Oddity évoque les machinations et les faux-semblants à répétition du cinéma d’Alfred Hitchcock et des écrits de Boileau et Narcejac. Personne ne semble être vraiment ce qu’il prétend, chacun cache manifestement quelque chose, et l’on se perd longtemps en conjectures quant au véritable protagoniste de cette intrigue. À l’avenant, la mise en scène de McCarthy opère des ruptures déstabilisantes, occultant volontairement les passages les plus violents pour laisser travailler l’imagination des spectateurs, tout en focalisant l’angoisse latente sur un objet insolite : une statue en bois grandeur nature dont le faciès grimaçant provoque d’irrépressibles frissons. Oddity joue ainsi le grand écart entre l’épouvante à l’ancienne (on pense aux films de la Amicus façon Frissons d’outre-tombe, aux histoires courtes satiriques de Roald Dahl) et une approche résolument moderne du genre, dans la mouvance des expérimentations d’Ari Aster, Robert Eggers ou des frères Philippou. Excellente surprise, Oddity s’achève sur une image particulièrement savoureuse qui boucle la boucle en beauté.
© Gilles Penso
À découvrir dans le même genre…
Partagez cet article



