LE RÉVEIL DE LA MOMIE (2026)

Le réalisateur d’Evil Dead Rise revisite sous un jour inattendu et très inquiétant l’un des mythes les plus classiques du cinéma fantastique…

LEE CRONIN’S THE MUMMY

 

2026 – USA / IRLANDE

 

Réalisé par Lee Cronin

 

Avec Jack Reynor, Laia Costa, May Calamawy, Natalie Grace, Shylo Molina, Billie Roy, Veronica Falcón, Hayat Kamille, May Elghety, Emily Mitchell, Husam Chadat

 

THEMA MOMIES

Oubliez l’Im-Ho-Tep gothique campé par Boris Karloff, son impressionnant successeur incarné par Christopher Lee, la trilogie récréative portée par Brendan Fraser ou la version ratée avec Tom Cruise. Le Réveil de la momie ne cherche pas la continuité avec ses prédécesseurs, ni même à s’imposer comme un remake modernisé ou un reboot. C’est à une toute nouvelle lecture du mythe que nous invite Lee Cronin, motivé par les producteurs James Wan et Jason Blum qui lui laissent une totale liberté créative. Wan prend d’ailleurs bien garde de ne pas fourvoyer les spectateurs en insistant pour que le titre original du film soit Lee Cronin’s The Mummy. Flatté, le réalisateur d’Evil Dead Rise s’efforce de se montrer digne de la confiance qu’on lui accorde en cherchant l’inspiration ailleurs, notamment du côté de Poltergeist (pour le drame surnaturel qui frappe une cellule familiale) et de Seven (pour l’ambiance oppressante). Une expérience personnelle douloureuse – le décès et les funérailles de sa mère – nourrit aussi l’écriture du scénario qu’il rédige lui-même et qu’il souhaite à la fois surprenant et viscéral. En étudiant de près les corps momifiés des « hommes des tourbières » préservés dans le Musée national d’Irlande, il s’en sert de base pour le design de sa créature, qu’il confie au maquilleur Arjen Tuiten (Le Labyrinthe de Pan, Maléfique, Wolf Man). C’est en Irlande et en Espagne que se déroule le tournage du Réveil de la momie, entre mars et juin 2025.

Dès l’entame, nous comprenons que Le Réveil de la momie va nous emmener sur des territoires inconnus et se révèlera imprévisible. Tout commence à Assouan, en Égypte. La jeune Layla, accompagné de ses parents et de ses deux frères, découvre chez elle que leur oiseau de compagnie est mort. Aussitôt, son père et sa mère se précipitent dans la cave, construite sur une pyramide à moitié enfouie. À l’intérieur, un sarcophage de basalte noir renferme des restes humains momifiés qui se mettent soudain à bouger. Après ce prologue choc, qui s’achève de manière sanglante et spectaculaire, l’intrigue se déplace au Caire et une autre famille occupe le centre de l’action. Charlie Cannon (Jack Reynor), journaliste d’investigation pour la télévision, y vit avec sa femme enceinte Larissa (Laia Costa) et leurs enfants Katie (Emily Mitchell) et Sebastián (Dean Allen Williams). Les petites tracasseries quotidiennes alimentent leur vie tranquille. Mais soudain, un drame frappe les Cannon, et le cauchemar s’installe alors lentement mais sûrement… Déjouant les attentes des spectateurs et rejetant ouvertement l’influence des variantes précédentes de La Momie, le film de Cronin demeure longtemps insaisissable. Il nous semble même très éloigné du thème qu’annonce le titre, malgré son prologue et la localisation du début de ses péripéties en Égypte.

Le démon intérieur

Le Réveil de la momie nous prend donc pas surprise, dans la mesure où il est longtemps difficile de savoir ce qui va se passer et par quel bout le récit va s’y prendre pour introduire sa créature. L’intrigue est avant tout centrée sur une famille, ses liens, ses déséquilibres, ses forces et ses failles, portée par des acteurs particulièrement convaincants et une mise en scène solide dont l’efficacité n’a rien d’ostentatoire. Certes, on sent bien l’influence du travail de James Wan, et même des exercices de style auxquels Cronin s’était lui-même prêté dans sa réappropriation de la franchise Evil Dead. Mais la peur qui nous saisit est irrépressible parce qu’elle touche à ce que chacun a de plus cher au sein d’un foyer : ses propres enfants. Relocalisé, le monstre n’est plus un être inconnu venu du fond des âges mais un démon qui ronge les protagonistes de l’intérieur. La force du film repose sur cet équilibre permanent entre l’horreur viscérale et le drame intime. La chair se putréfie et se déchire en même temps que s’approfondissent les failles psychologiques et que se creuse le fossé entre des parents soudain désemparés et leur progéniture méconnaissable. Dérangeant et inconfortable, Le Réveil de la momie nous parle en filigrane de maltraitance, de maladie et de deuil. Lorsqu’il s’achemine vers son climax, le film n’évite pas quelques lieux communs empruntés à La Malédiction et surtout à L’Exorciste. Mais sa singularité n’en est pas particulièrement altérée. Par son audace, sa radicalité et son refus de tout compromis, le film de Cronin s’impose indiscutablement comme une réussite majeure du genre.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article