

Ce conte de fées parodique « anti-Disney », conçu chez le concurrent DreamWorks, a redynamisé le monde de l’animation au début des années 2000…
SHREK
2001 – USA
Réalisé par Andrew Adamson et Vicky Jenson
Avec les voix de Mike Myers, Eddie Murphy, Cameron Diaz, John Lithgow, Vincent Cassel, Peter Dennis, Clive Pearse, Jim Cummings, Bobby Block, Chris Miller
THEMA CONTES I SAGA SHREK
En 1991, Steven Spielberg acquiert les droits du roman illustré Shrek ! de l’écrivain américain William Steig, paru en 1990. À l’époque, il envisage un film d’animation traditionnel avec, pour les voix principales, Bill Murray et Steve Martin. Mais le projet reste en suspens jusqu’à la fondation de DreamWorks et Jeffrey Katzenberg, séduit par le potentiel de cette histoire, lance officiellement le développement du film. Nicolas Cage, Tom Cruise, Robin Williams et Leonardo DiCaprio sont approchés à tour de rôle pour prêter leur voix au personnage de Shrek mais déclinent tous la proposition. C’est finalement Chris Farley qui est retenu, et qui enregistre entre 80 et 90 % de ses répliques avant de décéder en 1997. DreamWorks propose alors à Mike Myers de reprendre le rôle. La star d’Austin Powers accepte à condition que le scénario soit intégralement réécrit. Côté technique, on envisage d’abord l’emploi alors avant-gardiste de la motion capture, mais les tests s’avèrent désastreux. La société PDI (Pacific Data Images) prend donc en charge l’animation numérique pour donner au film son aspect définitif, déployant la même technologie que celle utilisée sur Fourmiz. Les deux films ressemblent d’ailleurs ouvertement à des pieds de nez à l’attention du géant Disney, avec lequel Katzenberg a de toute évidence des comptes à rendre. Si Fourmiz sort quasiment en même temps que 1001 pattes, Shrek prend rapidement les atours d’une parodie assumée des contes classiques popularisés par la maison de Mickey.


Shrek est un ogre laid et misanthrope qui vit tranquille et heureux au milieu d’un marais. Mais la quiétude de son quotidien vole en éclats lorsque son territoire est soudainement envahi par une horde de créatures diverses : Pinocchio, les Trois Petits Cochons, le Grand Méchant Loup, le Bonhomme en Pain d’Épices… Tous ont été chassés de leur royaume par l’autoritaire Lord Farquaad, seigneur de la cité de Duloc. Accompagné malgré lui d’un âne particulièrement bavard qu’il a croisé en fuite, Shrek se rend à Duloc pour réclamer son marais à Farquaad. Ce dernier lui propose alors un marché : en échange du retour à la normale, l’ogre devra accomplir une quête et délivrer la princesse Fiona, retenue prisonnière dans une tour gardée par un dragon cracheur de feu. Car Farquaad veut épouser Fiona pour accéder au titre de roi, mais n’a ni le courage ni la stature pour aller la chercher lui-même. Shrek et l’Âne gagnent donc la tour, affrontent le dragon (qui tombe éperdument amoureux de l’Âne), et libèrent la princesse. Mais la mission finit par prendre une tournure très inattendue…
Tous contes faits
Le succès de Shrek repose en grande partie sur son audacieux travail d’équilibriste, puisqu’il s’affirme à la fois comme un grand film pour enfants et une œuvre pleinement jouissive pour adultes. Son ton irrévérencieux et sa façon de dynamiter les codes du conte de fées le dotent d’un statut très particulier dans le paysage du cinéma d’animation de l’époque. Non content de pasticher les figures folkloriques les plus classiques – les Trois Ours, Pinocchio, Blanche-Neige, le Grand Méchant Loup, le Bonhomme en Pain d’Épices, Robin des Bois – le scénario de Ted Elliott et Terry Rossio multiplie les clins d’œil à la culture populaire contemporaine. Leur travail sur Aladdin démontrait déjà un goût prononcé pour l’anachronisme décomplexé. Sur le plan visuel, Shrek marque aussi un tournant important. Pixar ayant essuyé les plâtres, tout semble désormais possible dans le domaine de l’image de synthèse. Ici aussi, l’équilibre semble être le mot d’ordre. Si les personnages sont tous plus cartoonesques les uns que les autres, les détails surprennent souvent par leur approche réaliste : la vue plongeante sur la coulée de lave, les décors du château et de sa cour, les ondulations du pelage de l’Âne, le frémissement des feuilles des arbres, les étincelles qui jaillissent du feu… Les 60 millions de dollars du budget n’ont donc pas seulement servi à remplir les poches du prestigieux casting vocal. L’investissement était judicieux, le film ayant rapporté plus de 488 millions dans le monde. Sélectionné en compétition au festival de Cannes 2001, Shrek sera le premier film à remporter l’Oscar du meilleur film d’animation en 2002. Plusieurs séquelles et un certain nombre de spin-off prolongeront les festivités sur les écrans.
© Gilles Penso
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