LA FIN D’OAK STREET (2026)

Après avoir été téléportée à l’époque jurassique, une famille doit affronter les dinosaures qui rôdent désormais dans son quartier…

THE END OF OAK STREET

2026 –  USA

Réalisé par David Robert Mitchell

Avec Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery, Jordan Alexa Davis, P.J. Byrne, Anne Gee Byrd, Emily Kuroda

THEMA DINOSAURES I VOYAGES DANS LE TEMPS

Après It follows en 2014 et Under the Silver Lake en 2018, on commençait à désespérer de voir un nouveau film de David Robert Mitchell. D’autant que, cas plutôt rare, il avait déjà 40 ans lorsqu’il réalisa le premier, une maturité qui bénéficia à ces deux titres dans lesquels la dimension philosophique (voire ésotérique pour le second) transcendait la forme sans jamais la phagocyter. La bande-annonce de La Fin d’Oak Street pouvait surprendre avec ses allures de blockbuster estival lambda : en 1982, un quartier résidentiel américain est transporté à l’ère jurassique, des dinosaures arpentant désormais les rues en menaçant de dévorer les banlieusards incrédules, notamment Denise Platt (Anne Hathaway), son époux Greg (Ewan McGregor) et leurs deux enfants. Un postulat de départ qui synthétise et coche toutes les cases de la vague de nostalgie des productions des années 80 type Amblin, ou plus précisément un mélange entre Stranger Things et Jurassic Park. L’action de It follows se situant dans cette même décennie, il était permis d’espérer que Mitchell en prolongerait la description pas si innocente, loin des couleurs fluorescentes qu’on lui associe aujourd’hui. C’était oublier qu’il s’agit avant tout d’une production Bad Robot, annonçant le retour en « Force » de J.J. Abrams qui pansait ses plaies depuis la lapidation critique de L’Ascension de Skywalker en 2019. Des vents contraires semblent en effet avoir soufflé sur La Fin d’Oak Street, et le bébé ressemble plus à son producteur qu’à son réalisateur.

J.J. Abrams semble avoir imposé ici le concept de « mystery box » cher à son oeuvre, où les questions priment sur les réponses. Dans l’absolu, l’approche fait sens, sauf que trop souvent, les productions Bad Robot admettent ouvertement l’absence d’explication, comme pour se couvrir face aux « plaintes » des spectateurs inquisiteurs. Dans La Fin d’Oak Street, un journaliste annonce textuellement à la télévision que personne ne comprend ce qui se passe. Mais la fille des héros s’intéresse comme par hasard à l’astronomie et plus particulièrement aux trous de vers. Dans les faits, elle se contente de regurgiter quelques considérations scientifiques entendues dans Interstellar et Event Horizon. Autre recyclage scientifico-cinématographique : certains dinosaures ont ici des plumes, une représentation basée sur des théories paléontologiques que Steven Spielberg avait considérées pour Jurassic Park avant revenir au look reptilien classique. Les sauriens de Mitchell et Abrams ont de l’allure et l’action diurne permet d’en apprécier chaque pixel, affranchis des contraintes technologiques des films des années 80. De ce point de vue, c’est réussi et les petites têtes blondes y trouveront leur compte. Sauf qu’une scène gentiment gore, tombant comme un cheveu dans la soupe lors une tentative maladroite de mêler humour noir, comédie et drame, a vu le film écoper d’une interdiction aux moins de 13 ans aux États-Unis. Dès lors, on se demande à qui s’adresse Mitchell. Dans les productions Amblin, la banlieue résidentielle américaine était un ennuyeux théâtre que des situations fantastiques allaient chambouler et remettre en question. Bien que les dinosaures sèment la panique dans Oak Street, c’est sur les dysfonctionnements du couple formé par Anne Hathaway et Ewan Mc Gregor que se concentre Mitchell, à moins qu’il ne s’agisse encore d’un emprunt thématique de J.J. Abrams au cinéma de Spielberg ? Les dinosaures restent donc souvent gentiment à l’extérieur et la plupart des confrontations semblent artificiellement provoquées, comme lorsque le gamin s’éclipse par la fenêtre de sa chambre sans prévenir ses parents pour aller chercher son chien.

Les moyens justifient-ils la fin ?

Il serait injuste d’accuser J.J. Abrams de tous les maux du projet, et David Robert Mitchell n’est peut-être pas un cinéaste à l’aise dans les grands élans spectaculaires que lui permet son budget confortable de 85 Millions de dollars (l’équivalent de huit fois le budget cumulé de ses deux premiers longs-métrages). Les enjeux semblent étriqués et renvoient plutôt à Jumanji qu’à Jurassic World : le monde d’après. D’ailleurs, impasse est faite sur le deuxième sujet suggéré en creux par l’histoire, puisque pendant que les Platt affrontent des dinosaures à la préhistoire, leurs voisins restés en 1982 ont dû être étonnés de voir des ptérodactyles picorer dans leurs mangeoires à oiseaux. Le fantastique ne semble qu’être une toile de fond, Mitchell faisant d’Anne Hathaway le point d’ancrage du récit. Mère de famille avant tout, elle écrit secrètement un roman, qu’elle partage avec une voisine au sens littéraire affûté. Cette dernière y perçoit la frustration d’une femme prisonnière de son foyer : une analyse intradiégétique qui épargne au spectateur tout effort de compréhension du personnage. Quant à Ewan McGregor, il incarne un père abattu par la perte de son emploi, obligé d’accepter un travail temporaire de livreur de pizzas pour subvenir aux besoins d’une famille à qui il ne peut plus garantir le train de vie que l’orgueil consumériste a érigé en réussite. Monsieur allume le barbecue à la fête du quartier et tente par tous les moyens de faire rentrer l’argent pendant que Madame s’occupe de la maison, travaillant en secret son roman dans la buanderie ou elle prétend repasser le linge. Et lorsque les parents se disputent, les enfants osent à peine prononcer le vilain mot « divorce ». Mitchell souhaite-t-il signifier que les années 80, c’était encore un peu la préhistoire ? L’aventure s’avèrera émancipatrice pour la mère qui reconsidèrera toutefois son envie de tout quitter et réévaluera ses sentiments envers son mari… une réflexion appuyée par une scène cocasse (ou ridicule) voyant Anne Hathaway prendre en photo Ewan Mc Gregor posant fièrement devant deux brontosaures en plein accouplement. Difficile de ne pas voir la patte de J.J. Abrams dans le produit fini, et bien qu’en interview David Robert Mitchell affirme avoir réalisé un film pour l’enfant qu’il était en situant l’action dans les années 80, l’esprit général appartient pourtant bien à l’ère post-COVID. Bien que la situation impacte toute la communauté (très WASP), le film ne se focalise que sur une unique famille – chacun pour soi, chacun chez soi ! Quant aux deux ou trois voisins introduits au début du film, ils finiront dévorés sans que cela n’émeuve ni le spectateur, ni les personnages, comme également cette adolescente ayant perdu ses deux parents mais prenant la chose plutôt bien. Pour finir sur une note (de musique) positive, on apprécie le score orchestral composé par Michael Giacchino, fidèle collaborateur et ami de J.J. Abrams, imposé sur le projet et toujours efficace à défaut de réussir à accoucher de thèmes vraiment marquants quand il ne travaille pas sur une production Pixar.

© Jérôme Muslewski

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